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16 mars 2010

Région

 

 

Les électeurs qui, dimanche dernier, ont glissé dans une urne un bulletin de vote et ceux qui répèteront ce geste dans cinq jours savent sans doute que les régions, définies comme des « territoires formant une unité administrative regroupant plusieurs départements », n'ont d'existence en France que depuis 1972 (« établissement public, créé par la loi du 5 juillet 1972, remplaçant la circonscription d'action régionale et la région de programme, et dont la mission est de promouvoir le développement économique et social de la région (on en compte 22) ») et que le renforcement de leurs pouvoirs date des lois de « décentralisation » de juillet 1983.

Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), les régions sont tout autre chose et n'ont rien d'administratif : « certaine étendue sur la terre, dans l'air ou dans le ciel. Sur la terre, c'est la même chose que contrée. Les astronomes divisent le ciel en régions ; l'air a trois régions, la moyenne, la haute et la basse ; les diverses régions de la terre (tempérées, méridionales, septentrionales, d'Afrique, d'Asie, etc. On dit aussi la région du feu pour dire la sphère du feu. Les médecins disent aussi la région du foie, de la rate, du cœur pour dire l'endroit du corps où est le foie et les parties voisines, l'endroit où est le cœur, etc. ». Ces sens, qui peuvent paraître étranges, viennent du latin, où regio a pour sens « direction, ligne droite », « ligne (dans la science des augures), zone (du ciel), horizon, limite », « au pluriel, limites, bornes, frontières », « région (de l'air ou de la terre), division, section », « pays, contrée, parage, endroit, territoire », « région, quartier (une des divisions municipales de Rome) », « au figuré, sphère, domaine, champ, carrière ». Région, attesté au début du XIIe siècle, conserve une partie des sens latins : « pays », « espace du ciel correspondant à chacun des signes du zodiaque », « chacune des différentes parties du ciel », « chacune des couches différentes de l'atmosphère », « champ où s'exerce une autorité », « partie du corps plus ou moins délimitée ».

L'article de la quatrième édition (1762) du DAF est plus précis que celui de la première, en particulier sur l'emploi du mot en philosophie : « à l'égard de l'air, les philosophes le divisent en trois régions, haute, moyenne et basse. La basse région est celle qui touche la terre et qui l'environne immédiatement. La moyenne région est celle qu'on suppose commencer au-dessus des plus hautes montagnes. Et La haute région est celle qu'on prétend qui va jusqu'au ciel de la Lune. A l'égard du ciel, les augures romains le divisaient en quatre régions, lorsqu'ils voulaient tirer des présages. Les anciens philosophes disaient la région du feu, pour dire la partie de l'air la plus élevée ». A ces belles choses, les académiciens ajoutent cette perle (DAF, 1835, sixième édition) : « région se dit figurément en parlant de la philosophie, des sciences, etc., et sert à désigner le degré qu'on y occupe, le point où l'on s'y élève » (il s'élance dans les hautes régions de la philosophie ; il se perd dans la région des hypothèses ; c'est un esprit spéculatif qui ne se plaît que dans les plus hautes régions ; la faiblesse ou la paresse de son esprit le retient dans les moyennes régions de la science, l'empêche de s'élever au-dessus de la moyenne région).

D'un dictionnaire à l'autre, les définitions s'amplifient. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) distingue neuf sens : « grande étendue de pays », « espace que présente le ciel », « terme de physique ancienne, hauteurs, couches différentes de l'atmosphère », « en parlant de la philosophie, des sciences, etc. degré, point où l'on s'élève », « régions élevées, hautes régions, se dit quelquefois, par une autre figure, des hauts rangs, rois, princes, etc. », « au figuré, il se dit de ce que l'on compare à une région », « il se dit des différentes parties de la surface visible de la lune », « terme d'anatomie, nom donné à des étendues circonscrites de la masse du corps ou de la surface des organes », « terme de musique, région du chalumeau se dit de l'octave basse de la clarinette ». Un siècle plus tard, dans le Trésor de la langue française (1971-94), le nombre des sens relevés est multiplié par 3. Dans la langue moderne, tout fait région, comme chez Rabelais tout faisait ventre.

Pour ce qui est du sens politique de région, il tient beaucoup de l'emploi du mot dans les bureaucraties militaires : région militaire, région maritime, région aérienne et dans les bureaucraties commerciales et d'affaires : région économique. Il est digne de ses ascendants.

 

 

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