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17 janvier 2010

Ordinateur

 

 

Emprunté au latin ordinator (du verbe ordinare « ordonner ») « celui qui met en ordre », comme dans rerum ordinator (« l'ordonnateur de l'univers », id est Dieu, et ordinator litis, « juge qui instruit un procès »), ordinateur est attesté à la fin du XVe siècle au sens de « celui qui institue quelque chose » (ainsi « Jésus-Christ... était le nouvel instituteur et ordinateur du baptême »). Au XVIe siècle, chez Pasquier, il est employé dans le sens d'ordonnateur, celui qui est chargé de régler les affaires publiques : « celui qui était ordinateur de ces deniers fut aussi appelé trésorier de France » ; « je me conformerai donc en ceci, non à votre commandement, mais bien au privilège commun des rois et princes, lesquels, pour être les premiers ordinateurs de leurs lois, se donnent loi de n'y obéir » ; « il fut ordonné que nul trésorier ou officier du roi n'aurait la charge, direction et maniement de ces derniers, mais que les trois Etats commettraient certains personnages bons, honnêtes et solvables, pour en être les ordinateurs » ; « le roi est par-dessus la loi, il se peut dispenser de la loi, comme celle de laquelle il est ordinateur ».

Bossuet en 1703 l'emploie au sens de « celui qui confère un ordre dans l'Église ». C'est dans ce sens que Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), le seul lexicographe classique à enregistrer ce mot, alors que les académiciens, Furetière, Trévoux, Richelet l'ignorent, l'accepte : « on trouve ce mot dans l'Histoire d'Angleterre pour signifier qui fait des ordonnances. Il est vrai que le traducteur l'a mis en italique, pour faire voir qu'il le risquait », citant l'exemple « le Roi permettait que ces ordinateurs s'unissent entre eux et leurs amis, etc. ». Féraud ajoute : « ce mot, forgé peu heureusement, a l'air d'être longtemps barbare. Il se dirait plutôt d'un évêque qui ordonne, qui fait des ordinations ; mais l'usage est pour ordinant ». Littré, qui ne tient pas compte des emplois d'ordinateur au XVIe siècle, enregistre l'adjectif et le nom (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ; adjectif : « qui met l'ordre, qui arrange » (« il pensait que la cause universelle, ordinatrice et première était bonne » et « en ce sens, on dit aussi ordonnateur ») ; nom : « celui qui confère un ordre de l'Église » (Bossuet : « quel crime c'est.... de reconnaître pour Églises celles qui ne peuvent pas rapporter la suite de leurs pasteurs aux apôtres comme à leurs ordinateurs »). Dans le Trésor de la langue française (1971-94), ces deux sens sont tenus pour vieilli (l'adjectif au sens de « qui ordonne, dispose, met en ordre ») ou vieux (le nom, dans l'emploi en liturgie : « celui qui confère le sacrement d'un ordre ecclésiastique »).

Le sens moderne date de 1956. Le terme théologique d'ordinateur entre dans le domaine de l'informatique pour éviter le nom computer, au sens de « calculateur », qui présente deux handicaps : être anglais et être mal ajusté aux machines nouvelles qui mettent en ordre des données et qui, il est vrai, ont tout, en apparence du moins, de ce grand ordinateurs de l'univers qu'est Dieu ou que serait Dieu : « machine algorithmique composée d'un assemblage de matériels correspondant à des fonctions spécifiques, capable de recevoir de l'information, dotée de mémoires à grande capacité et de moyens de traitement à grande vitesse, pouvant restituer tout ou partie des éléments traités, ayant la possibilité de résoudre des problèmes mathématiques et logiques complexes, et nécessitant pour son fonctionnement la mise en œuvre et l'exploitation automatique d'un ensemble de programmes enregistrés » (TLF, 1971-94) ou encore : « un ordinateur n'est en fait qu'une vaste opération de mécanisation d'un processus portant sur des données. Ces données ayant été enregistrées dans une mémoire, à partir d'un dispositif d'entrée dans le système, vont donc être manipulées un certain nombre de fois par certains opérateurs, puis renvoyées soit dans une autre partie de la mémoire où elles sont stockées en vue d'opérations ultérieures, soit à la sortie où elles seront présentées sous une forme utilisable dans le monde extérieur » (1971). Il entre dans le Dictionnaire de l'Académie française à compter de la neuvième édition (en cours de publication), dans laquelle les micro-ordinateurs (« petit ordinateur dont l'unité centrale est un microprocesseur ») sont distingués des ordinateurs : « équipement informatique comprenant les organes nécessaires à son fonctionnement autonome, qui assure, en exécutant les instructions d'un ensemble structuré de programmes, le traitement rapide de données codées sous forme numérique qui peuvent être conservées et transmises ».

 

Commentaires

Un Arouet de la meilleure eau, instructif et non polémiste: à conserver dans nos archives (en modifiant juste quelques lettres indisciplinées d'un verbe de la 10e ligne).

Écrit par : P.A.R. | 18 janvier 2010

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