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17 avril 2010

Mahométan (note blasplématoire)

 

 

Le moins que l'on puisse dire est que, si l'on se fonde sur une étude de leur langue, les Français au cours des siècles n'ont eu que faire (« rien à cirer ! ») du politiquement correct et sont toujours restés sourds aux oukases et intimations des inquisiteurs et autres « dominants », comme disent les scienceux du social. Il se pourrait que les choses soient en train de changer et que, leur insolence ou leur impertinence mise au placard, ils rentrent dans le rang. S'il n'est pas sûr que la soumission soit leur futur proche, des signes avant-coureurs et des prodromes de la fin d'une longue histoire existent bel et bien.

Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (en cours de publication depuis 1994), mahométan, adjectif et nom, n'est pas défini. L'entrée est suivie de ces seules remarques : « XVIe siècle, mahumétan (il est montré ci-dessous que le mot est largement antérieur au XVIe siècle), dérivé du nom de Mahomet et synonyme vieilli de musulman (voir aussi islamique) ». En 2004 ou en 2005, le mot est déclaré « vieilli », alors que, vingt ans auparavant, il était bien vivant, comme l'atteste l'article mahométan du Trésor de la langue française (1971-94 ; le tome 11, où se trouve cet article, ayant été publié en 1985), dans lequel il n'est nulle part fait référence à un quelconque vieillissement du mot, encore moins à sa désuétude : « (substantif) celui, celle qui professe la religion de Mahomet » (synonyme musulman » et « (adjectif) qui professe la religion de Mahomet ou religion musulmane » ou « qui est relatif à cette religion ou aux adeptes de celle-ci » (synonyme islamique). En 1985, le mot est jeune ; vingt ans plus tard, il est près de sortir de l'usage. La langue évolue vite certes, mais pas au point de rendre caduc en quelques mois un mot français, formé conformément aux plus anciennes règles de la langue (au nom Mahomet est ajouté le suffixe an, servant à former des adjectifs et des noms, comme de Perse est dérivé persan, de Padoue padouan, de Castille castillan, etc.) et qui est dans tous les dictionnaires depuis plus de trois siècles.

Voilà donc un mystère à élucider.

La première « erreur » des académiciens porte sur la date. Certes mahométan est attesté en 1538 sous la forme mahumetan, mais pendant les siècles antérieurs, il existait sous d'autres formes. Citons-en quelques-unes : « macommetiste (la secte macommetiste), machommetiste, mahommetois (« Un sarrazin mahommetois »), mahometique (« loy mahometique »), mahommeticien (« les mahommeticiens, sous leur amiral ou capitaine assiégèrent la cité de Constantinople »), mahumetiste (« ne tuerons-nous pas tous ces chiens turcs et mahumetistes ? », Rabelais), alcoraniste (« les Arabes et Mores du pays alcoraniste », Thévet), furcaniste (de furcan, nom donné au Coran par les Turcs : « ceux qui sont leurs frères en la religion furcaniste ou alcoraniste », Thévet), mahometiste (« les Sarrazins ou mahumetistes occupaient grands peuples, royaumes et villes »), mehemetiste (« les mehemetistes ont affranchi tous les esclaves de leur religion », Bodin). Le verbe mahometiser (« agir ou parler en mahométan ») et se mahometiser (« se faire mahométan ») a même été en usage, ainsi que le nom, dérivé de mahométan, mahométanisme (synonymes islam, islamisme, mahométisme), attesté chez Voltaire.

Cette longue liste, qui n'est peut-être pas complète, de formes anciennes ou de synonymes de mahométan, formes dont on peut supposer à leur emploi qu'elles sont insolentes et au sens peu amènes pour l'islam, serait aujourd'hui censurée et si les Français historiques revenaient parmi nous et continuassent à dire ce qu'ils ont toujours dit, ils seraient éternellement cloués au pilori de la honte bienpensante par les organes racistes de l'inquisition islamique. Aujourd'hui, Pascal ne pourrait pas écrire ce qu'il dit dans ses Pensées des mahométans : « ceux qui nous ont égalés aux bêtes, et les mahométans, qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, même dans l'éternité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences ? » et « la religion mahométane a pour fondement l'alcoran et Mahomet ; mais le prophète qui devait être la dernière attente du monde, a-t-il été prédit ? Et quelle marque a-t-il que n'ait aussi tout homme qui se voudra dire prophète ? » En un instant, il serait redekerisé ou vangoghisé et l'Etat s'en laverait les mains.

