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19 mai 2009

Capitulation et armistice 2

 

 

Armistice

Dans la langue latine en usage au Moyen Age, armistitium, attesté en 1335 et formé des mots latins arma (« armes ») et stitium, de statio, « immobilité », a pour sens « suspension des combats ». Armistice, qui en est emprunté, est défini ainsi en 1680 dans le Dictionnaire de Richelet : « ce mot signifie suspension d’armes et ne peut trouver sa place que dans les traités de paix, de guerre et autres pareils ouvrages, peu poli, et il y a même bien des gens qui ne souffrent ce mot d’armistice qu’avec peine ». Dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65), ce terme « d’art militaire », de genre masculin, est une « trêve fort courte ou (une) suspension d’armes pour un petit espace de temps », alors que, dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française, où il est enregistré pour la première fois, il est de genre féminin (dans les éditions suivantes, les académiciens corrigent cette erreur) et il désigne une « suspension d’armes », conformément aux deux mots latins dont il est composé, sans que soit précisée la durée, brève ou non, de cette suspension. A la différence des académiciens, Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) s’attarde sur le rejet que suscite ce mot, aussi bien dans le Dictionnaire universel, dit de Trévoux (1704 : « il y a peu de gens qui approuvent ce mot ») que chez Richelet (1680 : « Richelet dit aussi que ce terme était rejeté de plusieurs »), lequel conclut ainsi l’article : « c’est un mot de gazette (il est déjà reproché aux journalistes leur jargon) : on dit plutôt suspension d’armes » ; et, après avoir remarqué que « l’Académie le met sans remarque et sans donner d’exemple », il tranche : « je crois qu’il n’est pas du beau style et que trêve, suspension d’armes sont préférables ». Les académiciens en jugent autrement. La définition « suspension d’armes » est illustrée des exemples un long armistice, convenir d’un armistice, rompre l’armistice, armistice de quelques jours, l’armistice ne fut pas de durée, ne tarda pas à cesser, à expirer dans la cinquième, la sixième, la septième éditions de leur Dictionnaire (1798, 1832-35, 1878-79). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), après avoir rappelé les hésitations des lexicographes (« armistice ne commence à se trouver dans les dictionnaires de l’Académie qu’à partir de 1762, où il est féminin ; l’Académie, dans sa dernière édition, a rectifié cette erreur, armistice ne devant pas plus être féminin que solstice ») et celles de Richelet et Féraud (« Richelet le fait correctement du masculin, ajoutant qu’il se trouve dans les traités de paix et de guerre et dans quelques gazettes, mais que peu de gens l’approuvent »), tranche le dilemme : « aujourd’hui l’usage l’a pleinement reçu et approuvé ».

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), le définition s’écarte de la simple traduction des deux mots latins qui composent armistice ; elle s’ajuste bien à l’armistice du 11 novembre 1918 : « arrêt provisoire des hostilités convenu par les combattants » (la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918 est un des exemples de la neuvième édition, en cours de publication), que Clémenceau, le Père de la Victoire, a su, à Versailles, habilement transformer en victoire. L’expérience historique a solidement établi dans la langue ce mot « d’art militaire », que les auteurs de dictionnaires actuels définissent avec précision : « suspension totale ou partielle des hostilités entre deux armées, en particulier pour permettre au pays qui en fait la demande d’étudier les conditions de fin de guerre de l’adversaire » (Trésor de la langue française, 1971-94) et « arrêt provisoire des hostilités convenu entre des belligérants » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition).

Ambrière (Les grandes vacances, 1946), à propos de l’armistice demandé en juin 1940 par le gouvernement du maréchal Pétain, expose, avec raison, les ambiguïtés de tout armistice : « La France et l’Allemagne sont toujours en état de guerre, disions-nous aux hésitants pour les amener à nous rejoindre ; car même si vous tenez l’armistice pour valable, l’armistice n’est pas la paix... ». De tout cela, il appert que, le 8 mai 1945, les autorités allemandes n’ont pas signé un armistice, contrairement à ce que disent les gazettes, par ignorance ou par complaisance pour un mot qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, était leur, mais elles ont signé la capitulation sans conditions de leurs armées. Le 11 novembre 1918 est célébré l’armistice ; la victoire, elle, est célébrée le 8 mai 1945. Il se peut que ces faits historiques dérangent les moralinateurs. Comme ces faits sont différents, ils ne devraient pas être désignés par le même mot, sauf dans la langue frelatée des modernes. Il n’y a rien d’immoral ou d’amoral ou de politiquement incorrect à distinguer ces faits en les nommant des mots justes armistice et capitulation.

Commentaires

J'observe pourtant que les principaux intéressés à ces victoires (anglais, américains & Co.) appellent très justement ces commémorations Victory Day. Ce qui est logique, puisque c'est la leur.

Écrit par : P.A.R. | 19 mai 2009

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