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20 janvier 2010

Pompe, pompeux, pompier

 

 

En latin, pompa (en grec, « marche pompeuse », « convoi ») a pour sens « procession (lors de diverses cérémonies) », « convoi funèbre », « cortège », « étalage », « réunion d'objets qu'on transporte ou qu'on promène » et « au figuré, pompe, appareil, apparat, magnificence, éclat, faste ». On retrouve ces sens en français : « cérémonial somptueux, déploiement de faste, de luxe » (1165 ; en grande pompe chez Pascal) ; « faux prestiges, vanités de ce monde » (XIVe siècle) ; pompes funèbres (1503 : « cérémonie funèbre » et en 1834, entreprise de funérailles ; « cortège solennel » (XVe siècle) ; « caractère noble, élevé, solennel (du style) » (première moitié du XVIIe siècle).

En 1680, Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses) décrit assez précisément les divers sens de pompe : « appareil superbe et magnifique qui se fait par ostentation ou pour quelque autre dessein », la pompe « consistant dans l'ordre, la variété et la magnificence » ; « en parlant de carrousel, ou de mascarade, c'est la marche magnifique et réglée de quelque carrousel ou mascarade » ; « la pompe sacrée, ce sont les processions et solennités ecclésiastiques » ; « la pompe royale », « le couronnement, l'entrée ou le mariage des princes ou princesses » ; « les pompes militaires, les triomphes des anciens capitaines et empereurs » et par figure, « la pompe de l'éloquence » (d'où l'adjectif pompeux, pompeuse : vers pompeux, style pompeux, éloquence pompeuse). Furetière (1690, Dictionnaire universel) renchérit sur Richelet : « dépense magnifique qu'on fait pour rendre quelque action plus recommandable, plus solennelle et plus éclatante » (exemples : « rien n'a égalé la pompe et la magnificence des triomphes romains » ; « les gens se ruinent par une vaine pompe et ostentation ; « le luxe a porté la pompe des habits à un très haut point » ; « le christianisme veut qu'on renonce à Satan et à ses pompes » ; « on fait aux rois de magnifiques pompes funèbres » ; « la pompe la plus surprenante qu'on ait jamais vue est celle d'Antiochus surnommé le Splendide, qui est décrite par Polybe, et par Athénée ; il y avait en marche cinquante mille hommes ; on en voit aussi une ample description dans le Traité des Carrousels du Père Menestrier »). A ces innombrables emplois, Furetière ajoute les sens figurés : « il se dit figurément en choses spirituelles et morales », comme dans « l'Ecriture nous apprend que le Seigneur viendra en grande pompe juger les vivants et les morts » ; et « on dit aussi la pompe du style, des vers, de l'éloquence, quand on parle, qu'on écrit avec des mots choisis, relevés et magnifiques ». Les académiciens sont un peu moins prolixes (« appareil magnifique, somptuosité » ; « il se dit figurément du discours, du style et signifie la manière de s'exprimer en termes recherchés, magnifiques et qui sonnent bien à l'oreille » ; « il se prend aussi quelquefois pour vanité et c'est en ce sens que l'on dit renoncer au monde et à ses pompes », Dictionnaire de l'Académie française, première édition, 1694, et suivantes), alors que les encyclopédistes (d'Alembert et Diderot, 1751-64) expriment la défiance que leur inspire la pompe : « c'est l'art d'en imposer aux yeux. Une pompe funèbre, c'est l'appareil de l'inhumation d'un grand ; sa vanité, pour ainsi dire, lui survit encore. Il descend au tombeau où les vers l'attendent pour s'en repaître, et la cendre froide de ses aïeux pour se rejoindre à la sienne, au milieu des signes de sa grandeur. Il n'est plus rien lorsque tout annonce qu'il fut un grand ». Tous ces sens sont repris tels quels dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « cortège solennel », en particulier pompes funèbres ; « déploiement de faste, de décorum » (en grande pompe, « solennellement ») ; « souvent au pluriel, vanités du monde » (renoncer au monde et à ses pompes) ; « noblesse du style ; par exagération, dans le domaine littéraire ou artistique, recherche excessive, emphase, grandiloquence ».

