Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 mars 2010

Connexion

 

 

Connexion, déconnexion ; connexité

 

 

Le deuxième de ces trois mots est attesté dans les années 1970 ; le premier, en revanche, est fort ancien. Emprunté du latin conexio, « lien, enchaînement », il est attesté dans la première moitié du XIVe siècle au sens de « fait d'être lié par un rapport avec une chose de même nature ». Nicole Oresme (1325-82) l'emploie, suivi du complément « des vertus ». Au XVe siècle, un nouveau venu : connexité, dérivé de l'adjectif connexe, attesté en 1414, entre en concurrence avec connexion, au point qu'ils sont parfois définis de la même manière. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) les tient pour équivalents et il ne retient qu'une seule entrée : connexité (« on dit aussi connexion : dépendance d'une chose de l'autre, ou la liaison qu'elles ont ensemble » ; il y a beaucoup de connexité entre la physique et la médecine ; les propositions d'Euclide ont tant de connexité ensemble que les dernières ne sauraient subsister sans les premières »). Connexité entre dans le Dictionnaire de l'Académie française dès la première édition (1694), alors que connexion n'est enregistré qu'à compter de la deuxième édition (1718) ; et la définition de l'un vaut aussi pour l'autre. En 1694, la connexité est la « liaison, la dépendance, par laquelle une chose a de la relation avec une autre » (il y a grande connexité entre la morale et la jurisprudence ; quelle connexité y a-t-il entre ces choses-là, entre ces affaires-là ?) ; en 1781, la connexion est la « liaison, la dépendance que de certaines choses ont les unes avec les autres » (la connexion que ces choses-là ont entre elles). Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) les définit dans une même entrée : la connexion est une « liaison » ou un « rapport » (« ces matières n'ont ensemble aucune connexion »), alors que la connexité est « ce par quoi une chose a rapport à une autre ».

Dans L'Encyclopédie (1751-64), Diderot tente de distinguer les deux mots. La connexion est dans l'esprit des sujets, la connexité est dans les choses mêmes : « (grammaire) le premier désigne la liaison intellectuelle des objets de notre méditation ; la connexité, la liaison que les qualités existantes dans les objets, indépendamment de nos réflexions, constituent entre ces objets. Ainsi il y aura connexion entre des abstraits et connexité entre des concrets ; et les qualités et les rapports qui font la connexité seront les fondements de la connexion ; sans quoi notre entendement mettrait dans les choses ce qui n'y est pas : vice opposé à la bonne dialectique ». Bof ! Pourquoi pas ? Diderot aurait pu rappeler que le nom connexion désigne un processus, tandis que connexité désigne une qualité qui est dans des réalités du monde. C'est l'explication qu'avance Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « ces deux termes, si voisins, se distinguent en ce que connexion, dérivant directement du radical qui est dans connectere, exprime l'action de lier et le résultat de cette action, et que connexité, dérivant de connexus, exprime la qualité d'être connexe ». Les académiciens ne relèvent pas d'autre sens de connexion que l'emploi « intellectuel » : « liaison que de certaines choses ont les unes avec les autres » (1798, cinquième édition : on ne voit pas la connexion de ces deux idées, de ces deux propositions ; il n'existe aucune connexion entre ces principes, ni entre les conséquences qu'on en tire), à la différence de Littré (DLF, 1863-77) qui ajoute au sens « intellectuel » l'emploi de connexion en anatomie, attesté dès 1546 (connexion des vertèbres) chez Estienne et, un peu plus tard, chez Paré : « La santé des parties organiques consiste en figure, magnitude, nombre, situation et connexion convenable de chacune partie » et « quant à leur connexion, il faut entendre que toutes les vertèbres ont chacune six connexions ». Selon Littré, connexion est un « terme d'anatomie comparée », qu'il définit ainsi : « principe des connexions, première règle de la méthode des analogues, qui consiste en ceci : que d'un animal à l'autre, l'organe analogue, s'il existe, rudimentaire ou complet, se trouvera partout avec les mêmes connexions et jamais transposé ».

Le sens moderne, celui de l'informatique et du réseau de réseaux ou toile, a eu un succès si vif qu'il en a occulté le sens anatomique et le sens intellectuel. Il apparaît dans la première moitié du XXe siècle quand la fée électricité est entrée dans toutes les maisons : « (électricité) liaison électrique entre deux ou plusieurs éléments conducteurs » (Trésor de la langue française, 1971-94), avec cette remarque (1973) « Mettre en connexion peut signifier : soit relier entre eux physiquement par câbles (les) deux appareils, soit, si cette liaison existe en permanence, envoyer d'un appareil sur l'autre, les tensions d'alimentation et/ou les signaux logiques qui en assurent le fonctionnement », le contraire étant déconnexion. La définition de la neuvième édition du DAF (en cours de publication) détonne par sa modestie, comparée à l'extension universelle des connexions : « liaison entre des conducteurs, des organes ou des machines » (mettre un récepteur en connexion avec un générateur), qui font de la Terre un village - un village, que dis-je ? : un hameau.

 

Les commentaires sont fermés.