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21 mai 2010

Minaret

 

 

 

 

Le mot est attesté en 1606 dans un récit de voyage en Orient (auteur, Palerne Forézien). Corneille l'enregistre (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694 : « Espèce de tourelle ronde, ou à pans, fort haute, et qui est menue comme une colonne. Elle s'élève par étages avec balcons en saillie et retraites, et c'est chez les mahométans comme un clocher mis près des mosquées, pour les appeler de là dans le temps qu'il faut prier »), mais il n'entre dans le Dictionnaire de l'Académie française qu'à compter de la quatrième édition (1762, 1798) : « Tour faite en forme de clocher, d'où l'on appelle chez les Turcs le peuple à la prière et d'où l'on annonce les heures » (comprendre : les heures des prières).

Comme beaucoup d'autres termes relatifs à la religion mahométane, minaret est tenu pour propre aux Turcs, parce que, aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette religion était illustrée par les Turcs qui occupaient une partie de l'Europe et menaçaient l'autre partie, encore libre. A partir de la sixième édition (1835), la référence aux Turcs disparaît : « Tour élevée auprès d'une mosquée et faite en forme de clocher, du haut de laquelle on appelle le peuple à la prière, et d'où l'on annonce les heures » (1835, 1879) et « Tour d'une mosquée, du haut de laquelle on invite le peuple à la prière, dans la religion musulmane, et d'où l'on annonce les heures » (1932-35). La définition de la neuvième édition (en cours de publication) est encore plus précise : « Tour d'une mosquée, d'une médersa du haut de laquelle les musulmans sont appelés à la prière par le muezzin », les académiciens ayant enfin compris la fonction réelle du minaret.

Deux siècles auparavant, les rédacteurs de L'Encyclopédie (1751-64, d'Alembert et Diderot) ont tenté de décrire assez précisément les minarets et d'en indiquer la fonction : « (Histoire moderne) tour ou clocher des mosquées chez les mahométans. Ces tours ont 3 ou 4 toises de diamètre dans leur base ; elles sont à plusieurs étages avec des balcons en saillie, sont couvertes de plomb avec une aiguille surmontée d'un croissant. Avant l'heure de la prière, les muezzins ou crieurs des mosquées montent dans ces minarets, et de dessus les balcons appellent le peuple à la prière en se tournant vers les quatre parties du monde, et finissant leur invitation par ces paroles : Venez, peuples, à la place de tranquillité & d'intégrité; venez à l'asile du salut. Ce signal, qu'ils nomment ezzan, se répète cinq fois le jour pour les prières qui demandent la présence du peuple dans les mosquées, et le vendredi on ajoute un sixième ezzan ». Barré (1842, Complément au DAF) s'attarde sur l'architecture et oublie la fonction ou la symbolique des minarets : « On ne doit entendre par le mot minaret que ces flèches élancées qui s'élèvent auprès des mosquées mahométanes  et qui sont ceintes à différentes hauteurs de balcons, orientés selon les quatre points cardinaux », fonction religieuse qui paraît à Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) mieux définir le minaret que la seule architecture : « Nom des tours des mosquées, d'où les imans avertissent le peuple du temps de la prière ». Cet équilibre entre architecture et fonction religieuse est assez bien respecté dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Tour généralement élancée, pourvue de galeries ou de balcons en saillie orientés selon les quatre points cardinaux, s'élevant à côté du dôme d'une mosquée, et du haut de laquelle le muezzin appelle les fidèles à la prière cinq fois par jour ».

Lors des débats, à la fois désordonnés et houleux, qu'a suscité la construction de minarets (ou l'interdiction de construire des minarets), il a rarement été fait état de la fonction des minarets. Les bien pensants ont glosé d'abondance sur l'architecture effilée de ces tours, sur les paysages urbains qui en seraient pittoresquement embellis, sur la diversité des cultures, etc. mais ils ont tu ou occulté soigneusement la nature des minarets, ce à quoi ils servent, quelle symbolique conquérante y donne sens, la volonté de leurs promoteurs de placer les appels à la prière au cœur des bruits urbains de l'Europe. Dans ce cas précis, les dictionnaires ont le mérite d'extraire le réel brut des gangues de mensonges dans lesquelles il est caché.

 

 

Commentaires

ouf , enfin un réseau internet sans aucun caractère latin !
une belle " charge historique " contre les caractères latins

celà plaira à mr Arouet
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'Historic' day as first non-Latin web addresses go live
BBCnew
Arab nations are leading a "historic" charge to make the world wide web live up to its name.



Net regulator Icann has switched on a system that allows full web addresses that contain no Latin characters.
Egypt, Saudi Arabia and the United Arab Emirates are the first countries to have so-called "country codes" written in Arabic scripts.
The move is the first step to allow web addresses in many scripts including Chinese, Thai and Tamil.
More than 20 countries have requested approval for international domains from the Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann).


It said the new domains were "available for use now" although it admitted there was still some work to do before they worked correctly for everyone. However, it said these were "mostly formalities".
Icann's senior director for internationalised domain names, Tina Dam, told BBC News that this has been "the most significant day" since the launch of the internet, adding that "it's been a very big day for Icann, more so for the three Arabic countries that were the first to be introduced".
Icann president Rod Beckstrom described the change as

Écrit par : @@ | 22 mai 2010

我等的就是这个!= je n'attendais que ça !

(pour le reste, tout le monde va bien ?)

Écrit par : P.A.R. | 25 mai 2010

Très heureux de lire à nouveau vos commentaires. Le monde ne va pas bien mais ALJ se porte comme un charme.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 25 mai 2010

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