Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 avril 2009

Immarcescible



En latin, Tertullien, écrivain chrétien de Carthage (IIIe siècle), emploie immarcescibilis (il est le seul à employer cet adjectif selon Gaffiot, in Dictionnaire latin français, Hachette, 1937) au sens de « qui ne se flétrit point ». Cet adjectif est dérivé du verbe latin marcescere, « se flétrir, se fâner ». Il est attesté en 1482 dans des contextes religieux, vies de saints et Mystères : divinité inmarcessible, haute puissance immarcessible, en gloire immarcessible, grande rétribution de vie éternelle et de couronne de gloire immarcessible. Dans le Dictionnaire de l’Académie française, où il est enregistré à compter de la quatrième édition (1762), il est écrit avec deux s, immarcessible, jusqu’en 1878. On peut se demander aussi dans quelle mesure ce « terme didactique » est familier aux académiciens : en 1762, la définition, de toute évidence inexacte, est « qui est incorruptible » ; en 1798 et dans les éditions suivantes, elle est corrigée en « qui ne peut se flétrir », mais aucun exemple ne l’illustre, de sorte que l’on ne sait quelles réalités du monde peuvent être qualifiées de cette épithète. Il en va de même chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « terme didactique, qui ne peut se flétrir »), qui rétablit l’orthographe juste, au sens où elle est conforme à l’étymon latin : « l’Académie écrit immarcessible par deux ss ; mais c'est évidemment une faute, le mot venant de marcescere ».

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), il est précisé, de ce « terme didactique », qu’il se dit « au propre et au figuré » ; donc des végétaux et de réalités qui ne sont pas des végétaux. Mais aucun exemple n’illustre ce sens. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) le mentionnent comme littéraire et ils en illustrent l’emploi de trois extraits d’écrivains ; Queneau (Loin de Rueil, 1944 : les lois immarcescibles de l'optique géométrique – on peut se demander si Queneau n’a pas employé cet adjectif de façon volontairement impropre) ; Arnoux (1961 : un souvenir (...) immarcescible (...) un de ces souvenirs si solides, si présents qu’on a pour ainsi dire jamais besoin d’y penser) ; Moréas (1884 : « Ainsi, je t’ai créé de la suprême essence, /  Fantôme immarcessible au front d’astres nimbé, / Pour me purifier de la concupiscence, / Pour consoler mon cœur dans l’opprobre tombé »). De toute évidence, cet adjectif a des « connotations » (comme on dit) religieuses ou mystiques, ce dont témoigne cet exemple cité par les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) : la couronne immarcescible des martyrs. Il se dit surtout de réalités de la religion (divinité, couronne des martyrs, espérance, foi) ou de hautes réalités, semblables à celles de la religion : un optimisme immarcescible, écrivent les académiciens. Hors de ces contextes, l’emploi de cet adjectif, tel qu’il s’observe dans la presse à prétentions « culturelles » - en un mot la presse cultureuse – ne peut être que le fait de matamores de l’expression.


 

Commentaires

Il en est peut-être de même de l'entropie, fille de la deuxième loi de thermodynamique et propulsée principe énergétique universel à l'instar du Tao. Tout est dans tout et le serpent se mord la queue.

P.-S.: il me semble que Monsieur Amédée manque de Stimmung en ce moment; il n'est pas en train de couver une grippe mexicaine ?

Écrit par : P.A.R. | 30 avril 2009

P.-P.-S.: un mot que je viens de découvrir et qui va faire florès en ce blog lexicomoraliste: AXENISATION.
A vous, maestro....

Écrit par : P.A.R. | 30 avril 2009

Les commentaires sont fermés.