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14 août 2009

Lumière des livres 20

Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, 2008 ; Fabienne Verdier, Passagère du silence, Albin Michel, 2003 (Le Livre de Poche, 2005)

Annie Ernaux ne manque pas de talent. Elle est capable, en trois mots, de « faire voir les choses en acte », comme disait Aristote, ou de représenter des réalités, en restituant la couleur, le grain, les formes, les odeurs. Les Années est nourrie d’une juste intuition, comme ses autres livres : la prise de conscience du temps qui passe, expérience universelle, et le souvenir que chacun garde des années enfuies sont à chercher, non dans les actes racontés ni dans les mémoires ou les souvenirs, mais dans les photos anciennes en noir et blanc ou dans les images de la télévision en couleurs, mal conservées, des années 1970, ou dans les mots ou les phrases passés de mode et que ne disent plus les jeunes gens, dans les façons de s’habiller, dans les slogans et les mots d’ordre, dans les revendications et les espoirs, dans ce qui semble indicible, mais qu’Annie Ernaux, qui s’attache à saisir le réel, tel qu’il est perçu, sait faire entendre, voir, toucher, dire.

Les Années sont celles de tout le monde. Elles ont été vécues par « on » ou par « nous ». Elles forment non pas le passé d’une personne, mais celui d’un ensemble, d’une classe, d’une génération, celle du début du baby-boom, à laquelle Annie Ernaux, qui est née en 1940, appartient. Ortega y Gasset, cité en exergue, écrit : « nous n’avons que notre histoire et elle n’est pas à nous », ce à quoi Annie Ernaux ajouterait volontiers : « elle est à tous ». Elle étend son expérience personnelle de bobo argentée et « privilégiée » à une collectivité tout entière, aux pauvres et aux laissés pour compte, à une nation ou à ce qui en tient lieu, puisque, de toute évidence, Mme Ernaux ne croit pas à la validité de la « nation » comme entité politique, y préférant l’absence de frontières et louant l’immigration sous toutes ses formes. Tout ce qui est saisi, nommé, décrit, est censé avoir été éprouvé, ressenti, vécu, vu, entendu par des millions de personnes. Ce n’est pas un passé individuel qui est évoqué, mais un passé collectif – du moins, ce passé individuel est présenté comme collectif, ce qui est le pur effet du système idéologique auquel se réfère Mme Ernaux. C’est pourquoi elle abandonne le « je » au profit du « nous » et elle opte pour un ton plat, neutre, froid, impersonnel, celui du constat ou de la parole collective. En bref, elle élabore une esthétique ou une sémiologie collectiviste, politique, marxiste léniniste, pure et dure, conforme au dogme réaliste socialiste. Mme Ernaux est bourdivine. De Bourdieu, elle écrit, apprenant sa mort (p 214) : « Pierre Bourdieu, l’intellectuel critique que les gens connaissaient peu, était mort, nous ne le savions même pas malade. Il ne nous avait pas accordé de délai pour nous retourner, prévoir son absence. Un chagrin bizarre courait à bas bruit parmi ceux qui s’étaient sentis libérés en le lisant. On craignait que sa parole en nous ne s’efface comme celle, si lointaine maintenant, de Sartre. De laisser le monde des opinions avoir raison de nous ». Ce passage est éloquent. Autant Mme Ernaux écrit brillamment dès qu’elle se gausse des ploucs ou des beaufs, de leurs goûts, de leurs phrases, de leurs « idées », autant il est plat, quelconque, commun, se ramenant à un fade tissu de pauvres clichés idéologiques, dès qu’elle verse dans la complaisance ou la louange excessive. Comment un écrivain peut-il laisser, après s’être relu, des platitudes pareilles, dignes de Nous Deux ou d’un pigiste de Télérama : « Il ne nous avait pas accordé de délai pour nous retourner, prévoir son absence » ? ? ? 

