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24 décembre 2009

Costume

 

 

 

Les deux noms, costume et coutume, ont le même étymon latin, consuetudo, « habitude, coutume, usage ». Dans l'ancienne langue française, jusqu'au milieu du XVIIe siècle, costume, qui n'existait pas à proprement parler comme mot de la langue, était l'une des formes du mot coutume, comme l'indique Barré (1842, Complément au Dictionnaire de l'Académie française) : « il se disait autrefois pour coutume ». Costume est emprunté à l'italien costume, attesté d'abord au sens de « coutume » : c'est un terme de peintre, ayant le sens de « manière de marquer les différences d'âge, de condition, d'époque des personnages » (dans un tableau), qu'emploie pour la première fois en français Nicolas Poussin en 1641. Le lexicographe du XIXe siècle, La Curne de Saint-Palaye, le relève comme un « terme de peinture (...) emprunté des Italiens », et il en attribue l'emprunt à l'architecte et critique d'art Félibien (1619-95) qui en a fait usage dans les Entretiens (1666) : « il paraît, écrit La Curne, que Félibien est un des premiers qui en a introduit l'usage, puisqu'il en donne l'explication. (Voyez son Entretien) ». Ménage, dans son Dictionnaire étymologique de la langue française (1650 et 1694), en établit l'origine : « de l'italien costume, dont les Espagnols ont aussi fait costombre. L'italien costume a été fait de consuetudine, ablatif de consuetudo, comme le français enclume, d'incudine ».

Costume entre dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie française en 1740 sous la forme costumé, conformément à la prononciation italienne de ce mot : « (On prononce costoumé), mot pris de l'italien et qui signifie les usages des différents temps, des différents lieux auxquels le peintre est obligé de se conformer » (exemples : garder, observer, négliger le costumé ; pécher contre le costumé ; l'Ecole romaine a mieux observé le costumé que l'Ecole de Lombardie). On comprend, à ces exemples, pourquoi le nom anachronisme, qui a pour sens premier « erreur de chronologie », a fini par s'étendre au début du XIXe siècle aux beaux arts pour désigner les erreurs de costume et d'usages dans les tableaux et dans les pièces de théâtre. En 1762 (quatrième édition), les académiciens renoncent à l'orthographe costumé et même, semble-t-il, à la prononciation italienne, comme le précise Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) : « on a dit longtemps costumé, en conservant la prononciation italienne. Aujourd'hui que ce mot est naturalisé en France et qu'il est fort à la mode, on écrit et l'on prononce costume » ; et ils notent que le mot s'étend hors du domaine de la peinture et touche tous les beaux arts : « il se dit aussi en parlant des poèmes, des pièces dramatiques, des fictions, des histoires, etc. » (1762, 1798), comme le précise encore Féraud : « on l'a étendu ensuite aux poètes, aux historiens, romanciers, etc. », qui ajoute que « costume est fort en usage pour l'habillement des acteurs ». Le théâtre romantique, avec son goût pour la « couleur locale », fait, avant le cinéma (film à costumes), un triomphe aux costumes, triomphe qui est préparé, en 1747, par l'emploi, dans un ouvrage sur Le Comédien, de costume au sens de « manière de se vêtir conforme à la condition sociale, à l'époque ». En 1777, Linguet l'emploie au sens « d'habillement spécial », ce dont les académiciens prennent acte en 1798, le notant comme un néologisme sémantique : « habillement, signes distinctifs des différents pouvoirs, que portent les fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions ». L'usage de ce costume se maintient dans la police (« en tenue ») et chez les préfets.

D'une édition à l'autre du Dictionnaire de l'Académie française, les définitions se font plus amples. En 1835 (sixième édition), cinq acceptions sont distinguées : « les usages, les mœurs, les préjugés d'un pays et d'une époque, considérés par rapport au soin que doit avoir l'historien, le poète, etc., de les retracer fidèlement ou de ne rien dire qui n'y soit conforme » (c'est la fidélité au costume qui fait le mérite des compositions de ce romancier, de ce poète) ; « il se dit particulièrement, en termes de peinture, des usages relatifs aux édifices, aux meubles, aux armes, et surtout à l'habillement, dans les différents temps et chez les différents peuples » (pécher contre le costume ; l'école romaine a mieux observé le costume que l'école lombarde) ; « il signifie aussi la manière de se vêtir » (le costume des femmes de ce pays est assez pittoresque ; le costume romain, grec, français) ; « il se dit souvent de l'habillement même, surtout en parlant des habits dont on se sert au théâtre, ou pour se déguiser dans un bal, une mascarade » (costume de bal, de sénateur romain, de théâtre ; la pièce est montée avec beaucoup de soin, les décorations et les costumes y sont d'une grande magnificence) ; « il se dit encore, dans un sens particulier, de l'habillement et des insignes qui distinguent les personnes constituées en dignité, ou chargées de quelque fonction publique » (le costume de pair de France, de député, de préfet, de maire, de juge, etc.).

