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08 mars 2010

Fétiche

 

 

 

Fétiche est la forme portugaise de l'adjectif latin factitius, « factice ». Un fétiche est ou serait, d'après l'étymon latin, un objet factice. Le mot est attesté en français au début du XVIIe siècle et il entre dans le Dictionnaire de l'Académie française à compter de la quatrième édition (1762) : « nom qu'on donne aux différents objets du culte superstitieux des Nègres. Dans la Nigritie, chaque tribu, chaque lieu, chaque particulier se choisit une divinité tutélaire, parmi les arbres, les pierres, les animaux, etc. Ces espèces d'idoles s'appellent des fétiches ».

La définition qu'en donnent les encyclopédistes (1751-64), supposés progressistes ou éclairés, ne témoigne pas d'une ignorance moindre. Ils tiennent même le mot pour féminin : « (histoire moderne) nom que les peuples de Guinée en Afrique donnent à leurs divinités. Ils ont une fétiche pour toute une province, et des fétiches particulières pour chaque famille. Cette idole est un arbre, une tête de singe, un oiseau, ou quelque chose de semblable, suivant leur fantaisie ». D'une édition à l'autre du Dictionnaire de l'Académie française, la définition reste la même : « nom qu'on donne aux différents objets du culte superstitieux des Nègres » (1798) ; « nom qu'on donne aux objets du culte superstitieux des nègres » (1832-35, 1879), en dépit d'une meilleure connaissance des peuples d'Afrique. Même Littré l'éclairé partage l'obscurantisme des Lumières (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « objet naturel, animal divinisé, bois, pierre, idole grossière qu'adorent les nègres des côtes occidentales de l'Afrique et même de l'intérieur des terres jusqu'en Nubie ».

Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l'Académie française, la définition se dégage peu à peu de l'obscurantisme des origines : « nom qu'on donne aux objets chers aux peuples primitifs ou aux choses qui sont chez eux un objet de culte » (porter un fétiche au cou ; le culte des fétiches ; adjectivement, les arbres fétiches ; les pierres fétiches). Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) renoncent enfin, du moins pour ce qui est de fétiche, aux préjugés des Lumières : « objet, naturel ou façonné, considéré comme le support ou l'incarnation de puissances supra-humaines et, en tant que tel, doué de pouvoirs magiques dans certaines religions primitives » ; de même les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « nom donné à des objets naturels ou façonnés par l'homme, dans lesquels, selon certaines religions animistes, des esprits viennent temporairement résider et qui sont alors revêtus de pouvoirs magiques » (vénérer un fétiche).

Il est vrai que, au XXe siècle, les éclairés et les illuminés ont constaté qu'eux-mêmes ou leurs compatriotes civilisés aimaient les amulettes, porte-bonheur, gris-gris, etc. La définition de fétiche s'humanise : « objet auquel, même chez les peuples civilisés, certaines personnes attribuent une influence capable d'attirer la fortune ou de conjurer le mauvais sort » et « tout objet auquel on attribue avec superstition la propriété de porter bonheur » (DAF, 1932-35) ; « objet, animal auquel est attribuée une influence bénéfique ou protectrice par des personnes superstitieuses » et « personne, chose à laquelle on attribue des pouvoirs extraordinaires et/ou à laquelle on voue une admiration ou un respect exagéré » (Trésor de la langue française) ; « objet ou animal auquel est attribuée une influence bénéfique ou protectrice ; mascotte » (DAF, neuvième édition, en cours). Dans ces conditions, les choses étant ce qu'elles sont, il n'était plus possible de considérer les fétiches comme propres aux peuples primitifs vivant dans l'ignorance. De Gaulle, stupéfait, en fait le constat chez Roosevelt dont la table était « encombrée d'une multitude d'objets surprenants : souvenirs, insignes, fétiches-porte-bonheur » (1956). Il est vrai aussi qu'au XXe siècle, l'inconscient exploré se peuple de fétiches divers. Pour les psychanalystes, le fétiche est un « objet provoquant et satisfaisant les désirs sexuels chez le fétichiste ».

 

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