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24 février 2010

Tartufe

 

 

 

Le féminin de tartufe est Aubry

 

 

Le nom tartufe, que Molière écrit Tartuffe, est emprunté de l'italien tartufo, « truffe », attesté dans le sens « d'imposteur ». En français, il est en usage dès 1609, comme terme de mépris. A la suite du succès de la comédie de Molière, il signifie « hypocrite » : « Mot nouvellement introduit, pour dire un faux dévot, un hypocrite » (Dictionnaire de l'Académie française, 1694). Le grammairien du XVIIIe siècle, César Du Marsais, explique ainsi le succès de ce nom : « Molière a si bien peint ce caractère de l'hypocrite dans la personne de Tartufe, et a rendu ce caractère tellement propre à Tartufe que notre langue s'est trouvée enrichie de ce mot, et que Tartufe, nom propre, est devenu par figure un nom commun ; de sorte que l'on dit aujourd'hui d'un hypocrite et d'un faux dévot, c'est un tartufe », à la différence près que tartufe a d'abord été un nom commun (en 1609) et que Molière en a fait un nom propre.

Certes, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), tartufe, entendu au sens de « faux dévot », sort ou sortirait de l'usage : « Vieilli, familier, par référence au personnage qui donne son nom à la comédie de Molière, personnage qui, sous couvert de religion, affecte une dévotion et une vertu profondes, dans le but de séduire son entourage et d'en tirer profit ». Comme les dévots n'existent plus - et depuis longtemps -, il n'y a pas de raison que les faux dévots survivent à la disparition de leur modèle. En revanche, le sens « personnage pétri d'hypocrisie » et « hypocrite » reste très vivant.

Quoi qu'il en soit de cette antonomase, dans tous les dictionnaires, que ce soit dans les définitions ou dans les exemples, tartufe est relevé comme un nom de genre masculin : C'est un dangereux Tartufe, un vrai Tartufe. C'est un nom qui ne se met pas au féminin. Il n'y a même pas de tartufesse, ni de tartufiasse. Tartufe, donc, n'avait pas de féminin - ce qui est, objectivement, discriminatoire. Aujourd'hui, ce privilège est aboli. Tartufe désormais a un féminin : c'est Aubry. Voici pourquoi.

En latin, exclusio, du verbe excludere, « ne pas laisser entrer », « ne pas admettre », « faire sortir », « éloigner », « chasser », a pour sens « action d'éloigner ». Le nom exclusion est attesté dans la première moitié du XIVe siècle, mais il est très rarement employé jusqu'au XVIIe siècle. En 1662, La Rochefoucauld l'emploie dans le sens de « action de tenir quelqu'un à l'écart, de le repousser ». Longtemps, le mot n'a pas eu de sens social ou sociologique, malgré les apparences. Dans le Dictionnaire de l'Académie française (quatrième édition, 1762), il est défini ainsi : « déclaration par laquelle on exclut quelqu'un de quelque honneur, charge, dignité, prétention, assemblée, etc. ». A un lecteur moderne formaté à socialiser tout, cette exclusion semble sociale. Pourtant, ce n'est qu'un anachronisme dû à l'illusion rétrospective. L'exemple « il ne saurait être pape, car il a l'exclusion des couronnes » (les souverains s'opposent à ce qu'il soit élu pape) prouve que l'exclusion, au XVIIIe s, n'avait rien de social. Il en va de même au XIXe siècle. Littré illustre le sens « action d'exclure » par une phrase de Voltaire « je vous souhaite, dans votre retraite, des journées remplies, des amis qui pensent, l'exclusion des sots et une bonne santé » ou « Louis le Jeune ayant donné l'exclusion à un de ses sujets pour l'évêché de Bourges ». Les autres emplois appartient au domaine intellectuel, où exclusion signifie « incompatibilité » (entre deux hypothèses), « caractère exclusif » (de telle ou telle méthode) ou « mode de solution des problèmes fondé sur ce qu'on exclut successivement les inconnues ».

C'est au XXe siècle que le nom exclusion s'emploie pour désigner une réalité sociale. Dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1932-35), ce mot est défini, de façon assez vague, comme « l'action d'exclure » ou « le fait d'être exclu » : la définition, bénigne, peut s'appliquer à des actions ou des faits variés. En revanche, les exemples montrent l'emprise croissante du social dans le sens de ce mot : ainsi « exclusion injuste » et « cette exclusion ne s'appliqua d'abord qu'à quelques personnes, mais on l'étendit ensuite à beaucoup d'autres ». Dans la neuvième édition de ce même Dictionnaire (en cours de publication), exclusion n'a plus qu'un sens social, sauf dans la locution à l'exclusion de. C'est « l'action de renvoyer, de chasser quelqu'un d'un lieu, d'un corps, d'un groupe, d'une organisation » (« engager une procédure d'exclusion », « un élève menacé d'exclusion ») et, par extension, une « mise à l'écart » (« être victime d'une exclusion injustifiée »). Dans le Trésor de la Langue française, se célèbre l'assomption du social. L'exclusion y est définie comme « l'éviction de quelqu'un ou de quelque chose, d'un lieu où il avait primitivement accès, d'un groupe ou d'un ensemble auquel il appartenait » et aussi comme « l'interdiction à quelqu'un d'accéder dans un lieu ou à une position, procédé qui vise à tenir à l'écart quelqu'un ou quelque chose ».

 

Enfin, Aubry vint. Aubry, Ministre du Travail et x autres belles choses dans le gouvernement Jospin (1997-2002), a fait voter, outre la loi dite des 35 heures, une loi pour exclure l'exclusion, pour rendre l'exclusion hors-la-loi, pour la bannir définitivement et éternellement de France, pour la mettre à l'écart de la société - ce en quoi, on s'en doute, la loi n'a eu aucun effet, sinon de faire parler les ânes pendant vingt ans. La société étant un tout, il n'était plus toléré que des individus n'y fusionnassent pas. De tous les discours proférés par ceux qui, sans vergogne, ont forcé plus de deux millions de malheureux Français à quitter la France et à chercher refuge dans des pays plus accueillants, les envolées contre l'exclusion sont ce qu'il y a eu de plus cocasse au cours des trente dernières années. La preuve en a été donnée par la Tartuffe en personne - pardon par l'Aubry. A peine investie d'une responsabilité de chef au PS (autant dire chef de pas grand-chose), elle a violé la loi contre l'exclusion qu'elle a formée et fait voter en l'an 2000, en excluant du PS (autrement dit, de pas grand-chose) 59 militants ou élus qui se sont rendus coupables du délit de tronche pas socialiste.

 

 

 

Commentaires

Votre jeu de mots sur exclusion est tiré par les cheveux et bien peu convaincant. On vous a connu bien meilleur et moins bêtement polémique.

Écrit par : Samson | 27 février 2010

Félicitations pour votre site, grand merci pour ces astuces et notez que je partage cette opinion. Permettez-moi d'insister, votre site est excellent, je viens à l'instant de découvrir votre blog et l'ai complètement parcouru. PS : Ca fait du bien de vous lire, oui oui !

Écrit par : cheval | 05 juillet 2010

Lire ce propos en octobre fait sourire tant il y a à dire sur les tartufes de l'UMP ... à côté desquels la pauvre Martine a bien peu de choses à se reprocher.
Cet acharnement contre elle a cette fois, au moins, le mérite d'avoir suscité une dialectique hautement érudite.
Merci

Écrit par : piko | 05 novembre 2010

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