Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31 mai 2010

Attitude

 

 

Attitude est un de ces mots de peintre, de sculpteur ou d'artiste qui, comme site, paysage, groupe, couleur locale, etc. se sont étendus, surtout au XIXe siècle, à d'autres domaines que l'art et ont été accaparés par les spécialistes en sciences de l'homme et de la société et par le show-biz (positive attitude).

Le mot est emprunté en 1637 de l'italien attitudine, attesté pour la première fois dans les Scritti scelti de Léonard de Vinci, et employé en français d'abord comme un terme de Beaux-arts au sens de « situation, position du corps » dans une lettre de Poussin. Dans le Dictionnaire français des mots et des choses (Richelet, 1680), il est défini ainsi : « Terme de peinture, l'action et la posture où l'on met les figures qu'on représente. Terme de dance, sorte de posture ». Furetière (Dictionnaire universel, 1690) reprend cette définition : « Terme de peinture et de sculpture, certaine disposition de figures d'un tableau ou l'action et la posture d'une statue » (exemple : « Ce peintre a un beau coloris, mais il n'est pas heureux à donner de belles attitudes à ses ouvrages »). Furetière ajoute : « Ce mot vient de l'italien attitudine ». Les autres lexicographes suivent cette voie : Ménage (Dictionnaire étymologique de la langue française, 1694 : « Terme de peinture et de sculpture, disposition de figure. De l'italien attitudine »), les académiciens (DAF, 1694 : « Action, posture des figures, soit dans la sculpture, soit dans la peinture » ; 1762 : « Situation, position du corps ; il se dit ordinairement en parlant de sculpture et de peinture » ; belle attitude, toutes les attitudes de ce tableau sont admirables, mettre un modèle dans une certaine attitude, le peindre dans une certaine attitude), les encyclopédistes (L'Encyclopédie, 1751-64 : « En terme de peinture et de sculpture, position ou action de figures en général : néanmoins il semble convenir particulièrement à celles qu'on a mises dans une position tranquille »).

A compter de la cinquième édition du DAF (1798), un sens figuré, qui n'a plus de lien avec la peinture, est glosé ainsi : « On dit figurément l'attitude du respect, de la crainte, de la menace, pour dire l'attitude qui exprime ces sentiments ou ces passions. On dit en ce sens que quelqu'un prend une certaine attitude imposante dans les occasions pour dire qu'il sait s'y faire respecter » ; la définition de la sixième édition (1835) est un peu plus ample : « Attitude se dit figurément de la situation dans laquelle on se trouve, on se maintient à l'égard de quelqu'un, des résolutions, des dispositions où l'on paraît être » (Il a gardé dans toute cette affaire une attitude ferme ; le gouvernement prit une attitude qui rassura les amis de la paix publique ; l'attitude calme de la nation déconcerta les agitateurs ; ce corps vénéré conserva la noble attitude dans laquelle il s'était placé ; la Russie prit une attitude fort inquiétante pour ses voisins ; l'attitude hostile, l'attitude menaçante de telle puissance, fait appréhender une prochaine rupture). Quelques années plus tard, dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré, le sens propre ou premier (« manière de tenir le corps ; cet acteur a de belles attitudes ; l'attitude du respect, de la soumission ») n'est plus mentionné comme propre à la peinture ou aux arts plastiques, tandis que le sens figuré est glosé par le seul synonyme disposition (« le gouvernement par son attitude a rassuré les amis de la paix »).

Au XXe siècle, le sens social ou psycho-social occupe de plus en plus de place dans les articles de dictionnaires, reléguant le sens premier, propre aux Beaux-arts dans des remarques ou dans un ou deux exemples. Les rédacteurs du TLF ont beau distinguer l'attitude de la posture, rien n'y fait. Sociologues et psycho-sociologues infligent de nouvelles blessures à la langue : (Trésor de la langue française, 1971-94) : « Disposition d'esprit, déterminée par l'expérience à l'égard d'une personne, d'un groupe social ou d'une chose abstraite (problème, idée, doctrine, etc.) et qui porte à agir de telle ou telle manière ». Pour les sociologues, c'est la « position de tel individu, membre de tel groupe, en face de tel problème collectif ». Les attitudes se « mesurent » à l'aide de questionnaires, échelles de notations, interviews, tests projectifs, etc. « L'enquête d'attitudes cherche à saisir les façons de réagir des individus vis-à-vis de tel problème alors que le sondage d'opinion ou Gallup s'efforce de percevoir ce que pensent les individus » (1968).

Rideau.

 

Les commentaires sont fermés.