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10 août 2009

Attraction

 


De la première (1694) à la cinquième (1798) édition du Dictionnaire de l’Académie française, la définition est expédiée en une courte demi-phrase, « action de ce qui attire », et illustrée par ces trois exemples, dont les deux derniers n’éclairent en rien le sens : « l’attraction du fer par l’aimant ; quelle est la cause de cette attraction ? Cet onguent a fait une grande attraction ». En revanche, dans la neuvième édition, en cours de publication, de ce même dictionnaire, trois sens et douze emplois sont distingués ; et, dans le Trésor de la langue française (1971-94), l’article attraction occupe cinq colonnes de grand format. Ce qui caractérise ce mot, c’est la prolifération des sens à partir de deux domaines : la science ou les sciences exactes (à compter du XVIIIe siècle : plusieurs pages sont consacrées dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot à tous les types et formes d’attraction) et la mode (à partir du XIXe siècle), deux domaines dont la langue d’expression favorite est l’anglais.

Le mot est donc moderne, bien qu’il soit emprunté au latin attractio, au sens de « contraction ». C’est sans doute pour cette raison que le mot attraction, attesté au XIIIe siècle, a le sens « d’action de tirer à soi » (« Et des choses qui sont convenables au foie si sont douces choses, mais qu’on n’en prenne pas trop, parce qu’elles étouffent légèrement les voies par la grande attraction que le foie en fait ») et qu’Olivier de Serres (agronome du XVIe siècle) l’emploie au sens « d’action de tirer le lait » (de traire) : « la vache ne se veut qu’avec grande difficulté laisser traire sans le veau, mais lui lâche toujours libéralement le lait, duquel ayant fait la première attraction,  le demeurant est réservé pour les beurres et fourmages ». Les académiciens (de 1694 à 1798, même s’ils citent dans les exemples « l’attraction neutonnienne » - sic) relèvent ce seul sens : « action de ce qui attire » ; de même Furetière (Dictionnaire universel, 1690), qui était pourtant soucieux de restituer la langue des savants de son temps : « action de ce qui attire » (exemple : « il y a des pompes qui font leur effet par attraction, et d’autres par compression »).

C’est à la fin du XVIIe siècle (en 1688, dans un compte rendu des premiers travaux de Newton) qu’est attesté, pour la première fois, le sens propre à la physique : « tendance des corps matériels à s’attirer mutuellement », lequel était en germe dans l’utilisation qui était faite du mot attractio dans les universités de la fin du Moyen Age : « attraction ou force attractive, dans l’ancienne physique, signifie une force naturelle qu’on suppose inhérente à certains corps, et en vertu de laquelle ils agissent sur d’autres corps éloignés, et les tirent à eux », in L’Encyclopédie). C’est de là que vient l’emploi d’attraction en grammaire, attesté en 1842 dans le Complément au Dictionnaire de l’Académie française de Barré : « (philologie) construction particulière à la plupart des langues à inflexions, par laquelle l’attribut est attiré au même cas que le sujet, ou le relatif au même cas que l’antécédent, dans certaines phrases qui s’éloignent des règles générales », et que relève Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « terme de grammaire ; changement d’une lettre par l’effet de sa voisine ; par exemple, ce mot attraction est pris du latin attractio, formé de ad et tractio ; le d de ad a été changé en t à cause du t suivant ; dans la grammaire grecque, figure de syntaxe, par laquelle le relatif est mis au même cas que son antécédent ou mieux est attiré au cas de son antécédent, bien que le rôle qu’il a dans la phrase lui impose un cas différent ». Tous ces exemples sont assez obscurs. Il faut attendre la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française pour lire un exemple clair et convaincant : « attraction modale, remplacement d’un indicatif par un subjonctif dans une subordonnée dépendant d’une autre subordonnée au subjonctif ; dans la phrase : « Quelle que soit l’action qu'il commette, il sera pardonné », le verbe commettre est au subjonctif par attraction modale ».  

