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29 octobre 2009

Mythologies intellotes 28



La Princesse de Clèves ou comment noyer le poisson.  

La Princesse de Clèves, ce roman de Madame de La Fayette publié en 1678, a fait parler d’abondance au printemps dernier. Ce n’est pas cette œuvre littéraire qui a suscité commentaires, analyses et imprécations, mais le seul prononcé des mots « princesse » et « Clèves » par M. Sarkozy. C’était en 2005 ou en 2006, au moment où se préparait l’élection présidentielle. M. Sarkozy, de toute évidence, n’a pas lu La Princesse de Clèves, ni n’a manifesté le souhait d’en lire la moindre ligne. Il a seulement jugé délirant que des candidats à un concours de recrutement de la fonction publique, de catégories D, niveau certificat de fin d’études primaires ; C, BEPC ; B, baccalauréat, soient interrogés sur ce roman à l’oral, lors de l’épreuve dite de « culture générale » ou d’entretien avec le jury.

Dans les universités, les grands lycées et autres lieux où l’on est censé penser, M. Sarkozy a été accusé de mépriser la littérature, la culture, l’histoire. De lui, il a été dit que c’était un âne bâté ou un rex illiteratus. Ces accusations sont peut-être justes, mais elles ne peuvent pas être étayées sur des saillies portant sur le recrutement de secrétaires de mairie ou de préposés, naguère dits cantonniers, à l’entretien des chemins vicinaux. M. Sarkozy ne traitait pas de culture, de littérature, du Grand Siècle, de l’histoire de France, de Mme de La Fayette, toutes choses qui, à n’en pas douter et comme il l’a reconnu lui-même, le laissent froid, mais d’accès à la fonction publique. Entre la littérature du XVIIe siècle et les concours de niveau BEPC, il n’y a rien en commun et pas de passerelle pour aller de l’une aux autres. 

M. Sarkozy n’aurait jamais exprimé d’avis public sur ces concours si des responsables d’associations lucratives sans but ne s’étaient antérieurement exprimés sur ce sujet. Ce qui suscitait leur ire, c’est qu’un Noir, candidat à un emploi de préposé à une déchetterie, ait pu être interrogé sur La Princesse de Clèves, dont il ignorait tout, et jusqu’au nom, n’étant allé au collège que jusqu’en classe de 3e. Un Noir, a déclaré promptement un Béninois, riche et prospère, qui s’est proclamé représentant des Noirs en France, n’a pas à être interrogé sur la culture blanche. C’est du racisme que de l’humilier ainsi. Un autre des chefs de la diversité, arabe et musulman lui, a exigé qu’on en finisse avec le racisme anti-divers. Des chefs de la diversité  islamique sont allés jusqu’à demander que les fonctionnaires soient évalués sur l’islam, et non pas sur La Princesse de Clèves, qui n’est ni arabe, ni voilée, afin de recruter de plus en plus de coreligionnaires. M. Sarkozy a eu tort, pour gagner quelques milliers de voix, de reprendre dans son programme, par démagogie, ces saloperies, mais on ne peut pas lui imputer, à partir de ses délires sur la diversité en marche, de haïr la littérature, la culture, l’histoire de France, le Grand Siècle, la cour de Louis XIV.

Il en va différemment de tous ceux, intellos d’universités, penseurs de lycées, philosophes de journaux, qui s’en sont pris à Sarkozy, le rex illiteratus, et uniquement à Sarkozy, se gardant de mettre en cause, au-delà de cette cible facile, les chefs de la diversité raciale et religieuse. C’est qu’il y avait, dans cette galère, des coups à prendre. Objectivement, les critiques que M. Sarkozy a adressées aux concours sont assez justes, mais pour de tout autres raisons que celles qu’il a invoquées. Que La Princesse de Clèves soit une grande œuvre de la littérature française du XVIIe siècle, l’auteur de ces lignes n’en doute pas ; qu’elle fasse partie du « bagage culturel » d’un professeur de lettres ou d’un licencié en lettres modernes ou classiques, cela lui paraît aller de soi. Mais, hélas, elle ne fait pas partie de la culture générale que l’on est en droit d’exiger d’un fonctionnaire de la catégorie C ou même B, qui sera gardien de la paix ou secrétaire d’un collège ou préposé aux fontaines et aux parcs. Louis XIV, Versailles, l’art classique, La Fontaine, oui, font partie de la culture générale que l’on est en droit d’exiger d’un fonctionnaire ; pas La Princesse de Clèves. Le tort de M. Sarkozy n’est pas d’avoir critiqué La Princesse de Clèves, mais d’avoir cédé à des groupes de pression fiers de leur seule race ou de leur altérité religieuse ou de la couleur de leur peau. Ces embrouilles sont une catastrophe pour la France et sa culture. L’épreuve de culture générale, qu’il fallait défendre, a été bannie de plus de deux cents concours de la fonction publique, sans que les penseurs de l’université, les philosophes de lycée, les intellos médiatiques mouftent mot : ils sont lucides et courageux, n’est-ce pas ?

