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21 janvier 2010

Individu

 

En latin, l'adjectif individuus a pour sens « indivisible ». Cicéron traduit le mot grec atome par individua corpora.

Individu est attesté à compter de la fin du XIVe siècle comme adjectif, au sens d'indivisible (ainsi dans ces Louanges à Marie : « O très excellente Trinité, Vrai Dieu puissant et vertueux, Sainte individue déité ») ou dans ces Actes des Apôtres (« En tant que nous trois en substance / Sommes un Dieu, une puissance / Et volonté individue ») et ce sens est encore en usage au XVIIe siècle, dans un testament (1643, « au nom de la très sainte et individue Trinité ») et dans le Dictionnaire universel de Furetière (1690 : « on dit aussi à l'adjectif féminin en termes de Théologie la très sainte et individuë Trinité »).

Dans le latin de la scolastique, selon Rémusat, cité par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), « l'usage » a été « de prendre pour exemples de l'individuum quid des hommes individuels, Pierre, Socrate, et d'entendre par individu tout être pris singulièrement dans une espèce quelconque ». Le nom individu est employé dans ce sens au XVIe siècle pour désigner tout être qui forme une unité distincte, et cela par opposition au genre et à l'espèce. Ainsi, dans un ouvrage traitant de chirurgie : « les complexions particulières sont infinies selon les individus ». Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) le relève comme un terme de philosophie : c'est « ce qui se dit seulement d'un seul » (exemple : « Socrate est un individu »), tandis que cela regarde mon individu, cela conserve mon individu sont des « façons de parler (qui) se disent en riant pour dire cela me regarde particulièrement, cela conserve ma propre personne ». La définition de Furetière (op. Cit., 1690) est plus précise : « terme de philosophie ; un particulier de chaque espèce ou ce qui ne peut être divisé ; la division ordinaire de la logique se fait en genres, espèces et individus ». Il en va de même dans le Dictionnaire de l'Académie française, où le mot est défini très clairement dès la première édition (1694) : « terme dogmatique qui se dit de chaque être singulier par rapport à l'espèce dont il fait partie » et « il se dit principalement des personnes en particulier ». Le premier des sens relevés par les académiciens est exposé ainsi dans L'Encyclopédie (1751-64) : « l'espèce de cheval renferme tout ce qui se trouve dans chaque animal de cette espèce, certaine figure, proportion de parties ; et ajoutez-y tel poil, tel âge, telle conformation précisément déterminée, tel lieu où un cheval se trouve, et vous aurez l'idée d'un individu de cette espèce ; et voilà le vrai principe d'individuation, sur lequel les scholastiques ont débité tant de chimères. Ce n'est autre chose qu'une détermination complète, de laquelle naît la différence numérique. Pierre est un homme, Paul est un homme, ils appartiennent à la même espèce ; mais ils diffèrent numériquement par les différences qui leur sont propres. L'un est beau, l'autre laid ; l'un savant, l'autre ignorant, et un tel sujet est un individu suivant l'étymologie, parce qu'on ne peut plus le diviser en nouveaux sujets qui aient une existence réellement indépendante de lui. L'assemblage de ses propriétés est tel que, prises ensemble, elles ne sauraient convenir qu'à lui. Les scholastiques expriment les circonstances d'où l'on peut recueillir ces propriétés par le vers suivant : Forma, figura, locus, stirps, nomen, patria, tempus. Les différentes subtilités qu'ils proposent là-dessus ne méritent pas de nous arrêter ; il vaut mieux lire le chapitre du Traité de l'entendement humain, où M. Locke examine ce que c'est qu'identité et diversité ».