Comparés aux académiciens actuels, qui pourtant ont montré parfois, sur d'autres questions, qu'ils pouvaient mordre la ligne jaune, même devant les flics, timidement, pas beaucoup, d'un quart de pneu, les académiciens des siècles antérieurs sont des rebelles. Ils restituent la langue telle qu'elle est, sans prendre de gants. Un mahométan est « celui, celle qui professe la religion de Mahomet » et le mot « est aussi adjectif », comme dans la religion mahométane. Telle est la définition de ce mot de 1718 à 1932-35. D'une édition à l'autre, les exemples se multiplient : en 1835, c'est un dévot mahométan, épouser une mahométane, les mahométans font de fréquentes ablutions et les peuples mahométans, des tribus mahométanes, le culte mahométan, la religion mahométane, mais la définition reste inchangée pendant trois siècles. Barré (1842, Complément au DAF) et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ajoutent à l'emploi comme adjectif l'exemple année mahométane : « (chronologie) année lunaire qui commence à l'anniversaire de l'hégire et qui est tantôt de 354 jours et tantôt de 355 » (Barré et Littré), Barré ajoutant ce supplément encyclopédique : « les années mahométanes forment un cycle de trente ans, dont 19 caves et 11 pleines. Les pleines sont les 2e, 5e, 7e, 10e, 13e, 16e, 18e, 21e, 24e, 26e et 29e. L'an de l'hégire 1255 commence le 18 mars 1839 et finit le 4 mars 1840. L'année 1256 est la 19e du cycle  mahométan ».

Pourquoi les organes ont-ils décrété que mahométan serait vieilli et devait être remplacé par musulman, qui est moins ancien ? La raison est simple. Mahométan est un mot français, formé à partir du nom Mehmet donné par les Turcs à l'envoyé d'Allah ; musulman est le nom arabe muslim auquel a été ajoutée la terminaison « an » de la langue persane. Autrement dit, entre un mot français et un mot arabe, nous sommes sommés d'opter dorénavant pour le mot arabe. Il nous est fait obligation d'employer les mots des musulmans et non les nôtres pour désigner les sectateurs de la religion islamique. La pureté islamique de musulman est clairement exprimée par les lexicographes jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle. En effet, musulman est « le titre (et non le nom) que prennent les mahométans et qui signifie vrai croyant, qui met toute sa confiance en Dieu », pardon en Allah ; et, adjectivement, « dénomination qui s'étend à tout ce qui concerne leur religion » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762, 1798) ; « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes et qui signifie dans leur langue vrai fidèle, vrai croyant » et « il est aussi adjectif et se dit surtout de ce qui concerne la religion des mahométans » (DAF, 1832-35). Littré (op. cit.) renonce à employer titre dans la définition, mais il tient bien musulman pour un mot musulman : « nom que les mahométans se donnent » (« nom que se donnent les disciples de Mahomet et qui désigne les vrais croyants », DAF, huitième édition, 1932-35).

Dans le Trésor de la langue française (1971-94, op. cit.), la conformité islamique de musulman est effacée, ce qui rend possible qu'il puisse être rapidement substitué à mahométan. Un musulman est « un adepte de l'islam » et, quand ce nom est adjectif, il a pour sens « relatif ou conforme aux règles, aux coutumes, à la culture de l'Islam ou de la religion islamique ». Certes, le vernis bienpensant de la nouvelle définition est quelque peu écorné par cet extrait : « Les Arabes (...) étaient conquérants et missionnaires (...). Plus tard ce caractère a déterminé le tour fâcheux de la civilisation musulmane ; c'est (...) dans la confusion de l'autorité morale et de la force matérielle, que la tyrannie, qui paraît inhérente à cette civilisation, a pris naissance » (Guizot, 1828). C'est la seule tache. Il en va de même dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française (en cours de publication), où musulman n'est plus un « titre », ni un « nom » que se donnent les mahométans. Il a été naturalisé : « qui est relatif à l'islam, propre à l'islam, religion de Mahomet » et « qui professe la religion islamique ». La boucle est bouclée. Tout a été fait pour que mahométan puisse sortir de la langue, sans que quiconque s'en émeuve.

 

 

 

Commentaires

Lorsque nous parlons des religions, il s'agit de qualifier des croyances. Toute croyance religieuse se fonde sur un prédicateur historique. Il est donc rationnel et précis de qualifier une religion et la communauté de ses croyants par des mots dérivés du nom du prédicateur. Les sectateurs actuels de Jésus sont nommés chrétiens, à partir du surnom de christ(oint) donné à Jésus. Dans les faits tout se passe comme si Christ était le nom gentilice de Jésus, qui étant un prérégrin n en 'avait pas . Nous disons les chrétiens et le christianisme, les bouddhistes et le bouddhisme. Et évidement les mahométans et le mahométisme, et nous n'avons aucune obligation, tels des incultes à devoir faire une périphrase elliptique en arabe. Autant s'exprimer en français disant les soumis pour les croyants et la Soumission, quand nous parlons de la religion des soumis. Pour que ces qualifications elliptiques aient un sens, il faut que leur contexte ne prête à confusion.

Écrit par : Pierre DOYEN | 15 octobre 2012

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