Bourdieu, cet « intellectuel critique », qui tient en réalité du commissaire politique ou de l’inquisiteur sourcilleux, a étendu à l’art, à la langue, à la culture, à la pensée, etc. la lutte des classes chère à Lénine. Il a nettoyé la culture française (et occidentale) de tous les insectes nuisibles qui l’encombraient. Annie Ernaux poursuit l’entreprise lénino-bourdivine, qu’elle étend à la création ou à l’invention littéraire. Le résultat ne se fait pas attendre : c’est un désastre. Elle dit oui à tout, elle est parfaitement ajustée au monde, intégrée dans ce petit monde bobo à fric. Elle n’est pas dans ce monde, elle est ce monde ; elle en est la voix conforme et la plus conformiste. Les années avant 1968, ce sont les mentalités populaires, les espoirs de la jeunesse, les croyances d’un peuple, ramenés aux culottes tachées, aux règles, à la masturbation, quand ce n’est pas de l’information truquée (ainsi la manifestation du FLN à Paris le 19 octobre 1961) ; c’est par l’ironie qu’elles retrouvent vie. Mme Ernaux s’en gausse, parce qu’elle s’en est détachée et ce qu’elle évoque n’est plus elle. A partir de mai 1968, l’évocation se fait sur le mode du chapelet. Elle égrène les lieux communs, les idées reçues chez les bobos sûrs d’eux et de leur bon droit. Tout ce qui est rappelé se trouve à l’intersection étroite du Nouvel Observateur, de Libération, des Guignols de l’Info – très à l’ultra gauche, comme le bon petit soldat de la Révol cul pop. Voilà qui ramène à quelques milliers de nantis le nous qui se souvient. Les Années tiennent moins des simagrées de grenouilles de bénitier que du catéchisme de l’épouse de l’apothicaire Homais ou du bréviaire de Mme Prud’homme ou du livre de chevet de Mme Perrichon. La Libération a rendu obscènes les éventuelles confidences de MM Chardonne, Chateaubriant ou Carcopino : il n’y a pas eu de libération pour nous épargner la bêtise de ce réalisme socialiste. Annie Ernaux et le nous qu’elle fait parler auraient préféré un autre destin : la très belle vie (à n’en pas douter) des jeunes Russes soviétisés, des jeunes Polonais soumis au communisme soviétique ou des Chinois, de 1949 à aujourd’hui, broyés par un système fou. Les Années négatives et tristes sont éclairées par la lumière de l’utopie communiste.

Fabienne Verdier est plus jeune qu’Annie Ernaux. Elle n’est pas écrivain, mais c’est un calligraphe admirable. La passagère du silence est le récit de la formation qu’elle a reçue dans les années 1980 : c’est aussi l’acte d’accusation le plus implacable de tout ce à quoi aspire Annie Ernaux et de tout ce que le nous des Années a imposé à l’école et dans l’art, à savoir l’idéal léniniste de la table rase et du réalisme socialiste. Annie Ernaux se gausse de ce qu’elle a appris à l’école, au lycée, à l’université : ce sont les préjugés de la classe bourgeoise qui utilise la culture pour subjuguer les classes populaires. Au moins, elle a appris quelque chose. Fabienne Verdier, née en 1962, dont le père a reçu une révélation en mai 1968, elle, n’a rien appris. Elle aurait aimé recevoir un enseignement digne de ce nom aux Beaux-Arts de Toulouse ; elle n’a eu droit qu’à du vent, le vent mauvais de la déconstruction freudienne et marxiste. « Le professeur (…) nous exhortait à nous « exprimer » sans savoir s’exprimer lui-même. Il peignait ce qu’il nommait une « forme d’abstraction lyrique » : « il faut un beau jeté », répétait-il, et il admirait les étudiants qui se lançaient dans un idéal gestuel sans aucune préparation ni aucune technique de composition. Le « n’importe quoi » était érigé en art du Beau » - c’est ce qui satisfaisait tous les étudiants, « petits-bourgeois de province désireux de se faire plaisir ». Dans un établissement d’enseignement supérieur, placé sous le contrôle de l’Etat et financé par les citoyens, on peut ne rien enseigner, sans que quiconque s’en étonne. La chose désormais va de soi. Le nous de Mme Ernaux doit s’en réjouir. Le seul enseignement qui ressemble à quelque chose est dispensé par le professeur de calligraphie : Fabienne Verdier trouve là sa voie. Elle décide d’aller en Chine apprendre cet art. Dans le Sichuan, elle fait l’expérience de l’utopie dont rêve le nous d’Annie Ernaux  : l’enfer total, la Bêtise crasse, l’inhumanité absolue, le suicide d’un peuple, les idées folles, les étudiants et les professeurs surveillés par les cadres du Parti, le marxisme léninisme imposant le réalisme socialiste comme seul art digne d’être enseigné, des « minorités » ethniques (Yi, Miao, Buyi, Tibétains, etc.) menacés d’une lente extermination par un pouvoir totalitaire, des spécialistes de l’art envoyés par le ministère français des affaires étrangères et l’AFAA pour enseigner la révol cul 68tarde à des étudiants qui subissaient encore la Révol cul pop : « les étudiants se moquaient de moi : « ils se fichent de nous, les professeurs de ton pays. C’est ça que tu as appris en France ? » On leur prônait une forme d’expression aussi totalitaire que celle qu’ils subissaient » (p 145). Fabienne Verdier n’est pas Annie Ernaux. Elle dit « non », elle regimbe, elle refuse cet endoctrinement, elle veut apprendre l’art interdit de la calligraphie et à force d’obstination, elle obtient de recevoir une formation clandestine à la calligraphie et à l’art ancestral de la Chine, auprès d’un vieux maître méprisé et délaissé, puni par le pouvoir, déchu par la révolution culturelle. Il a donc fallu qu’elle séjourne six ans dans la Chine totalitaire, acceptant de vivre comme un « clochard céleste », pour recevoir enfin, malgré des conditions de vie effrayantes, auprès d’un « damné de la Chine », une formation digne de ce nom que son pays n’était pas capable de lui offrir.