Le très long et très détaillé article attraction de L’Encyclopédie (1751-65), dans lequel sont examinées pro et contra toutes les thèses et toutes les expériences relatives à l’attraction, atteste, s’il en était besoin, le séisme qu’ont provoqué dans la pensée européenne les découvertes de Newton. Il n’est pas possible ici, faute de place ou de temps, de résumer les longues pages, serrées et argumentées, de cet article. Citons : « attraction ou puissance attractive se dit plus particulièrement, dans la philosophie newtonienne, d’une puissance ou principe, en vertu duquel toutes les parties, soit d’un même corps, soit de corps différents, tendent les unes vers les autres ; ou, pour parler plus exactement, l’attraction est l’effet d’une puissance, par laquelle chaque particule de matière tend vers une autre particule... Les lois et les phénomènes de l’attraction sont un des points principaux de la philosophie newtonienne… Quoique ce grand philosophe se serve du mot attraction, comme les philosophes de l’école, cependant, selon la plupart de ses disciples, il y attache une idée bien différente… L’attraction dans la philosophie ancienne était, selon eux, une espèce de qualité inhérente à certains corps, et qui résultait de leurs formes particulières et spécifiques (…) L’attraction newtonienne, au contraire, est un principe indéfini, c’est-à-dire par lequel on ne veut désigner ni aucune espèce ou manière d’action particulière, ni aucune cause physique d’une pareille action, mais seulement une tendance en général, un conatus accedendi, ou effort pour s’approcher, quelle qu’en soit la cause physique ou métaphysique ; c’est-à-dire soit que la puissance qui le produit soit inhérente aux corps mêmes, soit qu’elle consiste dans l’impulsion d’un agent extérieur. Aussi Newton dit-il expressément dans ses principes qu’il se sert indifféremment des mots d’attraction, d’impulsion et de propension, et avertit le lecteur de ne pas croire que, par le mot d’attraction, il veuille désigner une manière d’action ou sa cause efficiente, et supposer qu’il y a réellement une force attractive dans des centres qui ne sont que des points mathématiques… C’est donc de l’attraction, suivant M. Newton, que proviennent la plupart des mouvements, et par conséquent des changements qui se font dans l’univers ; c’est par elle que les corps pesants descendent et que les corps légers montent ; c’est par elle que les projectiles sont dirigés dans leur course, que les vapeurs montent et que la pluie tombe ; c’est par elle que les fleuves coulent, que l’air presse, que l’océan a un flux et reflux..., etc. »

Dans la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, la pensée de Newton est résumée en ces mots : « l’attraction newtonienne : tendance attribuée par Newton à la matière, et en vertu de laquelle les corps sont supposés exercer une action mutuelle les uns sur les autres » (« on dit quelquefois absolument l’attraction dans le même sens »), mots à dire vrai fort prudents (« tendance attribuée par Newton », « les corps sont supposés exercer une action mutuelle »), comme si les académiciens refusaient de prendre parti dans un débat qui avait alors de vrais enjeux métaphysiques ou comme si les sciences exactes avaient commencé à se séparer des lettres ou des humanités, coupure qui n’était pas encore effective au XVIIe et au XVIIIe siècle : Descartes était tenu pour un physicien et Voltaire a traduit et commenté Newton. Même Littré, positiviste convaincu, définit prudemment l’attraction newtonienne : « en astronomie, tendance que les corps célestes paraissent (sic) avoir à s’attirer les uns les autres en raison directe des masses et inverse du carré des distances, sans qu’il existe en eux ou autour d’eux rien de sensible à quoi on puisse rapporter cette tendance » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les dernières prudences s’évanouissent dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française : « attraction universelle ou newtonienne, action mutuelle que deux corps exercent l’un sur l’autre ; l’attraction de deux corps se traduit, selon Newton, par une force dirigée de l’un vers l’autre en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de la distance qui les sépare ».

L’autre sens moderne, « ce qui exerce un attrait sur le public », est lui aussi, comme l’attraction newtonienne, un néologisme sémantique, emprunté de l’anglais et introduit en français par Balzac en 1835 : « avec cela trouver des combinaisons, des attractions, comme disent les Anglais, pour obtenir la faveur du public, de manière à écraser par leur supériorité, les autres journaux » (1862 : « programme savamment combiné en vue d’une great attraction » ; 1867, « spectacle, divertissement qui attire le grand public », dans la phrase suivante : « une des plus grandes attractions du parc de l’Exposition est la section ottomane »). Littré, dans le Supplément (1877) de son dictionnaire est le premier à relever ce sens : « dans le sens anglais, ce qui a de l’attrait ; ce sens a commencé à paraître vers l’époque des grandes expositions internationales et est aujourd’hui d’un usage presque courant », comme dans cet extrait de 1876 du Journal officiel : « dimanche et lundi de Pâques aura lieu l’inauguration de ces concerts qui étaient, l’on s’en souvient, une des grandes attractions du jardin l’an dernier ». Les académiciens, qui sont souvent hostiles aux néologismes sémantiques, acceptent sans examen cet emploi nouveau d’attraction : « il désigne aussi ce qui attire, notamment les spectacles, les divertissements, etc. », l’exemple cité compensant, il est vrai, par la gloire des choses françaises ce que pourrait avoir de honteux un emprunt à l’anglais : « rien ne séduit les étrangers autant que les attractions de Paris ».

