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10 mai 2010

Mosquée

 

 

Le mot est attesté dès le XIVe siècle sous diverses formes, musquette, muscat, musquete, mesquite ou mesquitte, mousquaie, moscat, muscait, musquia, mosquette, empruntées pour certaines à l'italien moscheta ou meschita ; pour d'autres, à l'époque de la première Croisade et par l'intermédiaire du grec byzantin ou de l'arménien à l'arabe masgid. Ménage (1694, Dictionnaire étymologique de la langue française) en donne une origine presque exacte : « dans toutes les langues orientales, sagada signifie adorer. Et de là, l'arabe mesgid, qui signifie lieu d'adoration. Et c'est ainsi que les Arabes nomment leur temple. C'est aussi de ce mot que les Espagnols ont fait leur meschita, les Italiens, leur moscheta, et que nous avons fait mosquée ». Dans d'autres contextes, le lieu de culte des mahométans se nomme mahomie ou mahommie ou mahonnie.

Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) en fait, comme de nombreux lexicographes des siècles classiques, un édifice religieux des Turcs : « lieu où les Turcs s'assemblent pour prier Dieu et invoquer Mahomet, et qui est pour l'ordinaire superbement bâti et bien fondé » (exemples : « il y a des mosquées royales et des mosquées qui sont fondées par des particuliers. Les mosquées royales sont les plus magnifiques et les plus riches de toutes. Voyez Ricaut, Histoire de l'Empire ottoman, livre 2 »). Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), c'est un « terme de relations », relation, explique Furetière à l'article homonyme, « se disant plus particulièrement des aventures des voyageurs, des observations qu'ils font dans leurs voyages. Il y a un très grand nombre de livres de relations. On a inséré dans le présent ouvrage (id est dans le Dictionnaire universel) plusieurs termes de relations pour en faciliter l'intelligence aux lecteurs » ; on dirait aujourd'hui « terme de récit de voyage » ou « terme de voyageurs ». En 1690, le mot est exotique. Du moins, il apparaît ainsi aux meilleurs lexicographes. Furetière poursuit en ces termes : « c'est un temple des mahométans où ils vont faire leurs prières ». Les deux exemples cités illustrent, pour ce qui est du premier, la nature politique de l'islam (« la plupart des sultans ont fait bâtir des mosquées ») et, pour ce qui est du second, sa nature conquérante : « on a converti en mosquée l'Eglise de Sainte Sophie de Constantinople ».

Thomas Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences) décrit en ces termes le plan d'une mosquée type : « les mosquées, qui sont bâties ordinairement comme de grandes salles avec ailes, galeries et dômes, sont par dedans ornées de compartiments mêlés d'arabesques et de quelques passages de l'Alcoran qui sont peints contre les murs, avec un lavoir à côté qui a plusieurs robinets. Il y en a de royales, fondées par des empereurs, et d'autres par des muphtis et des grands vizirs ».

Les académiciens se contentent d'une définition sommaire : « lieu où les mahométans s'assemblent pour faire leurs prières » (DAF, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798 ; Féraud 1788). En revanche, dans l'exemple qui l'illustre, ils n'hésitent pas à énoncer les vérités historiques les plus cruelles, lesquelles sont prudemment occultées de nos jours (si elles ne l'étaient pas, il arriverait malheur aux imprudents) : les Turcs ont profané les plus belles églises de l'Asie et les ont converties en mosquées. A partir de la sixième édition (1835, 1879), la définition est légèrement amplifiée et les exemples adoucis : « temple du culte mahométan, édifice où les mahométans s'assemblent pour faire leurs prières » (exemples : les mosquées de Constantinople, du Caire, etc., sont de vastes et beaux édifices ; cette mosquée a six minarets ; les Turcs ont changé plusieurs églises en mosquées ; il y a, dans l'enceinte de cette mosquée, des écoles, des plantations, etc.) Les profanations ont disparu et les transformations des églises d'Asie en mosquées se sont raréfiées.  Dans les deux dernières éditions (1932-35 et neuvième, en cours de publication), il n'est plus fait allusion à ces transformations d'églises en mosquées. L'Empire ottoman, à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, est « l'homme malade de l'Europe », comme on disait alors, et, près de se disloquer, il n'est plus une menace pour personne, sauf pour les malheureux peuples qui vont vivre jusqu'en 1923 sous sa férule. Les lexicographes ne jugent plus nécessaire de rappeler les crimes passés.

Le point de vue de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) exprime la fin de la menace que les Turcs et l'islam ont longtemps fait peser sur les libertés des Européens de l'Ouest. Il complète la définition « temple des mahométans » d'une remarque d'ordre esthétique ou pittoresque : « on n'y voit ni autel, ni décoration, ni image ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94) comme dans la neuvième édition du DAF, la définition est réduite au minimum, « temple consacré au culte musulman » et « édifice sacré où les musulmans s'assemblent pour faire leurs prières », et elle n'est suivie d'aucun exemple ou citation qui attesterait la nature agressive ou conquérante de l'islam. Dans le DAF, mosquée est illustré de cet exemple : la mosquée de Paris.

En un peu plus d'un siècle, l'islam a perdu sa nature conquérante, guerrière, agressive et menaçante, mais dans les seuls articles de dictionnaires. La réalité est hélas bien différente.

 

Commentaires

"En revanche, dans l'exemple qui l'illustre, ils n'hésitent pas à énoncer les vérités historiques les plus cruelles, lesquelles sont prudemment occultées de nos jours (si elles ne l'étaient pas, il arriverait malheur aux imprudents) "
1) Votre article par son existence prouve la fausseté de cette occultation.
2) Pouvez-vous préciser la nature exacte du "malheur" encouru ?

Écrit par : chalmont | 10 mai 2010

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