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05 février 2010

Arabe

 

 

N'en déplaise aux professeurs de vertuisme et aux donneurs de leçons de moraline, aux Aubry, Cohn-Bendit, Joly, Thuram, Sabeg, journaleux et médieux, etc., la langue française, non pas celle des modernes métissés et métissées, mais celle des vieux Français, est imperméable au politiquement (idéologiquement ou moralement ou socialement, etc.) correct. Elle est comme le roseau de la fable. C'est une insoumise. Les oukases, consignes, directives, bulles, décrets, etc. glissent sur elle comme l'eau sur les plumes d'un canard.

En veut-on une preuve ? En voici une, fournie par le nom et adjectif arabe. Dans les six premières éditions du Dictionnaire de l'Académie française, publiées de 1694 à 1835, il est écrit ceci : « (arabe) n'est pas mis ici comme un nom de nation (le DAF n'est pas un dictionnaire de choses, mais un dictionnaire de mots, de sorte que les noms propres ou les mots se rapportant à des noms propres - pays, villes, personnes, peuples ou nations, par exemple - n'entrent pas dans ce dictionnaire), mais comme signifiant un avare qui rapine sur tout, qui exige au delà de la Justice » (1694, 1718, 1740) ou « signifiant un homme qui exige avec une extrême dureté ce qui lui est dû » (1762, 1798, exemple : il est cruel d'avoir affaire à lui, c'est un arabe) ; ou « il signifie quelquefois, dans le langage familier, un homme qui prête son argent à un intérêt exorbitant, ou qui vend excessivement cher, ou qui exige avec trop de dureté ce qu'on lui doit » (1835 ; même exemple que dans les deux éditions précédentes).

Ce sens-là, « homme avide d'argent », est attesté au XVIe siècle dans un ouvrage traitant de l'Histoire de l'Etat en France (1576) : « par ses rapines et rançonnements, il avait amassé de grandes richesses... Et de vrai il ne se trouva jamais un tel Arabe ». Les anciens lexicographes relèvent ce sens dont ils tentent parfois de démêler l'origine. Ménage (Dictionnaire étymologique de la langue française, 1650) l'explique ainsi : « arabe pour dire un exacteur avare ; je crois que ce mot nous est venu des pèlerins qui voyageaient en la Terre sainte, à cause du mauvais traitement qu'ils recevaient des Arabes », lesquels, nonobstant, se targuent d'avoir pour socle de leur identité le sens de l'hospitalité. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) le définit ainsi : « usurier, avare, sordide et vilain », sens qu'il illustre de ce vers de Boileau (Satires, 8) : « endurcis-toi le cœur, sois arabe, corsaire », sans en expliquer l'origine. De même Furetière (1690, Dictionnaire universel) : « avare, cruel, tyran », illustré de ces exemples : « quand on a affaire à des sergents, ce sont des arabes qui tirent jusqu'au dernier sou » ; « les hôteliers de Hollande sont des arabes, ils rançonnent leurs hôtes » ; « cet usurier est un arabe envers ses créanciers, il ne leur relâche rien ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) simplifie les définitions antérieures : « au figuré, usurier, homme avide » (exemple : « c'est le plus arabe de tous les hommes »). Ce sens n'est plus dans les huitième (1935) et neuvième (en cours de publication) éditions du Dictionnaire de l'Académie française (est-ce dû à la peur de déplaire ?), mais il est relevé dans le Trésor de la langue française (1971-94), précédé, il est vrai, de quatre mentions (ce qui fait beaucoup de précautions pour un seul emploi) : « au figuré, péjoratif, familier et vieilli ; homme avare, dur dans les affaires, usurier ». Un extrait de Balzac (1830) illustre ce sens : « le monde dira que je suis un juif, un arabe, un usurier, un corsaire, que je vous aurai ruiné ! Je m'en moque ! », ainsi qu'un ouvrage de 1861 : « tenez, mon cher père, je ne suis pas aussi arabe que vous voulez bien le dire... je ne vous en demanderai qu'un prix bien doux... bien minime... ».

La première attestation de ce sens, en 1576, rend discutable l'hypothèse de Ménage : « ce mot nous est venu des pèlerins qui voyageaient en la Terre Sainte... ». Dès le XIVe siècle, les pèlerinages dans une Terre sainte, conquise par les ottomans, se font rares, à cause des bakchichs innombrables (du « racket ») grâce auxquels les pèlerins obtenaient l'autorisation d'aller dans telle ou telle ville ou la protection de tel ou tel chef de bande. C'est au XVIe siècle que l'esclavage est à son apogée en Méditerranée, les Arabes faisant de la razzia d'être humains, Italiens, Catalans, Castillans, etc. la principale source de leur enrichissement. Les réalités du monde ont fait de ce mot un terme de mépris, destin que connaissent aujourd'hui fasciste, facho, nazi, etc.

 

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