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16 juillet 2009

Contraception

 

 

 

 

 

Le mot, on s’en serait douté, est moderne : anglais ou emprunté de l’anglais tel quel, sans y changer un iota, et éminemment moderne, à la fois par la forme et parce qu’il condense en lui l’épopée de l’Occident épuisé et à bout de souffle aujourd’hui d’avoir si longtemps guerroyé sur tous les fronts. Il est attesté pour la première fois en français en 1934 dans une thèse de doctorat soutenue devant un aréopage de professeurs de la faculté de médecine. En anglais, il est beaucoup plus ancien, ayant été formé en 1886 du préfixe contra (en français « contre », marquant l’hostilité ou l’opposition) et du nom conception (le mot est identique en français). La suppression de la première syllabe du nom, identique à la première syllabe du préfixe, apparente ce mot ainsi formé à un mot-valise. S’il n’avait pas été emprunté de l’anglais et formé suivant les règles morphologiques du français, il aurait été sans doute ou peut-être anti-conception, lequel est attesté depuis quelques décennies, mais ignoré des grands dictionnaires.

Dans Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English (1974), contraception est défini ainsi : “practice, method, of preventing or planning conception”. En anglais, il semble que le mot ait un sens plus large qu’en français. Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), la contraception a pour but d’empêcher la conception (to prevent conception), et non pas de « planifier » les naissances (to plan conception) : c’est « l’ensemble de pratiques destinées à empêcher la fécondation de l’ovule lors des rapports sexuels », les académiciens restreignant le mot au domaine de la physiologie, alors qu’il semble être entré depuis près de quarante ans (depuis la légalisation de la vente de la pilule ?) dans la langue courante. C’est aussi la définition qu’en donnent les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « emploi volontaire de moyens ou de techniques (par la femme ou par l’homme) pour empêcher que les rapports sexuels n’entraînent une grossesse ; l’ensemble de ces moyens et de ces techniques ».

A l’exception de cette différence entre l’original anglais et la copie française, qui a un sens plus étroit (mais n’est-ce pas conforme à la caricature de la France : pays rural, étroit, rabougri, petit-bourgeois, ringard, refermé sur lui-même et tout ce que l’on peut énumérer d’autre en matière de moisissure  d’esprit ?), le sens de contraception ne soulève aucune difficulté, parce que, entre autres raisons, chacun sait de quoi il en retourne dans la réalité. En revanche, les exemples qui illustrent ce sens sont des monuments (pas en péril, hélas) du beaufisme (faut-il dire « beaufitude » ?) franchouillard et « de gauche » (évidemment), que l’on croirait extraits, tant ils fleurent la grosse bêtise de toujours, de Bouvard et Pécuchet. Le roman Bouvard et Pécuchet est de Flaubert, aurait ajouté Proust, pastichant Balzac.

Arouet le Jeune ne résiste pas au plaisir de les citer (pour le fun, comme on dit en NLF). D’abord, cet extrait, daté de février 1968 (ah, nostalgie, quand tu nous tiens !), du Nouvel Observateur, le bréviaire socioculturel, qui sort ses Goebbels dès qu’il parle de culture : Tout est fait pour que la contraception apparaisse comme honteuse, culpabilisante. Ou encore, ce chef d’œuvre de la propagande tartuffière : La contraception servira (...) non plus à ne pas avoir d'enfants, mais à en avoir au moment optimum, scripsit Mme Sullerot dans (admirez le titre) « la dimension sociologique de la contraception » ; ou encore cette prédiction inoubliable de Choisir – nouvel avatar de Nostradamus : « quand la femme aura obtenu, grâce à la diffusion de la contraception et à la liberté de l’avortement, une maîtrise de son corps que n’empoigneront plus la crainte ni le remords, elle sera disponible pour d’autres luttes », luttes parmi lesquelles il faut inclure, n’est-ce pas ?, la burqa pour toutes, mais la burqa démocratique et de gauche, évidemment.

 

 

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