L’article attraction du Trésor de la langue française (1971-94) et celui de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française offrent un condensé de modernité verbale, sociale et morale. Tout ce qui est moderne y est, sciences (« propriété que possèdent les corps matériels de s’attirer mutuellement ») ; physique (attraction universelle ou planétaire, cf. plus haut Newton ; attraction électrique ou électrostatique, « celle qui existe entre charges électriques de signe contraire » ; attraction magnétique, « qui s’observe entre aimants, entre courants électriques ou entre aimant et courant électrique ») ; chimie (attraction moléculaire, « forces qui s’exercent entre molécules et qui ont un très court rayon d’action » ; attraction capillaire, « capillarité » ; attraction élective, synonyme vieux de affinité), sens et emplois figurés (« fait d’attirer quelqu’un, force qui attire quelqu’un vers quelqu’un ou quelque chose, attirance ») ; sciences humaines et sociales, linguistique et grammaire (« vieux, attraction des lettres » ; attraction syntaxique, attraction paronymique, « processus plus connu sous le nom d’étymologie populaire ») ; musique (« tendance d’un son vers un autre, avec lequel il a de l’affinité »), sociologie (l’incontournable science sociale, qui, pour se donner un vernis savantasse, pille le vocabulaire des sciences exactes : « caractéristique d’un objet, d’une activité, d’une personne ou d’un groupe par laquelle un comportement d’approche active est déclenché chez un sujet » : sic), emplois variés couronnés par les inévitables attractions de fêtes foraines : « par métonymie (fréquent au pluriel), ce qui attire le public dans un lieu ; ce qui est un objet, une occasion de curiosité, de divertissement » et « spectacle, ensemble de divertissements, en particulier dans les foires » ; d’où les innombrables parcs d’attractions et même, par ce jeu de mots cher à Muray, le monde réel transformé en parc d’abstractions par les modernes.  Le mot est si moderne que, des choses, il se déplace aux personnes et il désigne, « familièrement », selon les rédacteurs du TLF, « une personne qui attire la curiosité publique », comme dans cet exemple du DAF (neuvième édition) : « par analogie, familièrement, il a été l’attraction de la soirée ».

Commentaires

Bonjour

Pour savoir enfin ce que sont "gravité", "gravitation" et "pesanteur", pages 19 à 22 du livre :

www.liberes-des-mathematiques-savoir-enfin-ce-qu-est-l-univers.net

Bien cordialement Jean Vladimir Térémetz

Écrit par : Jean Vladimir Térémetz | 10 août 2009

indécence

pandémie de l 'indécence
http://fr.news.yahoo.com/64/20090806/twl-pour-marc-gentilini-on-assiste-une-p-acb1c83.html

Écrit par : AZX | 10 août 2009

Merci. L'expérience, dont vous faites état, est convaincante.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 10 août 2009

...C'est précisément ce qu'affirme l'occultisme, en se basant sur ce principe que :

Lorsque une force est opposée à une autre force et produit un équilibre statique, l'équilibre préexistant est affecté et un nouveau mouvement est généré, mouvement qui est équivalent de celui qui se trouve mis en échec.

Écrit par : idle | 11 août 2009

1 épidermique

épidermiquement

http://www.insolent.fr/2009/08/du-pouvoir-parisien-et-de-sa-derive-gauche.html

2 Rogaton

Écrit par : Amédée | 11 août 2009

squat

SQUATTER
SQUATTEUR

http://fr.news.yahoo.com/4/20090811/tts-france-incendie-sevran-ca02f96.html

Écrit par : Amédée | 11 août 2009

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étalon ( Stallion )
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USURPATEUR ( romain ) USURPER
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LIBAGE
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BER
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MONASTICISME
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ALLEGEANCE
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SERRE-FILE
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Prébendier : prébende
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TRIAGE ( sens anglais : to triage )
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INCULTE / INCULTURE
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ILLUSION
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RELUCTANCE
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ALTERNANCE
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REDONDANCE / REDONDANT
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REDISTRIBUER / REDISTRIBUTION
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COHABITATION
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CONTINGENCE ( contingency ) / CONTINGENT
le contingent
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une Piéta ( jacobine )
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LOTO
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VISDOMINUS
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CENTENNIER
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RECOMMENDATION
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RELIQUE
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The War of the HEDGEROWS
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The leafy hedges
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Carême = Fasting
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The Oath of Bayeux
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The wreck of the White Ship 1120
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QUIA EMPTORES
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MYTHOLOGIES INTELLOTES

1 Fidel Castro Lider Maximo
2 le CHE
3 marguerite Yourcenar
4 mao The Little Red Book
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Écrit par : aMéDéE | 13 août 2009

un mot enrichissant la langue française

BURQINI
BURKINI

http://fr.news.yahoo.com/4/20090813/tsc-france-burqini-011ccfa.html

Écrit par : aMéDéE | 13 août 2009

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