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26 avril 2010

Momerie

 

Ce nom, qui est dans le Dictionnaire de l'Académie française depuis 1694 (première édition), est attesté au milieu du XVe siècle. Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) le définit ainsi : « bouffonneries, railleries, bons mots » et Furetière en 1690 (Dictionnaire universel) de cette manière : « mascarade, déguisement des gens masqués pour aller danser, jouer, ou autrement se réjouir ». Il ajoute que ce mot « se dit aussi figurément de l'hypocrisie, des déguisements qui font paraître les choses autrement qu'elles ne sont », comme dans ces exemples de son cru : « voilà un scélérat qui tient toujours des heures et des chapelets, mais c'est une pure momerie ; ces plaideurs sont d'intelligence; et quand ils invectivent l'un contre l'autre, c'est par une pure momerie, par une illusion à justice ».

Dans le Dictionnaire de l'Académie française, en 1694, le sens de « mascarade » est noté comme « vieux », le mot s'employant ordinairement au figuré, où « il se prend pour un déguisement de sentiments, qui fait faire au dehors un personnage tout différent de ce qu'on a dans le cœur », comme dans cet exemple : « cette femme paraît fort affligée de la mort de son mary, mais c'est une pure momerie ». Le mot, ajoutent les académiciens, « se dit aussi des choses concertées pour faire rire ou d'un jeu joué pour tromper quelqu'un agréablement », comme la momerie du mamamouchi dans Le Bourgeois gentilhomme (même définition en 1762, 1798, chez Féraud 1788, 1835 et 1879 : « ce mot est familier dans ses diverses acceptions » ; 1932-35). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relève les sens suivants : « mascarade » (« vieux en ce sens ») ; « chose concertée pour faire rire quelqu'un » (« vieux en ce sens ») ; « chose concertée pour tromper quelqu'un, mais avec teinte de ridicule » ; « cérémonie bizarre, ridicule » ; « figuré, affectation ridicule d'un sentiment qu'on n'a pas ». Dans l'article momerie du Trésor de la langue française (1971-94), ce que désigne ce mot est en relation avec la religion : « affectation outrée et hypocrite de sentiments que l'on n'éprouve pas » ; « pratique religieuse ridicule ou feinte » et « bigoterie qui s'attache à des pratiques outrées, superstitieuses ».

Ce n'est pas le sens de momerie qui soulève des difficultés, mais l'origine, jugée « incertaine » par les rédacteurs du TLF (op. cit.) : ou bien il est dérivé du verbe d'ancien français momer, qui avait pour sens « se masquer, faire des mascarades » ; ou bien il continue l'ancien mot mahumerie ou mahomerie, dérivé de Mahomet et qui est attesté dans l'ancienne langue française au sens de « mosquée », puis de « pratique religieuse des musulmans » et par extension de « pratique superstitieuse, idolâtrie ». Cette seconde étymologie, exposée par le philologue Charles du Cange (1610-88), est rapportée par Furetière (op. cit.) : « Du Cange croit que ce mot vient de mahomerie qu'on trouve dans le Sire de Joinville, qui signifie un temple de Mahomet et que les chrétiens ont dit par dérision des cris et cérémonies qui se font dans ces temples et qu'ils regardent comme ridicules ». Pourtant, Furetière n'est pas convaincu de la justesse de cette étymologie, bien qu'il ait conscience que momerie désigne aussi l'hypocrisie religieuse ou la fausse bigoterie : « il y a plus d'apparence (ce n'est qu'une apparence) qu'il vient de Momus, le bouffon des dieux du paganisme ». Littré ne prend pas parti. Il note que « Du Cange tire momerie de l'ancien français mahomerie, qui signifiait « mosquée », « pratique musulmane », et, par suite, pour des chrétiens, « chose ridicule », mais que le philologue allemand Diez (1794-1876) « le tire du germanique » (évidemment), puisqu'en allemand, mummen signifie « masquer ».

Les rédacteurs du TLF (op. cit.), on l'a vu ci-dessus, exposent les deux hypothèses sans prendre parti. C'est tout à leur honneur. En revanche, les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours) tranchent : ils écartent la seconde étymologie, blasphématoire depuis que l'installation d'innombrables colonies mahométanes a fait de l'islam la deuxième religion de France, en nombre de sectateurs : « probablement dérivé de l'ancien français mom(m)er, « se masquer, faire des mascarades », à rapprocher du nom du dieu grec Momos (Momus chez les Latins), divinité personnifiant la raillerie, qu'on représentait portant un masque ».

On espère seulement que le fait de momer (c'est-à-dire de « masquer ») la mahomerie de momerie n'est pas l'expression d'une lâche soumission aux lois de l'islam.

 

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