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02 mai 2009

Défilé

 

 

Participe passé du verbe défiler, employé comme nom et devenu nom, défilé est attesté en 1643 pour désigner un passage étroit (Rotrou : « Et lorsque l’ennemi, s’avançant au trépas, / Dans ses longs défilés aura porté ses pas... »). Richelet (Dictionnaire, 1680) le tient pour un « terme de guerre » qui désigne un « petit chemin » où des hommes en armes avancent en file, comme dans le syntagme « défendre un défilé ». Défilé entre à compter de 1694 dans le Dictionnaire de l’Académie française où il est défini ainsi : « passage étroit où il ne peut passer que peu de personnes de front » (1694, 1740, 1762, 1798 : un pays plein de défilés, s’engager dans un défilé, se rendre maître d’un défilé). Dans le Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788), le sens figuré de « situation embarrassante, où l’on s’est mis, et d’où l’on a de la peine à se tirer » (exemple : « comment n’a-t-elle pas aperçu le défilé dangereux où elle s’engageait, lorsque, pour garantir la vérité de ses allégations, elle a eu l’imprudence de circonstancier des détails, qui en prouvent la fausseté ? ») est ajouté au premier sens tout guerrier ou martial de défilé : cf. Dictionnaire de l’Académie française, 1798, 1832-35 ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; Trésor de la langue française, 1971-94 : « par métaphore : toute permission est un défilé entre des murailles d’interdictions », Ricoeur, 1949 ; « Tu es forte, Élisabeth. Tu traverses un défilé ; tu en es au plus noir, à cette minute, au plus étouffant... mais tu en sortiras, nous en sortirons », Mauriac, 1945. Les académiciens ne mentionnent plus ce sens figuré dans les huitième et neuvième éditions de leur Dictionnaire.

C’est en 1827 qu’est attesté le sens militaire de « manœuvre par laquelle les hommes marchent en colonne » (« le défilé des troupes »), sens qui est enregistré par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « terme militaire, marche en colonne d’une troupe qui défile devant un chef ; mouvement qui consiste en ce que, à la fin d’une revue, toutes les troupes s’en allant défilent devant le chef qui passe la revue ») et par les académiciens (1932-35 : « il se dit aussi de la marche d’une troupe qui défile devant un chef »), lesquels notent aussi que, par analogie, ce terme militaire s’étend à d’autres réalités que des troupes disciplinées : « par analogie, il se dit des personnes qui défilent à un mariage, à un enterrement, etc. »

C’est l’esquisse de l’emploi militant et journalistique actuel de défilé pour désigner les très convenues et attendues processions d’hommes et de femmes, tous âgés, derrière des drapeaux colorés, le premier mai, processions qui se tiennent chaque année, qu’il pleuve ou qu’il vente, dans les mêmes lieux, aux mêmes moments, avec les mêmes personnes blanchies sous le harnais des luttes et qui célèbrent ainsi la révolution, à savoir l’éternel retour à la même date des mêmes choses, comme, dans les sociétés archaïques, on célèbre les solstices, le printemps, la Saint-Jean, l’Assomption. Pourtant, cet emploi n’est pas recensé comme tel dans le Trésor de la langue française (1971-94) ni dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française. Dans le premier de ces deux dictionnaires, défilé, dans son sens militaire (« mouvement de formations militaires qui défilent en ordre »), se dit aussi « par extension » du « déplacement » ou de la « succession à la file de personnes ou de véhicules » (exemples : « le défilé sur le boulevard », « à l’enterrement de Coppée, (...) quand vint le moment du défilé, des condoléances et des poignées de main, je vis défiler tout Paris » ; défilé ininterrompu, interminable ; lent, long défilé) ; dans le second, le défilé (« marche d’une troupe qui défile devant un chef militaire ») est aussi une « suite de personnes, de véhicules, marchant en file selon un ordre déterminé » : défilé de carnaval, défilé de mode, le défilé du corps de ballet à l’Opéra de Paris, défilé de voitures anciennes, défilé ininterrompu de visiteurs, défilé des camions sur l’autoroute ; et au figuré, défilé d'idées, d'images qui se succèdent dans la conscience.

Il n’est explicitement pas mentionné dans la définition ni dans les exemples de l’existence, pourtant avérée, de défilés syndicaux, de défilés de manifestants, de défilés de salariés mécontents. Le terme le plus juste pour désigner les foules du premier mai marchant vers la Bastille n’est pas le terme militaire défilé, mais le terme religieux procession. Pendant des siècles, des foules, comme celles du premier mai, pour honorer un saint ou une sainte, ont pieusement processionné dans les rues, les chemins, les sentiers, les routes, derrière les porte-bannières et les membres du clergé en habits de cérémonie. Les foules clairsemées du premier mai ne défilent pas en rangs serrés ou au pas devant un chef ; elles processionnent joyeusement avant l’apéro de midi ou celui du soir et dans les odeurs de frites et de merguez. Mais, la France progressiste et moderne étant ce qu’elle est, à savoir une scène exiguë où se joue chaque année la même comédie bouffe, les chefs syndicaux et les camarades journalistes ne pouvaient pas décemment tolérer que leur « être » public pût être exprimé par le terme processions, qui pue la dévotion. Pressés de choisir entre la peste de procession et le choléra de défilé, ils ont préféré le défilé, bien que ce terme exhale l’âcre remugle du fascisme. Ils croient échapper au tourbillon de Charybde ; ils se fracassent tous les ans sur les récifs de Scylla. C’est sans doute cela la vigilante lucidité de ceux qui ouvrent grand les yeux sur les réalités sociales.

 

 

 

Commentaires

RELAX / IRRédentiste /


IRREDENTISME /


NUBILE-----------EMPHASE ----------


HIERATIQUE---------BRIGADE ------------BRIGADISTE-------------HOMO SOVIETICUS --------------- ---------------------------PULSION [ DE VIE / DE MORT / SEXUELLE / DE MEURTRE ETC.... ]-----------------------------------------------------


-PULSER / IMPULSER / impulser une dynamique de changement !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Mazette !!! -----------------------------------------------------------------IDYLLE ------------------------------------------------------



- évolution du mot TRAVAIL -------------------------------------------------- - chômage ( n 'existe pas comme concept avant la société du salariat ) Chômer Chôme du ----------------------------------------------------------



NIEVRE 58 CHOMAGE + AUGMENTATION DE 30 % DE CHOMEURS EN UN AN + 300 EMPLOIS PERDUS PAR SEMAINE ACTUELLEMENT BOITES + LOOK / SMPE --


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département que je connais et AIME

Écrit par : AA+++ | 02 mai 2009

ps = rajouter un LE avant le mot terme ( 5 ème ligne avant la fin de l 'article )

Écrit par : AA+++ | 02 mai 2009

Digne d'Apollonius de Rhodes, cher rédacteur.

Monsieur Amédée, l'acception première du mot "travail" = "souffrance". Très belle région que les Cantons de l'Est, j'ai été passer quelques jours chez Rob et Dorothée à Pâques (il y a bien 25 ans). Mais il neigeait dru: un autre aspect des choses au Québec libre.

Écrit par : P.A.R. | 04 mai 2009

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