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29 janvier 2010

Ressources (humaines)

 

Ce nom est le participe passé féminin du verbe d'ancien français ressourdre, qui a pour sens « ressusciter », comme le Christ lors de la Passion (Xe-XIe siècles), « relever, secourir » (XIIe siècle), « se rétablir » (en parlant d'animaux malades) (XIVe siècle), et qui continue le verbe latin resurgere « se relever », « se rétablir, se ranimer », « ressusciter ». « La ressource est proprement une seconde ou dernière source, une chose qui relève, un moyen qui fait sortir d'embarras », écrit Littré dans la rubrique « étymologie » de l'article ressource (in Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Il serait plaisant, mais inutile, de rapporter les « ressources humaines » des grandes entités économiques ou administratives, « ressources » managées (comme on dit aujourd'hui) par des DRH, au sens premier de « ressource » : ce qui a été ressuscité. Ces ressources sont-elles censées ressusciter les entreprises moribondes ou sont-elles ressuscitées par un management dynamique et énergique, capable d'insuffler une âme ou de la vie à ce qui est à l'agonie ?

Que ces remarques ne nous détournent pas de l'étude de ce nom et surtout des avatars de ses sens. Au XIIe siècle, le nom ressource a le sens de « secours » ; au XVIe siècle, de nouveaux sens s'ajoutent à ce premier sens : c'est « moyens pécuniaires d'existence » et « capacité physique de fournir un nouvel effort » ; au XVIIe siècle, « forces de l'esprit, du caractère » (homme plein de ressources) ; au XVIIIe siècle, « possibilités d'expression de la langue ». Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1762), il est défini ainsi : « ce qu'on emploie et à quoi on a recours pour se tirer de quelques affaires, pour vaincre des difficultés » (il est sans ressource dans son malheur ; dans la persécution que j'ai soufferte, Dieu a été ma seule ressource ; les diamants, la vaisselle d'argent sont des ressources dans le besoin) ; « on dit qu'un cheval a de la ressource pour dire qu'après une longue fatigue, on lui trouve encore de la vigueur » ; « on dit figurément c'est un homme de ressource, c'est un homme plein de ressources, qui a des ressources dans l'esprit pour dire c'est un homme fertile en expédients, en moyens pour lui et pour les autres » et « on dit familièrement faire ressource pour dire raccommoder, rétablir ses affaires ».

Il n'est fait nulle part mention dans les différentes éditions du Dictionnaire de l'Académie française des « ressources humaines », non plus que chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), qui relève les sens suivants : « ce qu'on emploie pour se tirer d'un embarras, pour vaincre des difficultés » (« j'approche de cinquante ans ; je comptais sur la pension de l'Académie comme la seule ressource de ma vieillesse; si cette ressource m'est enlevée, il faut que je songe à m'en procurer d'autres », d'Alembert, 1765) ; « forces de l'esprit, du caractère, auxquelles on a recours au besoin » (« Turenne, par la profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls », Bossuet) ; « les ressources d'une langue, les moyens qu'elle offre à l'écrivain pour rendre sa pensée » (« l'auteur connaissait trop bien les lois du style et les ressources de la langue », d'Alembert ») ; « moyens pécuniaires » (« il a tant dépensé qu'il est maintenant sans ressource »).

Ces mêmes sens qui sont dans le Trésor de la langue française (1971-94) n'expliquent pas encore les ressources humaines des entreprises et administrations. Il en est un, cependant, qui est la source des emplois actuels, modernissimes bien entendu. Il s'agit de l'extension aux collectivités du sens de « moyens pécuniaires dont dispose une personne pour assurer son existence » : c'est les « moyens matériels dont dispose un pays, une région, une collectivité » (ressources hydrauliques, industrielles, minières, pétrolières d'un pays, ressources naturelles). Ce sens s'est étendu aux armées et en particulier aux bureaucraties militaires : « moyens militaires (hommes, armement, vivres) dont dispose une armée ». Parmi ces ressources, il n'y a pas que du matériel, il y a aussi des hommes. Des bureaucraties militaires, le mot s'est étendu, comme naguère les noms cadre et effectif, aux bureaucraties civiles, publiques ou privées, tout en se restreignant, pour ce qui est des référents du nom ressources, aux seuls employés de l'entreprise ou aux seuls fonctionnaires de l'administration. Les armées sont parmi les plus anciennes bureaucraties et elles ont dû apprendre très tôt à gérer leurs ressources : hommes, soldats et officiers. Comme elles l'ont fait avec efficacité, leur gestion est devenue un modèle, vite imité par les autres bureaucraties.

 

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