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04 février 2010

Populisme, populiste

 

 

 

Chaque jour, des intellos de Sciences Po ou des media ou des Hautes Etudes, intellos au QI de grenouilles voulant se faire plus grosses qu'un troupeau de bœufs et persuadés d'être d'un sang supérieur, dissertent du populisme sans jamais définir ni populisme, ni populiste.

Populisme ni populiste ne sont pas enregistrés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l'Académie française publiées de 1694 à 1935, ni dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré publié dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce sont des mots modernes. La première attestation de populisme date de 1912 dans un ouvrage intitulé La Russie moderne et le nom populiste est attesté en 1907 au sens de « membre d'un parti prônant en Russie des thèses de type socialiste ». En 1929, populiste est en usage pour qualifier des romanciers qui refusent de représenter des bourgeois ou des aristocrates et qui, pour atteindre cet objectif, situent l'action de leurs romans dans les milieux populaires, au sens ancien de ces deux mots, et non dans le sens euphémique où Besancenot de Pellepoix entend aujourd'hui quartiers populaires (comprendre « islamisés »). Le populisme est défini comme une « école littéraire qui décrit avec réalisme, dans des romans, la vie des milieux populaires » dans le Trésor de la Langue française (1971-94), dont les rédacteurs ajoutent : ce « mouvement, pour lequel le nom de populisme en vaut un autre, a donné annuellement d'excellents tableaux de la vie petite bourgeoise et populaire de Paris avec Léon Lemonnier La femme sans péché, Eugène Dabit Hôtel du nord, Henry Poulaille Le pain quotidien, et Antonine Coulet-Teissier Chambre à louer qui a consacré le nom et le genre en fondant le prix du roman populiste » (in Arts et littérature, 1936), prix qui a été décerné en 1937 à Sartre Jean-Paul pour La Nausée. C'est aussi un « courant pictural et cinématographique qui s'attache à dépeindre la vie des milieux populaires ».

Dans ces mots et dans ce qu'ils désignent ou ce qu'ils signifient, il n'y a rien qui mérite le pilori, le gibet ou la potence, qui sont pourtant promis à ceux à qui le crime de populisme est imputé.

Pour ce qui est de l'histoire, populisme et populiste sont des mots russes. Ils ont été fabriqués en Russie dans les années 1860 pour désigner un « mouvement politico-social qui voulait entraîner l'ensemble de la paysannerie, du peuple, dans la lutte contre le pouvoir tsariste ». Une citation de Camus (in l'Homme révolté, 1951) illustre cet emploi : « on a cru (...) avec le renouveau du populisme en 1870, que ce mouvement révolutionnaire issu des tendances religieuses et éthiques qu'on trouve chez les décembristes (...) allait freiner l'évolution vers le cynisme politique que Netchaeiv a illustré ». Les populistes étaient souvent des jeunes gens, issus de très bonnes familles et ayant fait de vraies études, qui voulaient en finir avec l'apartheid russe. Pour cela, ils allaient vers le peuple et apprenaient à lire et à écrire aux moujiks, aux portefaix, aux manœuvres, aux domestiques. Il y a dans les romans de Tolstoï des populistes qui sont éminemment généreux et qui sacrifient leur destin social au bien-être du peuple. Le comte Tolstoï lui-même, cet écrivain de génie, était de toute évidence populiste.

Or, à partir du moment où Lénine et les bolcheviks ont réussi leur coup d'Etat, ils ont désigné les populistes comme leurs ennemis : une balle dans la nuque ou vingt ans de Goulag. Ils les ont donc éliminés, décidant que leurs thèses étaient inspirées, non pas par Satan, mais par la trahison de la lutte des classes. De fait, les gentillets populisme et populiste sont devenus en URSS des mots suintant la haine que les tyrans vouent au peuple ; et comme ils étaient des mots de haine en URSS, ils le sont devenus aussi tout naturellement en France, où politologues distingués du Monde, ENA et Sciences Po, sociologues vigilants, intellos de tout poil avalisent, le doigt sur la couture du pantalon, l'oukase du Parti Communiste de l'Union soviétique.

Le Trésor de la langue française (1971-94) qui est aussi, hélas, le trésor de la langue des engagés, confirme cela. Le populisme est par extension « tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu'entité indifférenciée ». Cette entité indifférenciée n'est pas de la langue française, mais de la logorrhée idéologico-politique engagée en enragée. Pour en entendre le sens, il faut la décrypter. Tenir le peuple pour une « entité indifférenciée » n'est un mal, le mal absolu même, que pour les marxistes. C'est que, dans indifférencié, les classes sont niées et que la lutte des classes est impossible avec une « entité » de ce type. Les exemples cités attestent que populisme est défini à partir de la détestable idée que les marxistes se font du peuple : « le populisme est dénoncé comme l'idéologie du « petit producteur » utopiste et réactionnaire ; il nie la lutte de classes et substitue au matérialisme historique et dialectique une sociologie subjectiviste ». Ce charabia est dans le Trésor de la Langue française, que ses auteurs transforment, dès que l'occasion s'en présente, en encyclopédie soviétique, c'est-à-dire en monument de la Bêtise à la gloire de la stupidité marxiste. Extrait d'un ouvrage intitulé Marxisme (1982), il est reproduit tel quel, sans rire ni ironie, ce qui fait de nos glorieux lexicographes nationaux, CNRS et tutti quanti, les perroquets de l'idéologie soviétique, feue aujourd'hui, mais bien vivante en 1980.

Outre la haine que les marxistes y vouent, ce qui fait de populisme et de populiste des mots bas et méprisants tient à l'emploi fréquent qui est fait de ces mots en anglais, où ils sont attestés dès 1892, pour désigner des partis politiques ou des idéologies qui font horreur aux très grands bourgeois libéraux. Les auteurs du Oxford Advanced Learner's Dictionary of Current English (1974) définissent populism ainsi : « government or politics based on an appeal to popular sentiments or fears ». Il ne faut donc pas s'étonner que des mots pourvus de tels pedigrees, ainsi que les réalités qu'ils désignent, soient chez les intellos au QI de grenouilles (grenouilles de bénitier, évidemment) des termes de mépris.

 

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