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03 mai 2009

Avachissement




Avachissement (NLF) et avachir (VLF)

 

 

Ce nom, dérivé du verbe avachir (attesté à la fin du XIVe siècle) entre dans les dictionnaires à la toute fin du XIXe siècle (Nouveau Larousse illustré, 8 volumes, 1898-1907). Il est employé dans le Journal des Goncourt (1864 : « Taine (...) veut qu’on réagisse contre ces états d’avachissement et de paresse qui lui semblent le signe des siècles qui descendent la pente d'une civilisation ») et dans celui d’Amiel (1866 : « Je ne sais plus rien, je n'ose plus rien. Avachissement, ramollissement, impuissance »). Dans ces deux extraits, il est de toute évidence, quand il a le sens figuré de « perte ou manque d’énergie, relâchement, laisser-aller », péjoratif et sans doute populaire, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), bien qu’il soit en usage chez de grands écrivains. Dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, il est seulement tenu pour « familier » : « le fait de s’avachir ; état de ce qui est avachi ; l’avachissement d’un tissu, d’une robe ; figuré, il pestait contre l’avachissement des mœurs ».

Contrairement à ce que pourraient laisser supposer les sons de ce mot, le verbe avachir et le nom avachissement n’ont pas pour « radical » le nom vache, comme le pensent à tort Furetière (Dictionnaire universel, 1690, « il vient du latin vacca, vache ») et les académiciens (1694, première édition du Dictionnaire de l’Académie française) qui définissent avachir à l’entrée vache : « devenir lâche, mol, et sans vigueur » (cet homme, cette femme s'avachit) et « il se dit aussi en parlant des choses dont la beauté est de paraître bouffantes et enflées, et qui s’aplatissent en peu de temps » (ces rubans, ces étoffes s’avachiront bien tôt). Avachir ou s’avachir et avachissement ne signifient pas « devenir vache », ni « le fait de ressembler à une vache ». L’étymon est un verbe francique hypothétique (le francique étant la langue parlée par les Francs), qui a ou aurait pour sens « amollir » (cf. l’adjectif allemand weich, « mou »). Le verbe avachir s’est d’abord appliqué aux êtres humains ; en 1395 (au sens de « se déformer »), chez Christine de Pisan : « il exerce son corps à quelque labour et travail dans des jeux, à cette fin qu’il ne s’avachisse trop et devienne pesant » ; Montaigne, Essais : « jamais la coutume n’aurait vaincu la nature, elle est invincible ; mais nous avons empoisonné notre jugement par les délices, la mollesse, l’oisiveté, la paresse, la lâcheté ; nous l’avons encore avachi, l’oignant, l’huilant et flattant de folles opinions, et de mauvaises mœurs » ; Antoine Du Pinet, 1621 : « en ce temps-là les hommes se sentent avachis au jeu d’amour ». Dans ces emplois, il est jugé « bas » (Furetière, 1690 : « ce mot est bas »). Des êtres humains, le verbe s’étend aux choses, en particulier aux tissus et étoffes, comme chez Amyot (1574) : « La coutre (couverture) du lit s’affaissait, par ce qu’étant foulée de l’assiette, elle s’élargit et s’avachit ». Furetière (Dictionnaire universel, 1690), après avoir défini le sens humain (avachir « ne se dit qu’avec le pronom personnel des personnes qui deviennent lâches, fainéantes »), illustrant ce sens de l’exemple : « cet homme s’est avachi depuis quelque temps, est devenu paresseux, n’est plus bon à rien », expose l’emploi relatif aux choses : « on le dit plus ordinairement des étoffes, des garnitures de rubans, lorsqu’elles s’aplatissent, qu’elles ne bouffent plus ». Au XVIIIe siècle, les lexicographes notent qu’avachir ne se dit pas de l’ensemble des êtres humains, mais des seules femmes : « il se dit plus ordinairement des femmes qui deviennent trop grasses » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798 : « il est familier ») ; « il est populaire et se dit surtout des femmes auxquelles un excès d’embonpoint fait perdre la fraîcheur et la vivacité de la jeunesse » (1832-35), alors que Littré ne précise pas lequel des deux sexes est le plus souvent sujet à s’avachir : « populairement, avachir se dit des personnes dont les formes grossissent et ne conservent point de fermeté » (exemple : « cette femme s’est avachie ») et que les académiciens (1932-35) se contentent de mentionner le sens « par extension » qu’ils illustrent de l’exemple sa taille s'avachit. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), comme s’ils refusaient de tenir compte des injonctions féministes, font à nouveau des femmes des personnes sujettes à s’avachir : « par analogie (avec les choses, cuirs et étoffes), péjoratif, en parlant de personnes et notamment de femmes, déformation (par amollissement) du corps, des muscles ».

Dans l’histoire de la langue, le premier sens attesté se rapporte aux êtres humains (cf. Christine de Pisan, 1395) et le second sens se rapporte aux choses (Amyot, 1574). De cette primauté chronologique, on peut affirmer qu’avachir a un sens propre quand il se dit de personnes et un sens figuré quand il se dit de choses. Or, les lexicographes y répugnent et ont tendance, comme les rédacteurs du Trésor de la langue française, à faire du sens relatif aux étoffes le sens propre et le sens relatif au corps humain le sens figuré. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), en s’appuyant sur l’autorité de Richelet (1680), est l’un des premiers à renverser l’ordre historique de l’apparition dans la langue des sens d’avachir, ordre qu’il ignore sans doute : « Suivant Richelet, il se dit du cuir qui devient mou et des branches d’arbres qui ont leur extrémité penchante ; au figuré, ajoute-t-il, (il a pour sens) devenir lâche et fainéant ».

Cet ordre est adopté dans le Trésor de la langue française au sujet du nom avachissement. Le sens propre, qui est défini en premier, est, « en parlant d’un objet, et spécialement, de cuirs, d’étoffes », « usure, déformation », comme chez Giraudoux (1929) : « sur le chapitre vêtements aussi, vous vous trompez : regardez-les. Vous sortez des ronces, et ils n’ont aucune éraflure. Je cherche en vain sur eux l’avachissement qu’ont les tissus des meilleures marques le jour où on les étrenne ». Ce mot s’est étendu, par analogie, à des personnes (cf. ci-dessus : « par analogie (avec les choses, cuirs et étoffes), péjoratif, en parlant de personnes et notamment de femmes, déformation (par amollissement) du corps, des muscles »), et, dans un sens figuré (cf. ci-dessus), il a pour sens « perte ou manque d’énergie et de vigueur, relâchement, laisser-aller ».

 


Commentaires

Mais "veule" est encore plus apte à décrire l'environnement social qui est le nôtre. Isnt'it ?

Écrit par : P.A.R. | 04 mai 2009

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