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25 mai 2009

Intolérance

 

 

 

 

En latin, le nom intolerantia a pour sens, selon M. Gaffiot (Dictionnaire latin français (Hachette, 1934), « fait d’être insupportable, nature insupportable de quelque chose » (sens attesté chez Paul Orose, prêtre espagnol du Ve siècle), « insolence, tyrannie insupportable » (Cicéron) et, chez Aulu-Gelle (grammairien, IIe siècle) « action de ne pouvoir supporter, impatience, humeur peu endurante ».

Le mot français intolérance, dérivé de tolérance, est attesté à la fin du XVIe siècle dans son sens latin : « incapacité à supporter ». Randle Cotgrave (mort en 1634), dans son Dictionarie of French and English Tongues (1611 : liste de mots français traduits en anglais), le traduit par impatienty, y donnant de fait le sens du mot latin intolerantia (cf. ci-dessus, Aulu-Gelle). Il est évident que le concept « moderne » d’intolérance, et même celui de tolérance dont il est le contraire, ne sont pas en place dans la langue classique des XVIe et XVIIe siècles. Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) note que « ce mot ne se dit point ». Il est vrai aussi qu’il tient la tolérance pour une « permission ». Le père Bouhours, dans ses Doutes sur la langue française (1691), le juge « contesté ». Furetière (Dictionnaire universel, 1690) ne le relève pas, mais il apparaît dans l’édition posthume de son dictionnaire, publiée à Rotterdam en 1701 (autres éditions : 1704, 1708) et revue et corrigée par un huguenot français, Basnage de Bauval (1656-1710), qui s’est réfugié aux Pays-Bas après la révocation de l’Edit de Nantes (1685) pour y combattre ce que les huguenots ont commencé à nommer intolérance. Ils en ont revu le sens. La définition de 1701, qui n’est pas de Furetière, mais de ceux qui ont détourné son dictionnaire, est éloquente. Ce n’est plus « impatience », mais « refus de supporter, d’avoir des relations avec ceux d’un avis opposé (notamment en matière religieuse) », définition qui correspond assez bien aux intentions de ceux qui, Mme de Maintenon, Louvois, Louis XIV, ont décidé d’annuler l’édit de pacification de 1598 et, en conséquence, d’interdire aux Français d’entretenir toute « relation » avec les réformés, huguenots, protestants, contraints de chercher un refuge hors de France.

Il entre dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la troisième édition (1740). La définition en est fruste : « Terme dogmatique, opposé à tolérance » (1762 et 1798, terme dogmatique, id est de théologien, est remplacé par terme didactique, id est savant et en usage dans les écoles). C’est l’idéologie des Lumières (in L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, 1751-65) qui, à la suite de Basnage de Bauval en 1701, fait de l’intolérance, avérée ou supposée, la cible des luttes éclairées. Au long article qui y est consacré dans L’Encyclopédie, il apparaît que l’intolérance est devenue, dès le milieu du XVIIIe siècle, l’expression favorite de ce que les modernes nomment la Bête immonde, le ça, le Mal ou, si ces modernes sont musulmans, Chitan (Satan) : « (Morale) le mot intolérance s’entend communément de cette passion féroce qui porte à haïr et à persécuter ceux qui sont dans l’erreur ». L’auteur de l’article s’efforce de « distinguer deux sortes d’intolérance, l’ecclésiastique et la civile ». La première consiste « à regarder comme fausse toute autre religion que celle que l’on professe et à le démontrer sur les toits, sans être arrêté par aucune terreur, par aucun respect humain, au hasard même de perdre la vie ». L’intolérance, ainsi définie, peut être prise dans un tourniquet et englober dans la même réprobation diabolique ceux qui combattent l’intolérance. Aussi l’auteur de l’article précise-t-il benoîtement ceci : « il ne s’agira point dans cet article de cet héroïsme qui a fait tant de martyrs dans tous les siècles de l’Eglise », les martyrs chrétiens étant victimes de l’intolérance païenne ou, plus tard, islamique. Quant à la seconde ou intolérance civile, elle « consiste à rompre tout commerce et à poursuivre, par toutes sortes de moyens violents, ceux qui ont une façon de penser sur Dieu et sur son culte autre que la nôtre ». C’est donc une référence à ceux qui ont annulé en 1685 l’Edit de Nantes. « Quelques lignes détachées de l’Écriture sainte, des pères, des conciles, suffiront pour montrer que l’intolérant pris en ce dernier sens est un méchant homme, un mauvais chrétien, un sujet dangereux, un mauvais politique et un mauvais citoyen » : en bref, c’est le Diable, le Démon, Satan.

