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02 février 2010

Dialogue

 

 

 

Dialogue (des cultures, des religions, des civilisations, social, homme de dialogue, etc.)

 

 

Le mot est emprunté du latin classique, lequel l'a emprunté au grec. Il est attesté au début du XIIIe siècle dans le seul sens « d'entretien entre deux ou plusieurs personnes ». C'est dans ce sens qu'il est relevé dans le Dictionnaire de l'Académie française de 1694 à 1798 (« entretien de deux ou plusieurs personnes »), les académiciens ajoutant que « en ce sens, il ne se dit guère que dans le style familier ». Dans les éditions ultérieures, 1832-35, 1879, 1932-35, la mention « style familier » ou « familier » est maintenue, mais elle disparaît de l'édition en cours de publication (la neuvième), alors que la définition évolue légèrement, oscillant en 1835 et en 1879 de « entretien, conversation » à « entretien entre deux personnes » en 1932-35, pour revenir dans l'édition en cours à la définition de 1694 : « entretien entre deux ou plusieurs personnes ».

Le premier sens de ce mot est stable ; le second sens, relevé par Nicot en 1606 dans son Trésor de la langue française l'est aussi : c'est livre où plusieurs devisent ensemble (1606), ce que les académiciens glosent ainsi en 1694 : « il se prend particulièrement pour un entretien par écrit de deux ou de plusieurs personnes » (les dialogues de Platon, de Lucien, de Cicéron ; faire, composer des dialogues). La définition se maintient en 1718, 1740, 1762, 1798 et éditions suivantes).

La référence au théâtre apparaît indirectement dans le Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788) : « dialogue est proprement un entretien de deux ou plusieurs personnes » (« il n'est que du style familier ») ; « il se prend plus particulièrement pour un entretien par écrit » ; « dialoguer, c'est faire parler entre eux plusieurs personnes ; on ne l'emploie qu'au passif : « cette scène est bien dialoguée : le dialogue y est juste, naturel, vif, animé, etc. » Les académiciens ne relèvent l'emploi de dialogue au théâtre qu'à compter de la cinquième édition (1798) : « on dit d'un auteur dramatique qu'il entend bien l'art du dialogue pour dire qu'il fait bien dialoguer ses personnages » et en donnent une définition précise en 1835 : « (dialogue) désigne aussi ce que disent entre eux les personnages d'une pièce de théâtre, d'une églogue, d'un entretien supposé ; et la manière dont l'auteur fait parler entre eux les personnages qu'il met en scène » (ce dialogue manque de vérité ; cet auteur ne soigne pas assez le dialogue ; il est rare qu'un dialogue symétrique soit naturel ; dialogue sans suite, rapide et animé ; il entend bien l'art du dialogue ; son dialogue est ordinairement froid et sans esprit ; sa pièce est toute en dialogue, il n'y a point d'action).

 

Au début du XIXe siècle, les principaux sens du mot sont en place aussi bien chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « entretien entre deux personnes » ; « par extension, ouvrage littéraire en forme de conversation » ; « manière dont un auteur dramatique fait parler ses personnages ») que dans le Dictionnaire de l'Académie française (1932-35 : « entretien entre deux personnes » ; « il désigne par analogie ce que disent entre eux les personnages d'une pièce de théâtre, d'une églogue, d'un entretien supposé et la manière dont l'auteur fait parler entre eux les personnages qu'il met en scène » ; « il se dit aussi de certains ouvrages d'esprit qui ont la forme d'un entretien, d'une conversation entre deux ou plusieurs personnes »).

Dans la seconde moitié du XXe siècle, cette belle ordonnance, quelque peu littéraire ou culturelle, est chamboulée par la modernité, laquelle, et ce n'est pas là son moindre défaut, est dialogueuse en diable - surtout quand il faut noyer le poisson, parler pour ne rien dire, endormir les citoyens, dorer la pilule ou la faire avaler, etc. D'ailleurs, dans la définition du mot, entretien (entre deux personnes) est remplacé dans le Trésor de la langue française (1971-94) par communication, un des mots fétiches de la modernité, son alpha et son oméga (pour elle, tout commence et tout finit dans la communication) : « communication le plus souvent verbale entre deux personnes ou groupes de personnes ; par métonymie, le contenu de cette communication ». Le mot étant moderne, il colonise le vocabulaire syndical et politique, où il a pour sens « conversation, discussion, négociation menée avec la volonté commune d'aboutir à une solution acceptable par les deux parties en présence » (exemples : établir, nouer, refuser, rompre le dialogue. Cf. également entretiens, pourparlers, table ronde, tapis vert). Le plus comique est que le dialogue politique et syndical est le plus souvent un dialogue de sourds, ou, comme il faut dire en novlangue, un dialogue de malentendants : « conversation qui, au bout d'un certain temps, se révèle impossible entre deux ou plusieurs personnes par refus mutuel d'écouter le point de vue de l'autre » (ce qui semble être la règle). Ces sens modernes sont ainsi exposés dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (en cours de publication) : « spécialement, dans la langue politique et syndicale, discussion ouverte entre deux partis, deux groupes, en vue d'établir les bases d'un accord ou d'un compromis ». Jadis, l'homme accompli était l'homme d'action ; désormais, c'est l'homme de dialogue « ouvert aux vues, aux arguments de la partie adverse ». Les anciens spécialistes de l'écoute et du dialogue, à savoir les curés, ayant disparu, ils ressuscitent dans les modernes dialogueurs et dialogueuses, lesquelles n'écrivent pas de dialogues de films ou de comédies, mais font de la modernité politique et sociétale (comme il faut que l'on dise aujourd'hui) le grand théâtre de la vanité et l'immense scène des vanités.

 

 

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