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24 juin 2010

Magma

 

Magma est un mot latin qui désigne le résidu d’un parfum et qui est emprunté au grec, où il a pour sens « pâte pétrie » ou « onguent ». Il est attesté en 1694 dans le Dictionnaire des Arts et des Sciences de Thomas Corneille comme un « terme de pharmacie » : « Marc, lie des onguents et oignements » (du verbe oindre) ». Corneille ajoute que « ce mot est grec » et qu’il vient d’un verbe signifiant « exprimer, comme quand on exprime le suc d’une plante ». Les parfumeurs et pharmaciens y préfèrent les mots français fondrilles ou fondrée : « Les Grecs appellent magma la fondrée des compositions odorantes » (Du Pinet, 1566). Ce mot n’est dans aucune des huit éditions publiées (1694-1935) du Dictionnaire de l’Académie française, mais Littré l’enregistre (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) dans le sens qu’y a donné Corneille : « Terme de pharmacie et de chimie, marc ou matière épaisse qui reste après l’expression des parties les plus fluides d’une substance quelconque » (« terme dérivé d’un verbe grec traduit par pétrir »).

C’est en 1879 qu’il est employé comme terme de géologie : « masse originellement fondue, qui s’épanche grâce aux éruptions volcaniques et qui donne naissance aux roches cristallines » (Minéralogie micrographique, roches éruptives françaises) et c’est en 1883 qu’il est attesté dans le sens figuré de « mélange confus » chez Pierre Loti (Mon frère Yves).

Ces divers sens sont exposés dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « (Chimie), vieilli, rare au pluriel, résidu solide, pâteux ou visqueux, subsistant après l’expression, l’évaporation ou la centrifugation des parties fluides d’une substance » et « par extension, masse épaisse, agglomérat pâteux » ; « par analogie, ensemble confus d’éléments (personnes, animaux, objets) » (magma humain, de voitures, de ferraille) ; « au figuré, masse confuse, assemblage composite et inextricable d’idées, de sentiments » ; « (géologie) masse minérale pâteuse en fusion située à une très grande profondeur sous l’écorce terrestre et qui est à l’origine des roches éruptives selon certaines hypothèses » ; « (en volcanologie) masse silicatée en fusion, saturée d’éléments gazeux, qui se forme dans les zones profondes de l’écorce terrestre, dont les mouvements sont à l’origine en particulier des phénomènes volcaniques ».

Dans la neuvième édition (en cours de publication) du DAF, les académiciens distinguent, dans l’assez long article qu’ils consacrent à magma, comme pour se faire pardonner d’avoir méconnu ce mot pendant trois siècles, trois sens : en chimie, « substance épaisse et pâteuse qui reste après l’élimination des parties fluides d’un mélange quelconque » ; en géologie, « masse silicatée en fusion, de température très élevée, saturée d’éléments gazeux, qui se forme dans les zones profondes de l’écorce terrestre » ; « mélange confus d’éléments divers » (magma de pierres et de boue et au figuré magma d’idées incohérentes).

Jamais un mot n’aura été mieux à même de décrire les phénomènes que l’on observe dans la France contemporaine. Dans la réalité, tout est magma : le gouvernement, la politique, les partis, les idées, les 23 Bleus, Domenech, peut-être le président soi-même, etc. Mais le mot magma, banni de la langue actuelle, ne peut donc pas désigner ce qui est réellement magma.

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