Ces marxistes léninistes de bon aloi ou ces bobos gauchistes d’opérette s’en sont dédouanés en lisant La Princesse de Clèves en public. Ceux-là mêmes qui ont jeté aux orties l’enseignement littéraire ont chanté le même petit air de serinette très compagnon de route, PCF, PS, LCR, NPA, etc. : La Princesse de Clèves est grande, La Princesse de Clèves akbar ; il n’y a de littérature que La Princesse de Clèves et Mme de Lafayette est la messagère d’un ordre nouveau. Ont-ils lu ce roman ? On peut en douter. Ou s’ils l’ont lu, c’est en grande diagonale, en bâillant et les yeux fermés. Il fait bon, en effet, entendre des thuriféraires de l’hyper-démocratisme moderne (pas de culture, pas de sélection, tout se vaut, tout le monde, il est égal à tout le monde, etc.) tenir pour l’alpha et l’oméga une des œuvres les plus objectivement réactionnaires qui aient été écrites en français : réactionnaire que dis-je ?, aristocratique, exaltant les hiérarchies, tenant les privilèges pour des faits de nature, justifiant les inégalités sociales par l’immense qualité de ceux qui sont en haut de l’échelle, etc. Les marxistes léninistes maoïstes seraient-ils les fourriers du nouvel ordre naturel, antisocial, inégalitaire ? Justifieraient-ils désormais les privilèges les plus absurdes ? Des exemples ? Il suffit de lire La Princesse de Clèves. La seule énumération des grands hommes et des gentes dames qui composent la cour d’Henri II, fils de François 1e, à la fin des années 1550, au moment où est située l’action de ce roman, est une enfilade de superlatifs, absolus ou non : les plus beaux et les plus belles, les plus grands et les plus grandes, les plus riches, les plus intelligents et les plus intelligentes, les plus courtois et les plus courtoises, les plus courageux et les plus cultivées en poésie, peinture, musique, danse. C’est la cour de France, pas celle de Rome, encore moins celle de Berlin, bourgades demi-sauvages. Tout y est parfait, les dames, les seigneurs, les lieux, les habits, les parfums, les mets, les us et coutumes, les chiens, l’éducation, l’esprit, le maniement des armes. Jamais aucun lieu au monde n’a réuni autant de belles choses et de choses belles, comme si « la  nature eût pris plaisir à placer ce qu’elle donne de plus beau, dans les plus grandes princesses et dans les plus grands princes ». Vous avez bien lu : c’est « la nature » qui a voulu cela ; cette cour est un fait de nature ; l’ordre social est de nature.

Encore un effort, camarades penseurs, philosophes, intellos, le vieux monde est votre monde ; surtout ne vous arrêtez pas. La prochaine fois, il faudra monter d’un degré dans l’escalier de l’infâme : réhabiliter Rosenberg, Gobineau, Vacher de Lapouge, le biologisme social. Beria, Staline, Pol Pot ? Inutile, c’est déjà fait, et depuis longtemps.

Commentaires

Cela s'appelle un retour de balancier, mon bon Monsieur. Et un retour au naturel de la société humaine est ce que l'on peut espérer de mieux pour circonvenir les tares dépeintes dans la première moitié de votre billet. Nature à laquelle on laisserait le soin d'éliminer tous ceux que vous n'aurez plus la peine de supporter, les jouisseurs de cette horreur égalitaire imposée par les interprètes de la morale.
On sent chez vous le milieu de fonctionnaires, radical-socialiste catholique et républicain de la première moitié du siècle passé. Pourquoi vous targuer alors d'Arouet ?

