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06 février 2010

Rapatrier

 

Emprunté au latin médiéval repatriare, ce verbe est attesté dans la seconde moitié du XVe siècle au sens de « renvoyer dans son pays », conformément d'ailleurs à sa formation sur le nom patria, « patrie ». Il est employé dans ce sens en 1493 : « De ce pays james ne partira / Et s'il s'en va pour soy repatrier / Je iray quant luy ». Ces trois vers peuvent être traduits par « de ce pays, il ne partira jamais. Et s'il revient dans sa patrie, j'irai avec lui ». Voilà une décision courageuse que des femmes amoureuses, à la différence de l'héroïne de ce poème ancien, sont incapables de prendre aujourd'hui en France.

Pourtant, à partir du XVIIe siècle, ce premier sens s'efface en partie au profit d'un autre sens : « se réconcilier » et « réconcilier quelqu'un », seul sens que les lexicographes classiques relèvent. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) le définit ainsi : « raccommoder une personne avec une autre », qu'il illustre de ces exemples : « ce mari et cette femme se sont brouillés souvent ensemble, je les ai toujours rapatriés » ; « ces associés ont été quelque temps en procès, mais ils se sont rapatriés d'eux-mêmes ». Il ne fait allusion au sens premier que dans une remarque étymologique : « ce mot vient du latin repatriare, qui signifie revenir à sa patrie », qu'il tire du Dictionnaire étymologique de la langue française de Gilles Ménage (1650 et 1694 : « les Latins ont dit repatriare pour dire retourner en son pays... Et du mot repatriare, nous avons dit figurément se rapatrier pour dire se réconcilier »). Littré explique ce nouveau sens ainsi : « ce verbe, partant de la signification de ramener en sa patrie, a pris celle de remettre en son ancien état, réconcilier, comme dans l'exemple de d'Aubigné (« rapatrier à la cour », au sujet d'un protestant qui revient à la religion du roi), où rapatrier signifie aussi bien revenir (à la cour ») que se réconcilier (« avec la cour »).

Dans les six éditions du Dictionnaire de l'Académie française publiées entre 1694 et 1835, le seul sens relevé est le second : « réconcilier des personnes » (1694 : il y avait longtemps qu'ils étaient brouillés, on les a rapatriés ; ils se sont rapatriés de bonne foi ; ne voulez- vous pas vous rapatrier avec lui ?) ou « réconcilier, raccommoder des personnes qui étaient brouillées » (1762, 1798, 1835, mêmes exemples qu'en 1694). Le verbe est alors tenu pour familier : « il est du style familier », précisent les académiciens (de 1694 à 1835, en 1879 et en 1935). Mentionné comme vieux dans le Trésor de la langue française (1971-94), il a été vivant pendant trois siècles.

Le sens historique reparaît, après une éclipse de plus de deux siècles dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré : « Ramener dans la patrie » (exemple : « ces matelots ont été rapatriés par les soins du consul français ») et « faire rentrer des troupes employées dans une expédition lointaine », sens que les académiciens glosent ainsi en 1879 : « renvoyer, ramener dans la patrie » ; et en 1932-35, ainsi « renvoyer, ramener dans son pays d'origine ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94), c'est bien ce sens-là qui est exposé : « réinstaller quelqu'un dans sa patrie ».

Les auteurs de dictionnaires ont beau définir rapatrier : « renvoyer dans son pays d'origine », ce verbe n'est jamais utilisé à propos des clandestins à qui il est fait obligation de quitter la France - ce qu'ils ne font jamais, sauf exception. De ceux qui, peu nombreux, partent, on dit, en novlangue, qu'ils sont « expulsés du territoire national », ce qui est inexact. « Rapatriés dans leur pays d'origine » devraient être les mots justes. Seuls les Français expulsés d'Algérie ont droit au beau nom de rapatriés. C'est que les clandestins sont tenus pour les fourriers d'un ordre nouveau et idéalement juste, métissé, pluriethnique, multiculturel et islamique. D'un messie invité à quitter la France, on ne peut pas dire qu'il rentre chez lui ou qu'il est rapatrié. Ce serait un doux et beau et agréable destin, qui pourrait être étendu sans difficulté à des centaines de milliers d'autres clandestins. Il faut dire qu'il est expulsé de France, en sous-entendant qu'il l'est sur l'ordre inhumain de très méchantes personnes, brutales et sans cœur, des fascistes, à n'en pas douter.

 

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