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29 décembre 2009

Panthéon

 

Le mot est emprunté au latin pantheum, « temple consacré à tous les dieux », lui-même emprunté au grec pantheion, forme neutre de l'adjectif pantheios, ayant le sens de « commun à tous les dieux » (cf. panthée). Il est attesté en français en 1488, comme un nom propre, pour désigner le temple consacré à tous les dieux dans la Rome antique. Dans L'Encyclopédie (éditée par d'Alembert et Diderot, 1751-64), voici ce qui est dit de ce temple : « (Antiquité romaine), temple en l'honneur de tous les dieux ; le plus fameux panthéon des Romains fut celui qu'éleva M. Agrippa gendre d'Auguste, et qui subsiste encore à présent sous le nom de la Rotonde. Ce superbe édifice faisait un des plus grands ornements de Rome ; et la description qu'en ont donnée grand nombre d'auteurs anciens et modernes sert encore d'embellissement à leurs ouvrages... » Le panthéon de Rome a été transformé en église et « consacré par les pontifes romains en l'honneur de la Vierge et des martyrs. Il mérite assurément l'admiration des connaisseurs : ceux qui l'ont vu n'ont qu'à réfléchir sur l'état où leur esprit s'est trouvé la première fois qu'ils y sont entrés ; et sans doute, ils se souviendront qu'ils ont été frappés de quelque chose de grand et de majestueux, au lieu que la vue d'une église gothique, cinq ou six fois plus vaste que le panthéon, ne frappe personne ». Il a existé, toujours selon les rédacteurs de L'Encyclopédie, un panthéon à Athènes : « les chrétiens grecs en firent ensuite une église consacrée à la Vierge sous le nom de Panegia. Enfin, les Turcs ont changé cette église en mosquée : les chevaux de la main de Praxitèle, très gâtés malheureusement par l'injure des temps, s'y voient encore ». L'histoire du Panthéon de Rome est résumée ainsi dans la quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1762, 1798) : « on donnait ce nom aux temples consacrés à tous les dieux à la fois. Le plus célèbre est celui de Rome, bâti par Agrippa, et qui subsiste encore. Quand on dit simplement, le Panthéon, c'est de cet édifice qu'on parle. C'est aujourd'hui l'Église nommée La Rotonde ».

C'est par le décret du 4 avril 1791 que l'église, qui venait d'être achevée et n'avait pas encore été consacrée à Sainte Geneviève, a été transformée en panthéon français, qui n'a été consacré à aucun dieu, mais est devenu une nécropole des grands hommes : « édifice où sont déposés les restes des hommes illustres ». Ce décret ouvre aussi, pour ce qui est de cet imposant bâtiment de style néo-classique, une histoire tumultueuse, dont les dictionnaires portent la trace, parfois avec quelques années de retard. Ainsi, l'existence de ce Panthéon n'est pas mentionnée dans la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie française, publiée en 1798, soit six ans après la transformation de l'église en crypte mortuaire. A la Restauration, de 1821 à 1830, le Panthéon cesse d'être une nécropole et est rendu au culte catholique, mais Louis-Philippe, à peine monté sur le trône, décide de le rendre à sa vocation seconde de nécropole et en fait le Temple de la Gloire française - ce dont les académiciens, en 1832-35, dans la sixième édition de leur dictionnaire, font état : « nom donné, en France, au monument national où l'on dépose les restes de ceux qui ont rendu de grands services à la patrie, qui l'ont illustrée » (exemples : le Panthéon est un des plus beaux monuments de Paris ; le dôme du Panthéon ; il fut mis, porté au Panthéon ; le Panthéon porte cette inscription : Aux grands hommes la patrie reconnaissante). Napoléon III, devenu Empereur des Français, le restitue à l'Eglise de France ; l'inscription frontale est effacée ; le culte y est célébré. Dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), commencé en 1863 et publié en 1872, Littré, contrairement aux académiciens en 1835, préfère ne pas trancher : le Panthéon est à la fois une nécropole et une église, si bien qu'il en esquisse l'histoire mouvementée : « monument national où l'on dépose les restes de ceux qui ont illustré la patrie. L'église de Sainte-Geneviève à Paris fut, au commencement de la Révolution, déclarée panthéon ; la frise porte cette inscription : Aux grands hommes la patrie reconnaissante ; elle est redevenue église Sainte-Geneviève ». On sait que c'est à partir des funérailles nationales de Hugo, en 1885 (subito santo - directement au Panthéon), que cette église est redevenue une nécropole des grands hommes. Au moment où est publiée la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française, en 1879, la troisième République est à peu près stable et le sort futur de cette église n'est pas encore tranché, mais les académiciens ne se font guère d'illusion, comme l'atteste ce qu'ils écrivent : « Panthéon est le nom donné, en France, à l'église Sainte-Geneviève lorsqu'on en fit un monument national où l'on devait déposer les restes de ceux qui ont rendu de grands services à la patrie, qui l'ont illustrée », se contentant d'illustrer ce sens des exemples de la sixième édition. Quoi qu'il est soit, en 1932-35, dans la huitième édition, plus aucune allusion n'est faite à l'ancienne destination de la nécropole nationale : « on appelle Panthéon, par allusion, un monument consacré à l'inhumation ou au culte des grands hommes ».

Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) se contentent d'un exposé impartial et détaché, aussi bien pour ce qui est du Panthéon de Rome (« temple dédié par les Anciens, notamment les Grecs et les Romains, à l'ensemble de leurs dieux » ; « le Panthéon de Rome, temple circulaire et surmonté d'un dôme, bâti par Agrippa » ; « Oswald et Corinne allèrent d'abord au Panthéon, qu'on appelle aujourd'hui Ste-Marie de la Rotonde. Partout en Italie le catholicisme a hérité du paganisme ; mais le Panthéon est le seul temple antique à Rome qui soit conservé tout entier, le seul où l'on puisse remarquer dans son ensemble la beauté de l'architecture des anciens, et le caractère particulier de leur culte », 1807, Mme de Staël) que de celui de Paris (« par analogie, dans certains pays, monument destiné à recevoir les restes des hommes illustres » ; « le Panthéon de Paris, monument à dôme et à colonnade, primitivement église catholique dédiée à sainte Geneviève »). A l'opposé, par prudence ou par volonté de gommer l'histoire, les académiciens, dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur dictionnaire ne font plus aucune allusion à l'histoire tumultueuse de ces bâtiments, que ce soit celui de Rome ou celui de Paris : « temple consacré par les Grecs et les Romains à tous les dieux ; le Panthéon de Rome, temple circulaire surmonté d'un dôme, élevé par Agrippa au milieu du Champ de Mars » (aucune allusion à sa transformation en église) ; « monument destiné à honorer la mémoire des grands hommes d'une nation ; le Panthéon de Paris ou, simplement, le Panthéon (aucune allusion à la première destination de ce bâtiment). En fait, cette objectivité est asymétrique : les académiciens mentionnent la première destination du Panthéon de Rome, mais ils ne mentionnent pas la première destination du Panthéon de Paris. Dans les deux cas, ce qui est effacé, c'est la destination chrétienne : seconde dans le premier cas, première dans le second. Les académiciens sont souvent traités de ringards ; dans ces exemples, ils sont caricaturalement modernes.

 

 

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