En 1835, les sens sont en place et ils n'évoluent guère. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) n'y ajoute rien, sinon cette remarque d'ordre historique : « costume n'est dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de 1740, avec la note qu'il se prononce costumé, c'est-à-dire à l'italienne, note qui a disparu dans l'édition de 1762 » ; et « ce mot, emprunté aux Italiens, ne paraît pas avoir été employé en France avant le règne de Louis XIII ; et c'est au sens italien d'usage, coutume, que Félibien et son ami Poussin s'en sont d'abord servis », ce en quoi Littré s'abuse : Poussin et Félibien l'emploient au sens que les peintres italiens y donnent alors, à savoir la manière de marquer dans un tableau les usages et les coutumes d'une époque et d'un pays par les vêtements des personnages. Il est à noter une petite différence dans l'ordre dans lequel les divers sens sont définis. A partir de la septième édition du DAF (1879), ce n'est plus le sens pictural qui est relevé le premier, mais le sens devenu courant, celui d'habillement ou de « manière de se vêtir » : « il se dit souvent de l'habillement même, surtout en parlant des habits dont on se sert au théâtre, ou pour se déguiser dans un bal, une mascarade ». Le sens premier, pictural et littéraire, à savoir « les usages, les mœurs, les préjugés d'un pays et d'une époque, considérés par rapport au soin que doit avoir l'historien, le poète, etc., de les retracer fidèlement, ou de ne rien dire qui n'y soit conforme » et « en termes de peinture, usages relatifs aux édifices, aux meubles, aux armes, et surtout à l'habillement, dans les différents temps et chez les différents peuples », est cité le dernier, comme si l'usage qui en était fait régressait par rapport au sens social. De fait, c'est ce que l'on observe au XXe siècle dans le Trésor de la langue française (1971-94) qui cite ce sens de « costume » en premier et le mentionne comme vieux : « ensemble des caractéristiques d'une époque, d'un groupe social, d'un genre, le plus souvent immédiatement perceptibles ou relatives à l'aspect (cf. coutume) » et « par métonymie, dans les arts d'imitation, reproduction de ces caractéristiques, en particulier de celles qui concernent la manière d'être habillé (cf. couleur locale). Le sens usuel est « manière d'être habillé », et « par métonymie, ensemble des vêtements que porte une personne » (costume militaire (cf. uniforme), professionnel, religieux, de paysan ; national ; de bain (cf. maillot de bain), de cérémonie, de chasse, de ville, de voyage, d'Adam). Il est un sens usuel qui est propre au XXe siècle : c'est le « vêtement d'homme formé d'une veste, d'un pantalon, parfois d'un gilet, taillés dans le même tissu (cf. complet) », sens que les académiciens dans la neuvième édition de leur dictionnaire (en cours de publication) glosent ainsi : « vêtement de ville masculin, comportant veston, pantalon et, souvent, gilet d'un même tissu » (un costume deux pièces, trois pièces, de confection, sur mesure, à la mode) et « vêtement féminin, un costume tailleur (vieilli) ou, elliptiquement, un tailleur, composé d'une veste de ligne généralement sobre et d'une jupe ».

Il est de bon ton chez les modernes, hypermodernes ou postmodernes, de se gausser du costume et des costumes, au nom du « naturel », de la décontraction, de la volonté d'être soi et uniquement soi, de paraître ce que l'on est (ou croit être) ou d'être ce que l'on paraît, ou d'être contemporain à soi-même sans écart ni détour ni recul ni distance ; en un mot d'être libéré. En fait, ces modernes ne se libèrent d'une mise à distance que pour mieux s'aliéner à leur temps. Ils portent sur eux, sans même en avoir conscience, ce qui fait l'essence de la modernité, à savoir la fin de l'histoire et la fin de l'art (cf. les thèses de Muray, Belting, Danto), ce que, depuis quatre ou cinq siècles, ou plus, les hommes, et plus particulièrement les artistes, ont voulu éviter, l'histoire et l'art, les coutumes et le costume, étant pour eux le moyen d'assumer le grand processus de civilisation des mœurs, par lequel l'humanité se fait enfin humanité.

 

 

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