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21 mai 2009

Animation

En latin, animatio a pour sens « qualité d’un être animé » (Dictionnaire latin français, 1934) ou « principe de vie », et, par métaphore, il signifie « animosité » chez Tertullien, un des pères de l’Eglise (IIe-IIIe siècles). C’est dans ces deux sens que le nom animation, qui en est emprunté, est attesté au XIVe siècle (« principe vital, force qui donne la vie ») et au XVe siècle (« emportement, colère »). Ce second sens semble être un hapax. Quoi qu’il en soit, il est ignoré des auteurs de dictionnaires, lesquels, de Furetière (1690) à Bescherelle (1845), ne relèvent que le premier de ces deux sens, faisant d’animation un terme de théologiens : « (le mot) se dit en médecine du temps où l’âme est infuse dans le corps de l’homme » (exemple : « l’animation du fœtus n’arrive qu’après les 40 jours », Furetière, Dictionnaire universel, 1690), définition que reprend Thomas Corneille (1625-1709), dans son Dictionnaire des termes des arts et des sciences (1694), qu’il conçoit comme un complément du Dictionnaire de l’Académie française, académie dont il était membre  : « terme de médecine ; on dit que l’animation du fœtus, c’est-à-dire, le temps où l’âme est infuse dans le corps de l’homme, n’arrive que quarante jours après qu’il est formé ». Animation entre dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1762 (quatrième édition) comme un « terme didactique » qui « se dit de l’union de l’âme au corps » (l’animation du fœtus ; idem dans la cinquième édition, 1798), définition que reprend Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), tout en la comparant à celle de Furetière et de Trévoux : « temps auquel l’âme est infuse dans le corps de l’homme » (v. « union de l’âme et du corps »). Pour les uns, le mot désigne un moment ; pour les autres, une action.

Au XIXe siècle, animation sort de la théologie. Dans les dictionnaires, l’article qui y est consacré s’étoffe. Les académiciens (sixième édition, 1832-35) distinguent un sens général (« terme didactique, action d’animer ») d’un sens particulier (« il se dit particulièrement de l’union de l’âme au corps dans l’embryon humain », l’animation du foetus) ; Barré (1842, Complément au DAF) signale l’emploie d’animation dans l’ancienne chimie ou alchimie (« terme qu’employaient les chimistes dans la transmutation des métaux, lorsque la terre blanche foliée devait fermenter avec l’eau philosophique ou céleste du soufre »). Louis-Nicolas Bescherelle (1845, Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française, 2 volumes) est le premier à enregistrer un des sens modernes d’animation : « chaleur, vie apparente » (exemple : « mettre l’animation dans les paroles, dans le discours, dans les actions »), que Littré et les académiciens exposent à leur tour : Dictionnaire de la langue française, 1863-77, « figuré, vivacité, chaleur », exemple : « l’animation qu’il met dans ce qu’il dit » ; septième et huitième éditions, 1879 et 1932-35, « animation signifie au figuré la vivacité, la chaleur que l’on met à faire une chose » ; l’animation de ses gestes, de ses discours, de ses écrits ; l’animation du jeu, du plaisir ; il parle, il discute avec animation.

