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23 février 2010

Violence scolaire

 

 

Dans violence scolaire, expression hélas convenue, l'adjectif scolaire n'attribue pas de qualité à la chose que désigne le nom violence, mais il établit une relation entre ces deux « réalités » que sont la violence et l'école. Il équivaut à un complément du nom introduit par la préposition de. Scolaire est un adjectif dit « de relation » ou un « pseudo adjectif », comme dans représentation nationale, bibliothèque universitaire ou élection présidentielle. La représentation nationale est celle de la nation, la bibliothèque universitaire celle de l'université, l'élection présidentielle celle du président. Violence scolaire signifie donc « violence de l'école ». L'école, parce qu'elle est normative ou réputée telle, qu'elle impose une discipline ou est censée le faire, qu'elle corrige ou redresse la nature ou en est accusée, agresse des enfants faibles, innocents, naturellement bons et sans défense. Ces deux mots réfèrent à la thèse, rousseauiste ou libertaire, qui sous-tend depuis trente ans au moins les prétendues réformes de l'école, prétendues parce qu'elles tiennent d'une mise à mort.

Violence scolaire était dans les années 1960 la violence de l'école. Aujourd'hui, elle désigne les crimes et les délits commis à l'intérieur de l'école : non les coups de poing, les bousculades, les crêpages de chignon de cours de récréation, mais les viols, le vandalisme, les incendies, les vols en bande avec violence, le racket, les injures racistes, l'apologie de crimes contre l'humanité. Ces faits étant le pire acte d'accusation qui ait jamais été dressé contre l'école et contre l'Etat, dont l'école est le territoire, ils sont tabous. Ils ne sont plus appelés par leur nom juste, crimes, délits, vols en bande avec violence, etc. Ils sont nommés par euphémisme violence scolaire, expression dont le sens a changé. En effet, si les mots crimes et délits étaient d'usage courant, comme ils devraient l'être si la France était un pays libre, ils révèleraient que l'Etat n'est pas capable de garantir les droits naturels dans des lieux qui dépendent de sa seule autorité. Le très anodin violence scolaire a supplanté crimes et délits, quitte à ce que la syntaxe soit forcée : l'adjectif scolaire n'est plus un adjectif de relation, mais il équivaut à un complément de lieu. Ce n'est plus la violence de l'école, mais la violence à l'école.

Violence est un nom abstrait, au sens où il désigne une catégorie ou une qualité, non des actes, encore moins des crimes : « qualité de ce qui est violent », écrivent les académiciens (DAF de 1694 à 1879) et « qualité de ce qui agit avec force », écrit Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Personne ne voit, ni n'a vu la violence. Dans la réalité, ce dont témoignent les victimes, ce sont des délits et des crimes graves qui ne se commettent pas tout seuls, par magie, enchantement ou tour de passe-passe, mais qui ont des auteurs. Or, la fausse abstraction de violence scolaire escamote les criminels et les délinquants. De même, camps de travail, de rééducation ou de liberté cache des camps de la mort, lutte contre les parasites sociaux ou conquête de terres vierges transforme la déportation massive de peuples tout entiers en épopée nationale, justice sociale oint des saintes huiles du progrès l'extermination des classes nuisibles, luttes de libération nationale cache les purifications ethniques réussies. Violence exonère les criminels et les délinquants de leurs responsabilités. Inhérente à l'homme, le définissant depuis la nuit des temps, la violence est un fait de nature. Il est dans l'ordre des choses qu'elle s'exprime, quitte à ce que soient sacrifiés quelques malheureux. Les fabricants de NLF ne se rendent pas compte que, pour cacher ce qui ne leur agrée pas, ils recourent aux explications « naturelles » les plus réactionnaires qui aient jamais été avancées dans l'histoire de notre pays.

 

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