Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 avril 2010

Patois

 

Les problèmes que soulève ce mot sont de deux ordres : les premiers se rapportent à l'étymologie, les seconds aux valeurs de mépris que charrie patois.

Le mot est ancien. Il est attesté à la fin du XIIIe siècle pour désigner une langue que l'on ne comprend pas, langue qui n'était pas nécessairement régionale ou de paysans. Selon les spécialistes actuels d'étymologie, il serait dérivé du verbe patoier, lui-même dérivé du nom patte. Patoier, dans l'ancienne langue française, c'était « agiter les mains (les pattes antérieures) » ou « gesticuler » comme le font les sourds-muets quand ils tentent de se faire comprendre. Patois a donc signifié d'abord « gesticulation », puis « langage particulier » (babil des enfants, chant des oiseaux, langue rustique ou grossière). Or, longtemps, les philologues et érudits se sont accordés sur une autre étymologie. Selon Ménage (Dictionnaire étymologique de la langue française, 1650 et 1694), un patois « est proprement sermo patrius », mot à mot « le discours ancestral », c'est-à-dire la langue nationale. En vertu de cela, le patois de la France est le français. C'est l'hypothèse de La Curne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l'ancien langage français, premier volume publié en 1769) : « il dérive de patriensis, comme le prouvent les variantes du Trésor de Latini : selon le patrois des Français ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) accrédite la thèse de Ménage, qui regarde patois « comme dit pour patrois », c'est-à-dire « de la patrie », « patrois représentant le bas-latin patriensis, qui s'est dit pour homme du pays, indigène »... « On remarquera, dans la Chronique scandaleuse, patois avec le sens de « localité », « pays » ; ce qui concorde avec l'explication de patois par patrois. Le provençal a pati, pays. Dans le Midi on dit un patois, une patoise, pour un compatriote, une compatriote. Tout cela emporte la balance ; et il faut admettre que l'r (de patrois) a disparu ».

Cette étymologie est sans doute inexacte, mais elle s'accorde avec le sens plutôt positif qu'a eu longtemps patois, alors que l'étymologie moderne (de patoier et de patte, « gesticuler ») est en harmonie avec les sens négatifs qu'a acquis patois depuis quelques siècles.

 

En effet, longtemps patois a eu un sens neutre, comme le relève Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l'ancienne langue française... du IXe au XVe siècle, 1881-1902) : « pathoys, patrois, langage propre à un pays, à une race d'hommes, à une espèce d'animaux », lequel cite le philologue Bruneto Latini : « et si aucun demandait pourquoi ce livre est écrit en roman, selon le patois des Français, puisque nos sommes italiens, je dirais que c'est pour deux raisons » et un extrait du Roman de la Rose : « Lais d'amours et sonnets courtois / Chantait chacun en son patois, / Li uns en haut, li autre en bas ».

Pourtant, en dépit de ces emplois valorisants, pendant deux siècles et demi environ, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, dans les anciens dictionnaires, le mot patois a été relevé avec un seul sens péjoratif : « sorte de langage grossier d'un lieu particulier et qui est différent de celui dont parlent les honnêtes gens » (Richelet, 1680, Dictionnaire français des mots et des choses : « les provinciaux qui aiment la langue viennent à Paris pour se défaire de leur patois ») ; « langage corrompu et grossier, tel que celui du menu peuple, des paysans, et des enfants qui ne savent pas encore bien prononcer » (Furetière, 1690, Dictionnaire universel, qui rappelle le sens ancien de langue nationale, mais à propos des étrangers : « on le dit aussi des étrangers dont on n'entend point la langue ») ; « langage rustique, grossier, comme est celui d'un paysan ou du bas peuple » (DAF, 1694, 1718, 1740 : « on donne aussi quelquefois, par extension, le nom de patois à certaines façons de parler qui échappent aux gens de province souvent même quelque soin qu'ils prennent pour s'en défaire » ; 1762, 1798, 1835, 1879). Le sommet du mépris est atteint dans L'Encyclopédie (1751-64) de d'Alembert et Diderot, la Bible du progressisme et des Lumières (progressisme à rebours et Lumières blafardes, évidemment) : « (grammaire) langage corrompu tel qu'il se parle presque dans toutes les provinces : chacune a son patois ; ainsi nous avons le patois bourguignon, le patois normand, le patois champenois, le patois gascon, le patois provençal, etc. On ne parle la langue que dans la capitale. Je ne doute point qu'il n'en soit ainsi de toutes les langues vivantes et qu'il n'en fût ainsi de toutes les langues mortes. Qu'est-ce que les différents dialectes de la langue grecque, sinon les patois des différentes contrées de la Grèce ? » ; et, dans une moindre mesure, chez Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) : « le premier degré de corruption dans les langues, dit l'Abbé Girard, vient du défaut d'éducation ou d'un manque d'attention au bon usage. Le second, du mélange de l'ancienne avec la nouvelle façon de parler, qui a formé divers langages particuliers, qu'on nomme patois dont la connaissance peut servir à pénétrer dans l'origine des langues et des peuples. Tels sont le bas-breton, l'auvergnant, le provençal, etc. »

Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour lire des définitions un peu moins malveillantes, par exemple chez Littré (op. cit.) : « parler provincial qui, étant jadis un dialecte, a cessé d'être littérairement cultivé et qui n'est plus en usage que pour la conversation parmi les gens de la province, et particulièrement parmi les paysans et les ouvriers » et « par dénigrement, langue pauvre et grossière », comme dans cet extrait de Voltaire : « un reste de l'ancien patois (la langue gauloise) s'est encore conservé chez quelques rustres dans cette province de Galles, dans la Basse-Bretagne, dans quelques villages de France ». Dans la huitième édition du DAF (1932-35), le mépris pour ceux qui parlent le patois, évident dans les éditions des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, s'atténue, comme si la relative bienveillance de Littré avait déteint sur les académiciens : « variété d'un dialecte, idiome propre à une localité rurale ou à un groupe de localités rurales » et « par analogie, dans un sens péjoratif, langue pauvre et grossière, empreinte de rusticité ou de vulgarité ». Le premier sens est exposé objectivement et avec neutralité, comme dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « parfois péjoratif, parler essentiellement oral, pratiqué dans une localité ou un groupe de localités, principalement rurales ».

On comprend que les militants régionalistes, en Occitanie surtout, aient protesté contre le mépris dont a longtemps été accablée la langue des paysans. Mais ce mépris a disparu au XXe siècle, au moment justement où il a commencé à être dénoncé. Les militants ne sont pas en retard d'une guerre, mais de deux ou trois guerres : autant dire d'un siècle. De fait, il n'y a pas de raison objective (idéologique sans doute, mais idéologie n'est pas raison) pour que patois soit jeté aux oubliettes au profit de « langue », « dialecte », « parler », etc. Le mot est ancien. N'a-t-il pas signifié longtemps « langue de la patrie » ? Même si c'était la petite « patrie », le simple pays des pères, le sens dont le mot est porteur est admirable, d'autant plus que les paysans qui parlaient le patois, il y a quelques décennies encore, nommaient leur langue patois, sans jamais trouver à redire quoi que ce soit et sans éprouver le moindre ressentiment à l'égard de ce beau mot français. Les paysans n'ont peut-être pas toujours raison. Dans ce cas-ci, ils montrent la voie.

 

Commentaires

des nouvelles du Québec aussi très atteint

- déportation
http://qc.news.yahoo.com/s/27042010/3/regional-immigration-une-guineenne-enceinte-fait-face-la-deportation.html


---------------

vivat

----

Écrit par : @@ | 27 avril 2010

Adultère

Adultèrin

aduler
Obama : adultère ???

http://fr.news.yahoo.com/51/20100430/ten-scandale-barack-obama-au-coeur-de-mc-0111c6b.html

Rustre

Fruste

j'ai toujours tendance a dire et écrire
frustre , depuis l'enfance!

frustré

Écrit par : @@ | 30 avril 2010

Je fais des recherches sur ce mot "patois" et je sus arrivé aux mêmes conclusions.
Le sens péjoratif n'apparait qu'au cours du XVIe s. et se développe ensuite.
Mais la « guerre aux patois » de l'abbé Grégoire et de Barrère était une guerre contre la discrimination que la non possession du français imposait aux classes inférieures de la population, et donc à une vraie démocratie.
Au demeurant, jamais les paysans ne se sont révoltés contre le français, qui était le moyen de s'élever dans la société.
Alors qu'un homme comme Frédéric Mistral voulait que les cadets des familles restent à la ferme et parlent provençal, sans chercher à devenir des "messieurs" parlant français… Et même chose pour les filles, a fortiori.

Écrit par : Jean Lafitte | 30 novembre 2014

Les commentaires sont fermés.