Écrit par : P.A.R. | 29 octobre 2009

Arouet le Jeune a voulu montrer que les "lecteurs publics" de "La Princesse de Clèves" n'en faisaient l'éloge que parce que M. Sarkozy en avait médit et que tous leurs engagements contredisaient ce roman. Pour eux, ce roman n'a été qu'un outil de propagande. Bien entendu, mais cela va mieux en le disant, A le J préfère Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves, Mme de Sévigné, etc. à tous leurs défenseurs du jour et, cela va sans dire, aux milieux politiques et culturels, rad-soc., etc. de la première moitié du XXe siècle, lesquels, pourtant, à la lumière du le désastre actuel, apparaissent comme presque aimables ou comme un moindre mal.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 30 octobre 2009

" à la lumière DU le désastre actuel" ???

"A le J préfère" ( Arouet der junger )

Mr Arouet a été bien perturbé !

Mr PAR a-t-il fait mouche sur le rad-soc ??
( après être revenu des exécutions du Jean Moulin résistant tibétain ces jours-ci ) ?

Écrit par : @@@ | 30 octobre 2009

Les ferries de Dover
Portus Dubris

http://www.flickr.com/search/?q=FERRY+DOVER#page=6

Écrit par : @@à | 30 octobre 2009

Franchement, inestimable @@@, je trouve qu'il y a du Péguy en lui, avec ses positionnements politiques millimétriques et ses élans socio-patriotiques à tri croisé. Pas d'acccord avec moi ?
Vous avez tout intérêt, car vous savez comment ça se passe là-bas, dans ma résidence secondaire: 种荆棘者得刺 种瓜得瓜 (qui sème le vent récolte la tempête)...

Écrit par : P.A.R. | 30 octobre 2009

Pour en revenir au sujet du jour, les ferries, après une première expérience bouleversante en 1953, je devais remettre ça en 1973, mais depuis Boulogne cette fois. En proie au spleen automnal, j'étais allé passer quelques semaines à Londres, juste pour revoir la statue de Peter Pan au bord de la Serpentine ou le soleil se coucher sur Kensington Palace, dans l'alignement du bassin de Bayswater en feu.
Mais en cherchant bien, je retrouve l'image d'une traversée, bien plus longue, entre Hoek van Holland et Folkestone. Puis, une fois le cerveau bien affûté, une autre entre Barcelone et Ibiza; mais là, on se trouve déjà dans un autre état de la matière.

Écrit par : P.A.R. | 30 octobre 2009

Je n'ai personnellement jamais lu "La princesse de Kleef" (& Arpels) à cause d'un différend très ancien avec les Lafayette.
Mais je crois savoir qu'il n'existe pas de traduction en chinois de cette oeuvre litigieuse; si vous voulez vous y attaquer avec moi, nous pourrions toucher le pactole, avec plus d'un milliard de lecteurs potentiels.
J'imagine déjà la couverture en toile noire entourée d'un bandeau rouge sur lequel est écrit (en chinois): "enfin traduit, le livre que Sarkozy n'a pas lu".
Du tout grand marketing.

Écrit par : P.A.R. | 30 octobre 2009

Peter Pan allait toujours bien , lors de ma visite

et la Serpentin était magnifique en ce janvier 2005
temps clément , la White Tower , les Jewels , Crystal Palace
etc...
http://www.flickr.com/search/?q=Peter+pan+hyde+park

Marrant cette semaine
ce matin , le journal Le Progrès ( édition Jura Nord )
titrait
Sarkozy - le même discours qu'en février

Notre NON lecteur est venu mardi à Poligny
draguer la clientèle des Pagus fromagers

tout le tintouin
" progrès , aide , subvention, liberté , mes doigts dans le nez"

IL A LU LE MEME DISCOURS
( Modèle copié-collé N°
AB586895784JYUGT25624 ) que déjà lu dans un autre BLED
de Jacquous !!!

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le discours de Mardi commençait par :

Je ne vais PAS redire la même chose
- ou keke chose dans le genre !!!
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Écrit par : @@@ | 30 octobre 2009

Les commentaires sont fermés.