Il est plaisant de penser que des gens apparemment intelligents (en l’occurrence, l’apparence est comme le mur de Berlin – totalement hermétique) peuvent se tenir, par passion idéologique ou par suffisance intellectuelle, pour les empereurs du Bien en personne et sans tolérance aucune, « stigmatiser » comme les nouveaux Satan ceux qui ne s’alignent pas sur leurs positions, le doigt sur la couture du pantalon. Sartre, Foucault, Bourdieu, Rosanvallon, BHL, etc., « chassent de race », comme de « bons chiens ». C’est par ruse rhétorique que l’intolérance supposée des catholiques est comparée à l’infinie bonté des pères de l’Eglise, à la sublime douceur des premiers chrétiens et à la générosité sans faille de tous les martyrs du christianisme : « l’instruction, la persuasion et la prière, voilà les seuls moyens légitimes d’étendre la religion. Tout moyen qui excite la haine, l’indignation et le mépris, est impie ». Sont cités pour déconsidérer l’intolérance ecclésiastique et civile Tertullien, le Christ (« qu’est-ce que le Christ a recommandé à ses disciples en les envoyant chez les nations ? Est-ce de tuer ou de mourir ? Est-ce de persécuter ou de souffrir ? »), Saint Paul, Origène, Saint Jean, Saint Athanase, Saint Jean Chrysostome, Saint Hilaire, etc. Voltaire (Traité sur la tolérance, 1763) y va de sa définition : l’intolérance est la « haine agressive et persécutrice de ceux qui croient posséder la vérité en matière religieuse », laquelle, à ce compte, fait agir même les très ardents défenseurs des droits universels de l’homme. Dans les dictionnaires du XIXe siècle, l’intolérance est définie souvent dans les mêmes termes que ceux de Bauval ou de Voltaire ou des Encyclopédistes. C’est le signe que, de ce point de vue, la messe est dite et que l’intolérance est définitivement l’œuvre de Satan, sauf quand elle est islamique (auquel cas, elle est du camp du Bien) : « disposition à violenter, à persécuter ceux avec lesquels on diffère d’opinions » (DAF, sixième, septième, huitième, neuvième éditions, 1832-35, 1879, 1932-35, en cours : « il se dit surtout en matière de religion » ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, qui note aussi l’emploi d’intolérance en médecine : « impossibilité de supporter un remède ; condition indiquant qu’il faut s’en abstenir »). Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) distinguent un sens général (« défaut de tolérance ») du sens spécifique à la religion ou à la politique. Hors de la religion et de la politique, intolérance a le même sens qu’intolerantia en latin : « répugnance ou impossibilité à supporter certaines choses, certaines personnes », sens en usage en médecine et en psychologie (intolérance pathologique à la perte, intolérance à l’attention d’autrui), alors que l’intolérance moderne est ou le « manque de respect pour les croyances, les opinions que l’on réprouve ou que l’on juge fausses » (après tout, pourquoi devrions-nous respecter la bêtise, la stupidité, l’ignorance, la veulerie, l’hypocrisie, les délires du Coran, etc. ?) ou « l’attitude consistant à refuser aux autres la liberté d’exprimer des opinions que l’on juge fausses et de vivre conformément à ces opinions » et « le comportement de celui qui réprime par la force les idées qu’il ne partage pas » - le « celui » en question, qui serait répressif, ayant pignon sur rue en France, mais après qu’il a eu pris soin de qualifier les idées qu’il combat de maléfiques ou de diaboliques.

 

 

 

Commentaires

1 PROPOSANT

Madame """ AUBRY "" ( faux patronyme , car remariée à un avocat )

Je suis la première proposante de France
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2 PROPOSEUR

vu récemment BAYROU ( prof de lettres ????? )

Je suis un proposeur , si ce mot existe ???

Bayrou utilise un mot sans savoir s'il existe !!

c'est de la PROPOSITUDE ????????

Le niveau monte comme la mer !!

bientôt l'inondation ????
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Écrit par : AA++ | 25 mai 2009

Les commentaires sont fermés.