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25 avril 2009

Plaque minéralogique

La minéralogie étant la « science qui étudie les minéraux » (Trésor de la langue française, 1971-94) ou la « science qui a pour objet l’étude des minéraux » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition) et minéralogique l’adjectif qui en est dérivé (« qui ressortit à la minéralogie », Trésor de la langue française, et « relatif à la minéralogie », Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition), on ne comprend pas pourquoi les plaques d’immatriculation des véhicules à moteur sont nommées plaques minéralogiques, ces plaques, certes métalliques, n’ayant aucun rapport avec la science qui étudie les minéraux.

L’explication qui est avancée est la suivante. Elles sont dites minéralogiques, parce qu’elles sont ou étaient à l’origine éditées par le service des Mines qui dépendait du Ministère de l’Industrie. C’est ainsi qu’est glosé minéralogique dans le Trésor de la langue française : « qui concerne le service des Mines » (« arrondissement minéralogique : division administrative du service des Mines, chargée notamment de s’occuper des mines, des carrières et des véhicules automobiles » et numéro, plaque minéralogique : « numéro, plaque d'immatriculation d'un véhicule automobile, autrefois délivré(e) par le service des Mines ») ; et dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « relatif au service des Mines », « numéro minéralogique, numéro d’immatriculation des véhicules automobiles qui, à l’origine, était attribué par l’administration des Mines » (exemples : plaque minéralogique ; on dit aussi numéro d'immatriculation, plaque d'immatriculation).

Tout cela est bel et bon. Mais pourquoi ce qui est relatif au service des Mines, c’est-à-dire à une division de l’administration française, certes prestigieuse, et non un département du CNRS ou un laboratoire d’une grande université scientifique, a été dit minéralogique et non pas minier ou de ces néologismes aventurés : minieuse ou miniaire ? La réponse est donnée par l’histoire de la langue, et en particulier par le sens qu’a eu le nom minéralogie au XVIIIe siècle et qu’il a perdu dans la langue moderne. 

Minéralogie est composé de l’adjectif et nom minéral et de l’élément grec – logie, qui signifie « traité ou « science ». Il est attesté en 1649 au sens de « science qui s’occupe des sels minéraux » et en 1753, chez le baron d’Holbach, au sens de « science qui s’occupe des minéraux ». En réalité, c’est la définition de la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) qui met sur la voie : « terme didactique ; science, connaissance des minéraux, et de la manière de les tirer du sein de la terre » (1762 et 1798). L’important est la « manière de les tirer du sein de la terre », laquelle relève de la technique et non plus de la science, des ingénieurs et non plus des savants. C’est de ce dernier sens que se sont souvenus les fonctionnaires quand ils ont constitué des services chargés de recenser les mines et d’en surveiller l’exploitation pour dériver un adjectif qui se rapporterait à cette activité : non pas minier, qui aurait fait ouvrier, mais minéralogique, relevé au sens de « qui concerne la minéralogie » (dans le sens classique de ce nom, comme l’atteste l’exemple carte minéralogique) dans la cinquième et dans la sixième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1798 et 1832-35).

Dans les dictionnaires des XIXe et XXe siècles, la définition de minéralogie est lestée de tout ce qui se rapporte à la « manière de tirer les minéraux du sein de la terre » et elle est centrée sur la seule science : « partie de l’histoire naturelle qui traite des minéraux ; traité, ouvrage de minéralogie » (Dictionnaire de l’Académie française, 1832-35, 1932-35) ; « science qui a pour objet l’étude des minéraux » (neuvième édition, en cours de publication) ; « partie de l’histoire naturelle qui traite des minéraux, c’est-à-dire des combinaisons non organiques des éléments telles qu’elles se trouvent dans la nature » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ; « Géologie, science qui étudie les minéraux » (Trésor de la langue française, 1971-94). Cette réduction ou amputation sémantique explique que minéralogique quand il est épithète de plaque, carte, numéro, service, arrondissement soit devenu opaque.

 


Commentaires

Ca ne s'explique pas, tout comme l'attachement de Monsieur Amédée à son terril (fait du même bois que les plaques d'autos)

Écrit par : P.A.R. | 27 avril 2009

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