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15 février 2010

Sioniste

 

Sionisme et sioniste sont modernes. Le premier est emprunté à l'allemand Zionismus, dérivé de Zion (en français, Sion, nom d'une colline de Jérusalem et par extension de la ville elle-même) et fabriqué en 1886 par l'écrivain juif Nathan Birnbaum dans sa revue Selbstemancipation ; le second est dérivé de sionisme par substitution du suffixe iste à isme.

Ces deux mots sont employés en français à peu près en même temps en 1897 et 1898 par Drumont, le journaliste et idéologue de l'antisémitisme (« la question du sionisme ou le rétablissement d'un État juif ») et dans son journal La Libre parole. Ils entrent dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1932-35) : « mouvement politique et religieux ayant pour objet de reconstituer une nation juive en Palestine » et « qui concerne le sionisme » (le mouvement sioniste) et « il s'emploie aussi comme nom et désigne un partisan, un adepte du sionisme ». La définition du Trésor de la langue française (1971-94) tient plus d'une encyclopédie que d'un dictionnaire : « mouvement politique et religieux né de la nostalgie de Sion, permanente dans les consciences juives depuis l'exil et la dispersion, provoqué au XIXe siècle par l'antisémitisme russe et polonais, activé par l'affaire Dreyfus, et qui, visant à l'instauration d'un Foyer national juif sur la terre ancestrale, aboutit en 1948 à la création de l'État d'Israël ».

Ce qu'établissent les auteurs de dictionnaires, c'est un lien incontestable entre sionisme et sioniste et juif. L'objectif des sionistes et du sionisme est de créer une nation juive ou un Etat juif ou un « foyer national juif » dans des territoires où les Juifs ont vécu ou vivent depuis au moins trois millénaires. Ce n'est pas seulement « vivre au pays », comme dit Bové (quand il parle de lui ou des siens), mais aussi vivre dans un pays libre et souverain, où les Juifs seraient tenus pour des hommes. Or, de tous les peuples du monde, Tibétains, Kurdes, Palestiniens, Cheyennes, Basques, Tchouvaches, Tatars, etc. les Juifs sont les seuls dont le droit légitime à un Etat est contesté. Tout cela soulève la question de l'antisionisme. Les rédacteurs du Trésor de la langue française citent, pour illustrer ce qu'est l'antisionisme, cet extrait de la revue philosémite L'Arche : « l'antisémitisme est l'expression consacrée pour désigner exclusivement la haine des juifs à travers les siècles. Les années 60 ont forgé un autre mot pour désigner une forme déguisée de cette haine gratuite : l'antisionisme » (1986). Dans ce même dictionnaire, il est fait état d'un « Comité soviétique antisioniste » qui a milité, avec les moyens de coercition de la superpuissance qu'était alors l'URSS, afin que le sionisme soit défini comme la forme exacerbée du racisme, ce qui a été fait à l'ONU en 1976 (ou circa) sous les applaudissements frénétiques des représentants béats des pays musulmans et arabes.

Cette haine des Juifs qui s'exprime dans l'antisionisme est-elle avérée ?  Jacques Rossi, qui a été un agent actif de l'Internationale communiste de 1926 à 1937, a été condamné en 1937 à vingt-cinq années de travail forcé dans les glaces de Norilsk, au-delà du cercle polaire, pour avoir espionné, prétendaient les commissaires politiques de Staline, l'URSS au profit de la France et de la Pologne. Relégué à Samarcande en 1957, il n'a pu quitter l'URSS pour la Pologne qu'en 1961 et il a retrouvé son pays, la France, à la fin des années 1980. De son expérience, il a tiré un recueil de nouvelles, une biographie et surtout un admirable Manuel du Goulag, écrit en russe, traduit d'abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 au Cherche Midi. Dans cet ouvrage, qu'il présente sous la forme d'une encyclopédie, Jacques Rossi passe au crible les mots, les idées, les lois, les faits, les réalités tangibles du communisme. Il montre que la langue nouvelle ou TFT, prononcée « toufta », sert à dissimuler les réalités les plus atroces et qu'elle a pour seule raison d'être de nier les crimes commis. Aucun des mensonges dont la propagande nous rebat les oreilles depuis quatre-vingts ans ne résiste à l'examen. Ainsi, le Manuel du Goulag comprend une entrée sioniste, dans laquelle est révélé le sens que les communistes ont donné à ce mot à partir de 1947, quand l'ONU a décidé de créer au Proche Orient l'Etat d'Israël. Alors, les Juifs n'ont plus été des Juifs, mais des sionistes. Sioniste a remplacé juif dans la nouvelle langue russe. L'avantage qu'en ont tiré les communistes et leurs affidés a été important. Ils ont pu ainsi exprimer sans borne ni entrave la haine viscérale qu'ils vouent aux Juifs. En effet, précise Rossi, les mots sioniste et sionisme sont des insultes : « La propagande soviétique confère au nom sioniste une connotation insultante analogue à celle de youpin ». Youpin risquant d'être mal reçu, sioniste a servi de cache-sexe au racisme viscéral d'un régime qui a « nettoyé la terre russe de tous les insectes nuisibles » (Lénine, « L'émulation », in La Pravda, janvier 1918). On pense youpin, on dit sioniste. D'URSS, la TFT ou novlangue s'est répandue dans le monde entier et d'abord chez les thuriféraires de la Troisième et Quatrième Internationale. Quand gauchistes et musulmans d'un même élan déclarent qu'ils sont hostiles au sionisme, ils usent d'un mot écran qui cache le raciste youpin. Youpin vaudrait déshonneur, amende, prison à ceux qui, en France, le diraient en public. Les islamo-gauchistes le savent. Sioniste le remplace sans risque. « Nous sommes contre les sionistes » traduit le vieil et détestable « mort aux youpins ». On détourne la loi en usant de mots écran, tels sioniste. Les communistes, socialistes et gauchistes, docteurs ès fabrications de cache-sexe verbaux, sont assez prudents pour couvrir leurs réalités immondes des beaux fards de la tolérance universelle.

 

 

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