Nous sommes donc pleinement justifiés à préférer aux Années bruyantes et tapageuses de la gauche triomphante les six ans de résistance passés en Chine par la Passagère du silence.

Commentaires

Souvenons nous de Ian Palach :

j'ai encore ce numéro hebdomadaire du Spiegel , que j'ai acheté à Lindenfels, en août 68, avec photo de char soviétique en page 1.

Adolescent , en camp franco-allemand de " réconciliation"
(réunissant fils d'anciens résistants français & fils de soldats de la Hesse ) , nous avions été choqués par cette dictature , qui pénétrait si près des frontières allemandes.
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MORE DANICO
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INTRIGUE
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TRICHERIE
( he survived the years of intrigue and treachery )
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EXTRAVAGANCE ( extravaganza )
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DRESSAGE
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DEVASTER
d'un seul coup , je fais le rapprochement avec le mot WASTE !!
En lisant la phrase suivante:
In 820 Seine Valley laid WASTE by Vikings .
WASTE , to WASTE / déVASTER

.
PARCE QUE AUCUNE ( texte d'un polytechnicien )
ne doit pas écrire :
Parce ce qu'aucune ?????

.
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Écrit par : amédée | 15 août 2009

Rectif :

ne doit-ON pas écrire ??
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RECTIFIER

RECTIFICATION
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Écrit par : Amédée | 15 août 2009

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Ami = rapt sémantique Facebook = simples contacts
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CONTACT
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CACOCHYME
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GRILLOU
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RIBAUD la Cache-Ribaud
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MAURISTE St-Maur
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TRAPPISTE La Trappe ( au départ , lieu de forêt avec trappe de chasse )
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COGNITIF
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DISSONANCE ( cognitive Dissonance )
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MODILLON
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ROUSSARD / GRISON / TUF / POUDINGUE
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EXECRABLE Rouen
" Un exécrable trou, inférieur même à Grenoble " ( Stendhal / Beyle )

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BOUTADE
Rouen " Gros bourg cauchois"
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CHEVRETTE
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ALBARELLI
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FLAN ( métal )
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CAPITULAIRE
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OPUS SPICATUM
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HOBEREAU
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CATIN ( il était fils d'un prêtre et d'une catin )
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ESGUILLE
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SPONSOR . SPONSORISER
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ETALONNAGE " cheval d'exportation pour l'étalonnage aux Etats-Unis "
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FASCE ondée
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Aître ( ATRIUM )
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SANCTUAIRE ( du Marxisme ) [ drôles de Saints !!!! ]
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MIRACLE
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ou MIRAGE
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SUSPENSION Préfet Paul GIROD DE LANGLADE suspendu en quelques heures
après accusation de "" racisme "" par une africaine
un préfet français sous le SarkoBrunisme , a moins de valeur qu'une menteuse
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Célébrité ( une , des )
Dieppe was patronised by celebrities such as Louis-Philippe, Napoleon III, Oscar Wilde
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VOLTAIRE lodged here when he returned from exile in England , at the home of his friend, the apothecary Jacques Féret
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origine de noms de rues

a ) Rue aux OURS ...... en fait , rue des OIES = commerce des oies dans la rue

b ) Porte aux RATS ..... en fait Porte du chemin d'ARRAS !!!!

c ) Rue BEAUVOISINE ..... en fait , rue en direction de BEAUVAIS
( ancien français BEAUVOIS )
rien à voir donc avec LE-PONT-DE-BEAUVOISIN
qui désigne vraiment le voisin ( France & Savoie )

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Rue Beauvoisine
Emma y arrivait de YONVILLE à bord de l'hirondelle
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BAGARRE ou AGRESSION
attaque de juifs ( certains étant trafiquants de drogues ) dans le 19ème arrdt de Paris

gros débat ce matin sur France-Cul
BAGARRE
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AGRESSION
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Écrit par : Amédée | 16 août 2009

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