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03 mars 2010

Climatique

 

 

Climatique : l'imposture ?

 

 

Depuis un peu plus d'un siècle que cet adjectif a une existence attestée (fin du XIXe siècle), il est au cœur de polémiques sans fin. Aujourd'hui, c'est quand il se rapporte à des noms comme changement, bouleversement, réchauffement ou son contraire refroidissement, catastrophe(s), imposture, etc. que se déchaînent les bretteurs en furie : c'est modernes contre modernes, écolos vrais, mais tièdes contre écolos faux, mais chauds, climatologues contre géophysiciens ou géochimistes, sciences spéculatives contre sciences naturelles, démocratie associative contre associations démocratiques, médiatiques contre médiatiques, vigilants contre vigilants, lucides contre lucides, ceux qui savent contre ceux qui savent, savants contre savants, chercheurs contre chercheurs, scientifiques contre scientifiques, GIEC contre GIEC, etc. On s'en donne à cœur joie. C'est Montjoie que l'on crie en montant à l'assaut de la citadelle des ignorances...

Climatique est moderne en tout : par la science qu'il sue, par le peu de siècle qu'il compte (à peine cent vingt ans), par les polémiques dans lesquelles il est pris. De fait, la polémique y est consubstantielle ; elle commence dès que le besoin de dériver un adjectif du nom climat s'est fait sentir, c'est-à-dire dès que climat, qui signifiait jusque là, comme en grec, « inclinaison de la terre », puis « espace compris, sur la mappemonde et les cartes géographiques, entre deux cercles parallèles à l'équateur terrestre » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), a pris d'abord le sens de « région, pays, principalement eu égard à la température de l'air » (Dictionnaire de l'Académie française, 1798), puis le sens « d'ensemble des conditions atmosphériques » (Littré, op. cit. : « étendue de pays dans laquelle la température et les autres conditions de l'atmosphère sont partout à peu près identiques ; les climats se divisent, en chauds, de l'équateur au 30e ou 35e degré de latitude ; tempérés, du 30e ou 35e degré au 50e ou 55e ; froids, du 50e ou 55e au pôle ») et « ensemble des conditions atmosphériques et météorologiques d'un pays » (1932-35, huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française).

Un des premiers adjectifs dérivés de climat a été climatorial, que relève Littré (op. cit.) : « qui a rapport aux climats », ajoutant : « Ce mot est un barbarisme ; il n'y a rien dans climat qui puisse amener la terminaison orial, mise ici par imitation d'équatorial. Si l'on veut former un adjectif, il faut le tirer de climature qui existe et dire climatural, comme conjectural de conjecture ». Ni climatorial, ni climatural ne se sont acclimatés en français. D'autres linguistes et lexicographes ont essayé climatérique, attesté dès le XVIe siècle et signifiant (Littré, op. cit.) « qui appartient à un des âges de la vie regardés comme critiques » (les époques climatériques, an ou année climatérique, maladie climatérique). Littré met en garde ses lecteurs contre cet adjectif : « il ne faut pas, comme font quelques-uns, faire dériver ce mot de climat, ni dire influence climatérique pour influence de climat ». Pourtant, il est attesté dans ce sens dès 1812 et relevé, malgré Littré, dans le Dictionnaire de l'Académie française (huitième édition, 1932-35) suivi de cette définition : « climatérique ou plus rarement climatique, adjectif des deux genres, qui a rapport au climat » (les conditions climatériques d'un pays). Dans le Trésor de la langue française (1971-94), ces deux adjectifs ont chacun une entrée, dans laquelle ils sont définis ainsi : « relatif au climat », et illustrés, climatérique d'un extrait de Proudhon (1840 : « il faut que l'agriculture et l'industrie, les centres d'instruction, de commerce et d'entrepôt, soient distribués selon les conditions géographiques et climatériques de chaque pays, l'espèce des produits, le caractère et les talents naturels des habitants, etc. »), climatique d'un extrait d'Audiberti (1937 : « certaines circonstances climatiques, certaines conjonctures, morales, politiques, historiques, peuvent fort bien engendrer des sauterelles rouges ou des bêtes noires... »).

L'Académie française a décidé de publier une nouvelle édition de son dictionnaire, la neuvième, en 1992. Le premier fascicule est sorti en 1994. L'entrée consacrée à climatique a été rédigée dans ces années-là. Le sens « relatif au climat » est illustré de deux exemples : « des conditions climatiques favorables, et spécialement, une station climatique, dont le climat est réputé bénéfique pour la guérison de certaines maladies ». Dans les années 1990, il n'était pas encore question de bouleversement, réchauffement, imposture, catastrophes climatiques, mais seulement de météo parfois folle ou de spoutniks qui perturbaient le retour immuable des saisons. La polémique sur le bon adjectif à dériver de climat s'éteignait lentement faute de carburant, puisque climatique a triomphé de ses rivaux, et la polémique opposant savants modernes à modernes savants n'était pas encore allumée. Personne n'imaginait alors (c'était il y a vingt ans) qu'elle allait embraser les esprits.

 

 

 

 

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