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04 janvier 2010

Acclimater

 

Selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), c'est l'abbé Raynal (1713-96), abbé philosophe et des Lumières, qui, le premier, aurait employé » acclimater, que « l'Académie n'a reconnu que dans son édition de 1798 », et qui se substitue au vieux verbe empayser, encore en usage au XVIe siècle et jusqu'au milieu du XVIIe siècle, comme dans cet extrait : « le laurier se laisse aussi empayser en toutes régions ». En fait, ce verbe, dérivé du nom climat, a été formé par Buffon en 1775, dans son Histoire naturelle, à propos des oiseaux exotiques, tels les bengalis : « ces oiseaux se transportent assez difficilement et ne s'accoutument qu'avec peine à un autre climat ; mais une fois acclimatés, ils vivent jusqu'à six ou sept ans ». Dans ce contexte, acclimater a pour sens « accoutumer à un nouveau climat », le climat n'étant pas défini par la température, mais par la position du lieu sur le globe terrestre (cf. la note consacrée à climat, décembre 2009). Le sens de climat évoluant, le verbe acclimater prend le sens « d'accoutumer à la température d'un nouveau climat » (Dictionnaire de l'Académie française, 1798, cinquième édition, laquelle a été plus prompte (à peine plus de vingt ans) que ne le pense Littré à reconnaître ce verbe, dont le sens est illustré par il faut du temps pour acclimater une plante étrangère.

Dans cette même édition, comme dans la suivante (1832-35), les académiciens relèvent l'emploi au verbe à la forme pronominale et à propos des êtres humains : « on dit aussi, avec le pronom personnel, s'acclimater pour dire se faire à un nouveau climat ». L'exemple les habitants de l'Europe s'acclimatent difficilement dans les Antilles réfère à une réalité qui paraît aujourd'hui totalement fantasmée. D'ailleurs, Littré (op. Cit.) remplace Antilles par Indes pour illustrer les difficultés des Européens à s'acclimater sous les tropiques : « les Européens s'acclimatent difficilement dans les Indes », même s'il conserve l'exemple des Antilles pour illustrer le verbe acclimater, au sens « d'habituer à un nouveau climat, tellement qu'on n'en ressente plus aucune mauvaise influence » (« la mortalité est grande aux Antilles parmi les Européens qui ne sont pas encore acclimatés »). Il fallait que la vie dans ces Antilles (aujourd'hui, destination touristique célèbre pour ses plages, ses cocotiers, son farniente) fût pénible ou dure au XIXe siècle pour que ces îles servent à illustrer les difficultés d'acclimatation, dont étaient exempts les créoles, c'est-à-dire les Européens nés aux Antilles et qui, pour cela, étaient dits acclimatés de naissance.

L'acclimatation (nom relevé pour la première fois par Littré, op. Cit.), qui touche les hommes, les animaux (oiseaux, chevaux, chiens, etc.) et les plantes, se fait dans les deux sens, des pays exotiques vers l'Europe ou de l'Europe vers les pays exotiques, comme l'attestent ces exemples : de Littré, « société d'acclimatation, société qui a pour objet d'acclimater en France des animaux et des plantes exotiques » ; du Dictionnaire de l'Académie française (huitième édition, 1932-53) : jardin d'acclimatation ; société d'acclimatation ; cette plante a peine à s'acclimater dans nos régions ; de ce même dictionnaire, neuvième édition (en cours de publication) : on a acclimaté le vison en France ; le tabac, la pomme de terre et la tomate se sont bien acclimatés en Europe. Elle se fait même à l'intérieur de l'Europe, du sud vers le nord, comme dans cet exemple de la septième édition (1878-79) du DAF : « ce n'est qu'à force de soins qu'on acclimate dans le nord de l'Europe les races de brebis espagnoles ».

