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07 décembre 2009

Monstre


En latin, monstrum, dérivé du verbe monere, « avertir, éclairer, inspirer », appartient au vocabulaire religieux et désigne un prodige qui « avertit de la volonté des dieux » et des « êtres de caractère surnaturel », lesquels sont des démons dans la religion chrétienne. Le nom monstre, qui en est emprunté, est attesté au milieu du XIIe siècle. Il désigne un être fantastique de la mythologie ou des légendes. Il s'applique parfois aux êtres humains qui ont un aspect physique et des mœurs étranges ou qui sont extrêmement laids.

Dans le Dictionnaire de l'Académie française, à compter de la première édition (1694), il est relevé avec au moins deux sens : « animal qui a une conformation contraire à l'ordre de la nature » (monstre horrible, effroyable, affreux, épouvantable, hideux, terrible, à deux têtes, l'Afrique engendre beaucoup de monstres) et au figuré : « personne cruelle et dénaturée » ou « noircie de quelque vice, comme d'ingratitude, d'avarice, d'impureté » ou « ce qui est extrêmement laid » (1694, 1718, 1740, 1762, 1798 ; Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1787-88). Dans la sixième édition (1832-35), la définition est à peine modifiée : « un animal qui a une conformation contre nature ».

Dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), Littré élargit aux végétaux la notion de monstre : « corps organisé, animal ou végétal, qui présente une conformation insolite dans la totalité de ses parties, ou seulement dans quelques-unes d'entre elles » (« les fleurs doubles sont des monstres »), définition illustrée de cet extrait de Buffon : « on peut réduire en trois classes tous les monstres possibles : la première est celle des monstres par excès ; la seconde, des monstres par défaut ; et la troisième, de ceux qui le sont par le renversement ou la fausse position des parties ». De fait, l'article monstre s'enrichit de nouveaux sens. Les « êtres physiques imaginés par les mythologies et par les légendes, dragons, minotaures, harpies, divinités à formes étranges, etc. » sont distingués des « êtres allégoriques auxquels on donne soit des formes étranges, soit des inclinations malfaisantes » ou « des animaux d'une grandeur extraordinaire ». Quand le monstre est un être humain, c'est toujours « par analogie et par transition du physique au moral, une personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l'excès » ; ou encore, le mot « s'est dit, par esprit d'intolérance, des hérétiques, des infidèles et des athées ».

Autrement dit, c'est le Bien ou l'incarnation du Bien ou l'empereur du Bien qui seul s'autorise, sans doute au nom de la très haute idée qu'il se fait de lui-même ou de sa race, à qualifier de monstre un être humain, l'excluant de fait l'humanité et le traitant comme un animal qui ne serait pas conforme à l'ordre de la nature. La consultation des dictionnaires actuels fait apparaître que la prédication de monstre, en dépit des leçons de morale ou de vertu assénées à tout bout de champ, est beaucoup plus commune dans la Modernité qu'elle ne l'était dans l'ancienne France, où l'on se gardait de s'identifier au Bien pour stigmatiser comme Malin ou Démon son voisin, uniquement parce que ce voisin avait une barbe de deux jours. Désormais, tout un chacun est un monstre au regard de la Vigilance, du Bien, de la Vertu, de la Belle Âme, de la Morale dominante, comme l'attestent les sens que donnent à ce mot les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « individu dont la morphologie est anormale, soit par excès ou défaut d'un organe, soit par position anormale des membres », « personne qui provoque la répulsion par sa laideur, sa difformité », « personne qui suscite la crainte par sa cruauté, sa perversion », « personne qui se distingue par un vice porté à son plus haut point » (un monstre d'avarice, de cruauté, d'indifférence, d'ingratitude, d'insensibilité).

Elle est donc moderne à souhait et même modernissime, l'écrivaine qui, récemment, a expliqué qu'elle s'était établie à Berlin, ancienne capitale du Troisième Reich, lequel est éternel dans l'esprit des nostalgiques d'Hitler, par l'argument de la France monstrueuse, accident de la Nature, et de son président, monstre parmi les monstres et célèbre comme animal chez qui se sont déréglées les lois naturelles. Elle mérite d'occuper immédiatement le trône de l'Empire du Bien.


 

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