La vie, non pas la vie éternelle, mais la vie ici-bas, la vie biologique et matérielle, étant l’horizon indépassable des modernes, animation devient une de leurs oriflammes. Le sens premier (« action de communiquer ou de posséder la vie » et « en théologie, le fait de l’union de l’âme à un corps organisé ») est désormais tenu pour rare par les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), lesquels citent la distinction faite dans Théologie catholique (1909) entre « animation immédiate » et « animation médiate » : « les partisans de l’animation immédiate affirment que c’est au moment même de la conception que l’âme est créée et unie au corps ; les partisans de l’animation médiate retardent l’entrée de l’âme dans le corps et la fixent à l’époque (...) où le corps est construit, du moins dans ses organes principaux ». 1909, c’était il y a un siècle, autant dire une éternité pour les modernes qui tiennent tout passé pour un laps de temps non avenu. Le mot émigre de la théologie vers les sciences du social. La modernité oppose au néant ou à la mort ses fétiches, parmi lesquels l’animation, « qui permet de donner l’impression du mouvement à des dessins ou à des poupées grâce à la photographie image par image, de gestes, d’attitudes ou de situations successives » et qui se rapporte même aux choses : « caractère de ce qui est animé, possède de la vivacité ; en parlant d’une rue, d’une ville », comme si les modernes étaient désormais capables, en vrais sorciers qu’ils sont devenus, de donner de l’âme à ce qui est naturellement inanimé : « on voit d’ici ce mouvement, cette vie, cette animation extraordinaire que les intérêts financiers sont seuls capables de donner, aujourd’hui, à des villes sérieuses » (Villiers, 1883) ou « l’animation avait abandonné l’intérieur de la bourse et des banques, diminuait aux étages des immeubles commerciaux, mais pour augmenter et s’alourdir dans les rues » (Romains, 1932) ; « en parlant d’une œuvre d’art, expression de la vie, vivacité » (« voyez à côté les bas-reliefs qui rendent les scènes de la vie humaine ; ils ont autant d’animation que les peintures du XVIe siècle » (Michelet, 1874).

Pour les Français des siècles classiques, « l’action de conférer la vie » était le fait du Dieu unique ; pour les modernes, n’importe qui peut animer une soirée, c’est-à-dire y mettre de l’entrain. Il est dans l’ordre naturel du monde devenu moderne, tel que cet ordre nouveau s’établit au XXe siècle, que la sociologie et les sociologues se soient approprié l’animation : jadis propre aux Dieux, elle est désormais propre à ces substituts du Dieu unique que sont les consciencieux du social, psys and C°, comme l’exprime lumineusement un illuminé de la science sociale en 1969 : « en méthodologie des sciences psychologiques et sociales, l’animation est la propriété générale des méthodes de conduite des groupes, méthodes qui ont pour but d’accroître la participation et de favoriser la progression du groupe vers ses objectifs » (rien que ça, c’est digne d’un führer ou d’un duce, mazette !). D’où les syntagmes animation d’un groupe, activité d’animation (ou par métonymie, animations), équipe d’animation cités dans le Trésor de la langue française (1971-94). Le programme de l’horreur moderne est résumé dans cet extrait des Grands ensembles d’habitation (1963) : « il ne suffit pas de fonder des maisons, voire des centres de jeunesse pour subvenir aux loisirs extra-sportifs au sein du périmètre d’habitat, mais (...) il faut rendre ceux-ci attrayants et les faire fonctionner sous l’impulsion de « meneurs de jeu ». C’est en fait une profession nouvelle qui se crée, tenant du moniteur de colonies de vacances, de l’éducateur sportif, du metteur en scène, etc. Il faut donc une équipe d’animation avec des camarades plus âgés, engagés dans une activité professionnelle qui assure à titre de référence leur droit à guider. Il faut enfin un chef. Pour le moment, on ne saurait faire appel qu’à des animateurs bénévoles ». On comprend que même l’Etat, supposé neutre, ait institué ses propres organes d’animation, comme le confirme cet extrait de L’Aménagement du territoire (1964) : « Le Commissariat au plan étudie et propose les choix globaux qu’implique cette politique et en intègre grâce aux travaux de la Commission nationale d’aménagement du territoire les conclusions dans les plans de développement économique et social. (...). Dans l’appareil administratif de l’État, la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale constitue, entre le plan et les administrations, le centre d’impulsion et d’animation de cette politique et, pour ainsi dire, la courroie de transmission entre la volonté gouvernementale et les organes d’exécution ». Jadis, c’est Dieu qui décidait de l’âme des êtres vivants ; désormais, n’importe quel pékin, n’importe quel consciencieux du social, n’importe quel fonctionnaire met de l’âme dans les choses, les foules, les politiques, les villes. La modernité n’est pas athée, ni même agnostique. Elle a des milliers de dieux et elle fait de n’importe qui ou de n’importe quoi un deus ex machina.