Le phénomène désigné par ces deux mots est lié à la mondialisation des échanges, qui n'est pas récente, mais date du XVIe siècle, et à l'expansion commerciale et militaire de l'Europe dans le monde. Il a, de toute évidence, frappé les esprits, au point de s'étendre, par analogie (métaphore), à des réalités « abstraites », idées, mœurs, coutumes, etc., comme l'atteste, avec retard, le Dictionnaire de l'Académie française en 1932-35 : « figuré, en parlant des choses morales » (au XVIIIe siècle, beaucoup d'idées venues de l'étranger se sont acclimatées en France).

 

Ces deux mots sont modernes aussi bien par l'époque à laquelle ils ont été formés que par l'idéologie qui les sous-tend, comme en témoigne l'article qui est consacré à acclimater dans le Trésor de la langue française (1971-94). C'est un terme de biologie (« accoutumer un organisme vivant, animal ou végétal, à un nouveau milieu biologique ») qui, de la science, s'étend à la société : « accoutumer des hommes à de nouvelles conditions de vie, d'activité, de pensée » ou « adapter des activités, une fonction, des œuvres à une situation nouvelle », comme dans cet exemple de Durkheim (1893) : « il faut s'ingénier pour trouver des moyens de soutenir la lutte, pour créer des spécialités nouvelles, pour les acclimater, etc. D'une manière générale, plus le milieu est sujet au changement, plus la part de l'intelligence dans la vie devient grande ; car elle seule peut retrouver les conditions nouvelles d'un équilibre qui se rompt sans cesse, et le restaurer ».

Pourtant, il ne semble pas que le phénomène d'acclimatation (des hommes, des plantes, des animaux, des idées, etc.) suscite aujourd'hui les difficultés de jadis. La mondialisation a effacé les différences et aboli les climats, au point que l'acclimatation n'a plus de raison d'être. N'importe quelle espèce animale ou végétale s'acclimate n'importe où. Il n'y a plus de société d'acclimatation, l'ancienne société d'acclimatation s'étant transformée en Société de Protection de la Nature, tandis que le jardin d'acclimatation, du Bois de Boulogne, a perdu ce qui faisait sa raison d'être. N'importe qui s'acclimate n'importe où ou à n'importe quoi ou acclimate n'importe quoi n'importe où. Il n'est pas nécessaire à un Malien (ou un Algérien, un Turc, un Chinois, etc.) de s'acclimater en France, où il est chez lui, alors que la réciprocité serait tenue pour du colonialisme. Le processus décrit à la fin du XVIIIe siècle par des hommes des Lumières semble être, comme les Lumières elles-mêmes, à bout de souffle.

 

Commentaires

rappelons bien sûr que
1 scientifiquement , en réalité TOUTES les plantes ne s'acclimatent pas partout
il faudra encore du temps pour qu'un palmier tropical pousse en Alaska

2 les hommes aussi ne sont souvent que faussement acclimatés

médicalement , nous dépensons chaque année des millions de Francs ou Euros en injection de
vitamines A pour les nouveaux-nés maghrébins & noirs pour qu 'ils ne soient pas rachitiques sous nos climats , en injectant des doses plus fortes que pour les européens résiduels
- ceci est le b.a-ba des consultations pédiatriques quotidiennes en Fwance

l'absorption de vitamine A est naturellement insuffisantes sous nos climats pour ces " migrants"

3 inversement les premières colonies tropicales furent décimées en particulier par le paludisme , contre lequel les français sont peu armés génétiquement
une tentative de peuplement en Guyane par 10 000 côlons se termina en extinction de la colonie

le roy fit ensuite venir des nègres équatoriaux , porteurs du gène de résistance donné par la variante des drépanocytes
protectice pour les hétérozygotes
mauvaise pour les homozygotes

la drépanocytose est maintenant la première maladie génétique de Fwance

idem pour les thalassémie

rappelons l'excellent livre du Pr Jean BERNARD + sur la génétique du sang

l'acclimatation n'est donc souvent qu'artificielle et temporaire

lire aussi Rouge Brésil

idem des colonies au brésil périrent

les premières colonies en amérique du NOrd périrent vie très dure absence de nourriture


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Écrit par : @@ | 05 janvier 2010

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