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15 mars 2010

Elimination

 

 

Une comparaison permettra aux lecteurs de se représenter la modernité d'élimination. La définition qui en est donnée dans la sixième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1832-35), où il entre pour la première fois, est si sommaire que l'on est en droit de penser que ce nom était d'un d'emploi rare : c'est « action d'éliminer ou état de ce qui est éliminé ». Dans la neuvième édition (en cours de publication), un siècle et demi plus tard, quatre sens sont distingués et dans chaque sens, des emplois différents. L'article qui y est consacré, rédigé à la fin des années 1990, est même plus long (ce qui n'arrive quasiment jamais dans ce dictionnaire) que le même article du Trésor de la langue française (1971-94), rédigé quelque vingt ans plus tôt. De cela, on peut inférer que l'élimination des déchets, des concurrents faibles, des animaux nuisibles, des hommes et même de peuples entiers, etc. fait une des essences de la modernité.

Dérivé du verbe éliminer, élimination est attesté en 1765 comme terme d'algèbre et défini ainsi dans cet emploi, un siècle plus tard : « terme d'algèbre, opération qui consiste, étant donné plusieurs inconnues et autant d'équations, à faire disparaître successivement ces inconnues, en les ramenant toutes à une dernière, laquelle, se déterminant par la dernière équation, conduit à la connaissance de toutes les autres » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). C'est au milieu du XIXe siècle qu'est attesté le sens « action d'écarter une personne » et que le mot est employé en physiologie, deux sens que Littré (op. cit.) relève : « procédé qu'on emploie dans les concours pour écarter les plus faibles des concurrents et concentrer le débat entre les plus forts » et « élimination des poisons, l'expulsion des poisons introduits dans le corps ».

Les dictionnaires modernes enregistrent ces emplois. Ainsi le Trésor de la langue française (op. cit.) distingue le sens physiologique ou médical (élimination des déchets, des substances toxiques, élimination rénale, etc.) de l'emploi usuel : « le fait d'éliminer, de faire disparaître », « en parlant d'une chose » (élimination de la souffrance, des ornements, des causes de guerre, de l'esclavage de l'homme, des inconnues en algèbre), et « en parlant d'une personne », en particulier dans l'enseignement : « trois modes d'élimination marquent donc les générations d'élèves : l'examen et le concours, l'inégalité sociale des niveaux culturels et l'orientation, l'auto-élimination ». Les académiciens sont plus exhaustifs que les lexicographes du TLF dans l'inventaire des horreurs nommées élimination. Les trois sens du TLF, dont celui-ci : « action de retrancher d'un ensemble, d'écarter d'un groupe » (élimination de pièces défectueuses, de dossiers incomplets ; élimination d'un tiers des candidats à l'issue d'une épreuve, d'un concours ; élimination d'un concurrent pour cause de retard, de tricherie), sont couronnés de l'emploi dans le vocabulaire des sports : « le fait d'être écarté d'une série d'épreuves, d'une compétition » (élimination d'une équipe par l'équipe adverse ; élimination en demi-finale), d'un emploi « au figuré » (raisonner, procéder par élimination, en écartant successivement diverses données ou hypothèses pour n'en garder qu'une, considérée comme la plus vraisemblable ou la plus rationnelle) et de ce sens « action de faire disparaître, de supprimer », éminemment moderne, surtout dans les exemples : « élimination de la corruption ; élimination d'une espèce animale ou végétale par sélection naturelle ; élimination de la presse d'opposition, et spécialement, élimination physique ou, elliptiquement, élimination, mise à mort, assassinat », comme dans l'exemple « l'élimination d'un chef de bande par son rival ».

A ces tableaux de chasse modernes, il manque quelques beaux trophées, tels l'élimination des nuisibles (êtres humains, pas insectes), l'élimination des « tarés » et des « fous », l'élimination (comprendre la liquidation) d'opposants politiques, l'élimination (massacre ou extermination) de peuples.

 

 

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