 


Commentaires

jeudi 21 mai
fête de l'ascension

ASCENSION

- de l'everest
- dans les sondages

- à l'Elysée , au pouvoir etc..

Quand il tonne en mai , les vaches auront du lait

Écrit par : Ama Deus | 21 mai 2009

Amadeo gratia.

Je pars au Sichuan pour une semaine. Si je trouve un poste à galène, j'essaierai de vous transmettre des photos de vaches chinoises sous l'orage. Mais il ne devrait pas y en avoir beaucoup, les Han étant pour la plupart allergiques au lait (nouveau thème à développer pour la NLF: cause/effet de la rareté des bestiaux et/ou des allergies et vice-versa). Mais pour les orages, c'est la saison idéale.

Tot kijk.

Écrit par : P.A.R. | 22 mai 2009

Tout ceci est connu
Les européens ont connu une mutation génétique il y a plusieurs milliers d'années, devenant tolérants au lait de vache , la mutation avantageuse s'est répandue par sélection naturelle

elle est absente chez les peuples mongols et mongoloides , noirs et sémito-hamitiques

ce serait une des causes du succès des peuples agriculteurs
éleveurs et de l'Europe

bon article dans un numéro ancien de courrier international.

Écrit par : Ama Deus | 22 mai 2009

Mais le pire de tout c'est le ravage de la vodka chez les peuples asiatiques de Sibérie: ils sont dépourvus de l'enzyme susceptible d'éliminer l'alcool et les doses s'accumulent jusqu'à la dernière de toutes. Comme Moscou les a abandonnés, depuis la chute de l'empire soviétique qui les avait lui-même éloignés de leur mode de vie traditionnel (économie planifiée), ils ont le choix entre ivresse et misère pour toute orientation de carrière.

A part ça, je croyais que les Mongols étaient la seule nation d'Asie à fabriquer du fromage, mais on vient de me confirmer qu'il s'agit plutôt d'une sorte de yaourt.

Écrit par : P.A.R. | 22 mai 2009

Amadeus absconditus,

L'Empereur de Chine m'attend; je me sauve en vous laissant les clefs de la maison, tout en rappelant que sa devise respectable est: Raison, Tolérance et Humanité. Et si vous le voyez, mon meilleur message à Monsieur de Ferney.

Écrit par : P.A.R. | 22 mai 2009

-

le fromage peut être absorbé, puisque ne nécéssitant pas la même enzyme que l'absorption du lait

( lactase )

bon voyage pétro-dépendant et co2-émetteur
( massivement )



oui j'ai vu récemment les reportages sur les Tchoutchkes
et leur non-absorption de l'alcool

Écrit par : Ama Deus | 22 mai 2009

Il n'y a pas qu'eux: tous ces petits peuples en voie d'extinction en Bouriatie et autres régions autonomes (= plus subventionnées du tout).
Et les nomades qui ne peuvent plus traverser les frontières (Russie-Mongolie-Chine) pour rejoindre les terres de pâture ancestrales au risque de voir leur cheptel dégénérer. On n'en parle pas dans Le Monde Diplomatique et il faudra porter ça à l'ordre du jour de la prochaine réunion entre Messieurs Arouet Le Jeune et Ramonet Le Vieux (老东西); rappelez-le leur à l'occasion.
Puisque vous regardez les bonne chaînes de télé, vous avez pu constater que la Route de la Soie est devenu un vrai boulevard et que si vous voulez être tendance, c'est au Kazakstan ou au Kyrgyzstan qu'il faut être vu (ça va un peu désengorger Saint-Tropez ).
Cette fois j'y vais; le vent du soir fait claquer la voile du mât de misaine.

Écrit par : P.A.R. | 22 mai 2009

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