A partir de la sixième édition (1832-35), la définition s'enrichit d'un nouveau sens, « membre d'une collectivité humaine », apparu chez Rousseau en 1755. C'est toujours un « terme didactique » (autre façon de dire « dogmatique » ou « scientifique ») qui « se dit de chaque être organisé, soit animal, soit végétal, par rapport à l'espèce à laquelle il appartient », mais c'est aussi un terme qui « se dit particulièrement des personnes » (exemples : tous les individus qui composent une nation... ; suivant la loi, tout individu qui se permet de...) et qui « n'est guère employé qu'en termes de législation, d'administration et de statistique », domaines qui, au XIXe et au XXe siècles, prennent de plus en plus d'importance dans la vie des Français, si bien que ce sens-là d'individu est devenu le sens courant selon les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94 : « être, personne »), exposé en ces termes par Littré (op. cit.) : « (individu) se dit particulièrement des personnes », comme dans l'exemple « tous les individus qui composent une nation » ; « l'être personnel considéré par opposition à l'État ou à la société », comme dans l'exemple « les droits de l'individu à l'égard de la société ; ceux de la société sur l'individu ». L'homme n'est plus seulement défini par son espèce ou par la communauté à laquelle il appartient. Il ne se réduit pas à cette double appartenance ; il est tenu pour un être singulier qui a une conscience, un quant-à-soi, une vie intérieure, des droits. Ce processus, devenir un individu, bouleverse l'Occident au XVIIIe siècle, mais il n'est pas universel. Il ne semble pas qu'il ait touché tous les pays. Une grande partie de l'humanité y échappe encore - et peut-être pour toujours.

C'est aussi dans la sixième édition de 1832-35 qu'est relevé le sens péjoratif (« ce triste individu ») qui est attesté pour la première fois en 1793 dans un discours de Robespierre, dont l'objectif a été d'imposer en France un ordre collectif et tyrannique dans lequel les « citoyens » ne seraient plus des individus, mais des pions ou des corps sans tête. « Il se dit quelquefois d'un homme que l'on ne connaît pas, qu'on ne veut pas nommer, dont on parle en plaisantant ou avec mépris » (DAF, 1832-35, 1879, 1932-35, neuvième édition en cours de publication, et aussi Littré, op. cit. ; cf. Trésor de la langue française, 1971-94 : « homme que l'on ne veut pas nommer parce qu'on le méprise ou parce qu'on veut se moquer de lui »).

Dans la langue moderne, le sens dogmatique ou scientifique d'individu est toujours vivant. Selon les lexicographes du TLF (op. cit.), il est d'un emploi courant en biologie (« spécimen vivant appartenant à une espèce donnée ; être organisé, vivant d'une existence propre et qui ne peut être divisé sans être détruit »), en logique (« élément entrant dans l'extension d'une espèce ; ce qui est indivisible en extension »), en chimie et en minéralogie (« tout corps simple ou composé cristallisable ou volatil sans décomposition »), en statistique (« élément d'une population »), en taxinomie (« niveau de la classification des êtres vivants placé sous l'espèce et ne comportant pas d'autre subdivision »), en philosophie et en psychologie (« l'être humain en tant que réalisant son type et possédant une unité et une identité extérieures de nature biologique »). Cet emploi dans les sciences (« au sein d'un genre ou d'une espèce, tout être vivant indépendant ayant les caractéristiques de ce genre ou de cette espèce ») est encore le premier à être exposé dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française, avant le sens social (« chacun des êtres vivants dont se compose une société, un groupe, une collectivité ») et avant le sens propre à l'universalité singulière (« être humain particulier et distinct ») - ce qui confirme que notre conception moderne de l'individu est liée aux développements de la science expérimentale et de la pensée scientifique.

 

 

Commentaires

Mécanisation de la pensée. Horreur ! Moi qui ai tellement cru en la Méthode et ses effets bénéfiques sur la pensée et l'action. Je constate que nous parlons un langage dévoyé, ayant rompu ses attaches avec la terre mère. Un peu de votre faute, tout ça. Comment faire un retour aux sources sans être obligé d'aller élever des chèvres sur le Larzac ?

Écrit par : P.A.R. | 22 janvier 2010

MOTS 23.01


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Écrit par : @@ | 23 janvier 2010

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Écrit par : @@ | 24 janvier 2010

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Écrit par : @@ | 24 janvier 2010

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