 

Il serait inexact de conclure que les modernes ont renoncé aux pompes, que ces pompes soient des cortèges solennels, des fastes et du décorum ou encore de l'emphase, comme pourraient le laisser penser l'article de L'Encyclopédie (cf. ci-dessus) et quelques extraits cités dans le Trésor de la langue française : « nous avons des habitudes de bien-être, une hygiène publique et privée, qui ne s'accordent pas avec cette pompe, cet apparat sans raison » (Viollet-le-Duc, 1863) ; « la pompe du style devient à la pensée ce qu'est aux yeux un papier doré sans nuances » (Vigny, 1843). Les pompes se déploient, exubérantes et arrogantes, dans les défilés festifs dits gay ou techno rides, où l'on ne renonce pas aux pompes et encore moins au monde, ou lors de ces processions syndicales avec océans de drapeaux rouges et de banderoles coloriées et diffusion d'une musique assourdissante... Elles survivent encore dans « l'opéra historique » qui « permet les défilés, les cortèges, les pompes nuptiales ou funèbres, les chasses, les grands ballets donnés sous prétexte de fêtes dans les résidences royales » (1953).

Certes, l'art pompier des débuts de la IIIe République est mort, comme l'expriment les académiciens dans l'article « pompier » de la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire : « (pompier) se dit ironiquement et familièrement pour caractériser le style suranné de certains artistes » (cet écrivain, cet artiste est un pompier) ; « adjectivement, le style pompier ». Ces pompiers, tous de bons élèves, appliqués et sérieux, étaient célébrés et honorés par les autorités de la IIIe République naissante ; ils recevaient récompenses et commandes ; ils étaient riches. En échange, ils montraient patte blanche. Un siècle plus tard, leur style et leur pompe font rire : « adjectif et substantif, (peintre et, plus généralement, artiste ou écrivain) qui traite de sujets conventionnels et grandiloquents dans un style académique et prétentieux » (TLF). Cet exemple est révélateur du discrédit de la pompe : « l'artiste pompier n'est pas seulement celui qui coiffe ses héros de casques éclatants (comprendre, comme ceux des sapeurs pompiers), c'est l'artiste prétentieux et vain qui use d'un style ampoulé, d'un style pompeux » (Thuillier, Peut-on parler d'une peinture « pompier » ?, 1984). La pompe est proportionnelle à la soumission. Plus on est soumis ou enchaîné à un régime ou attaché au joug idéologique, plus on fait dans la pompe, comme dans les prides d'Homo Festivus ou dans les processions politico-syndicales.

 

 

Commentaires

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Écrit par : @@ | 20 janvier 2010

N'oublions pas le mot POMPE dans le sens de pomper ( de l'eau ou autre élément ou fonction pratiquée par les dames )

j'aime surtout la beauté des pompes lorraines , disséminées encore dans les campagnes , pour les survivantes de la destruction folle des 50 dernières années , et que l'on trouve jusque dans le bâtiment du musée des émaux de longwy ( longum vicum ), l'encadrant magnifiquement ; encore un beau travail de Vauban .

Écrit par : @@ | 21 janvier 2010

Certes. Vous avez raison. Mais "pompe" dans ce sens est un homonyme de "pompe", au sens d'appareil magnifique. Il a pour étymon le germanique pump.

Écrit par : Arouet le Jeune | 21 janvier 2010

Exactement: ce sont les Shadoks qui pompaient, alors qu'ils ignoraient la musique de circonstance. (cf. Edward Elgar: "Pomp and Circumstance").
M. Amédée, pour votre collection de mots rares & précieux: appareil, apparat, cérémonie, décor, éclat, faste, grandeur, magnificence. On est loin du low cost.

Écrit par : P.A.R. | 22 janvier 2010

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