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24 juillet 2010

La gauche n'est plus à Gauche

 

 

Ce titre doit être compris ainsi : les associations politiques que, par facilité ou habitude, on classe à gauche (avec un g minuscule) ont renoncé aux idées qui, depuis trois siècles environ, définissent la Gauche (avec un G majuscule). Parodiant l’hémistiche célèbre “ Rome n’est plus dans Rome ”, on dira, sans vouloir offusquer qui que ce soit, que “ la gauche n’est plus à Gauche ”. Depuis deux siècles au moins, être de Gauche, c’était prendre le parti des déshérités, faire primer l’intérêt général ou le bien public sur les intérêts privés ou corporatistes, ne pas se résigner à l’ordre naturel des choses. Désormais, être de gauche, c’est faire cyniquement les choix inverses. La gauche ne se soucie plus des gens de peu. Les ouvriers, les chômeurs, les employés, les paysans, les exclus, en bref tous qui sont dits ou qui pourraient être dits exploités, pauvres, laissés pour compte, désormais désertent les bureaux de vote lors des élections à enjeu national ou bien ils accordent, par dépit plus que par conviction, leurs suffrages au Front national, alors que, il y a vingt-cinq ans, une majorité d’entre eux votait pour les partis de gauche (socialiste, communiste ou gauchistes). La gauche n’a pas le monopole du cœur, si tant est qu’elle l’ait jamais eu, puisque, pendant les vingt années, de 1981 à 2002, durant lesquelles elle a gouverné, le pouvoir d’achat du salaire ouvrier moyen a stagné, alors qu’il avait crû de 60% entre 1960 et 1980, quand la “ droite ” était aux affaires. La gauche ne se soucie plus de l’intérêt général. En 1685, quand Louis XIV a décidé d’annuler l’Edit de Nantes, près de deux cent mille artisans, paysans, marchands, médecins, petits industriels, dont le seul crime était de « protester » ou, comme on disait alors, d’être de la RPR ou Religion Prétendument Réformée, se sont exilés. Pendant trois siècles, les écrivains, les penseurs, les hommes politiques fidèles à la Gauche ont jugé, à l’instar de Voltaire et à juste titre, que cette révocation avait été la pire des catastrophes que la France ait connues depuis qu’elle existe. Or, pendant les vingt années que la gauche a exercé le pouvoir, près de deux millions de Français ont été contraints aussi de s’exiler, pour échapper au chômage ou parce qu’ils jugeaient que l’augmentation des prélèvements obligatoires, décidée après 1981, les incitait à exercer leurs talents sous des cieux plus cléments. La Révocation a été précédée entre 1679 et 1685 de décisions économiques dont l’objectif, identique en cela à la politique de la gauche actuelle, était d’empêcher des catégories données de la population de travailler et de prospérer. Aujourd'hui, la religion n'est plus ce qu'elle était jadis : dans ce rôle, l'économie l'a remplacée. Apparaît une réalité détestable mais éloquente, à savoir que la gauche a contraint à l’exil dix fois plus de Français que ne l’avaient fait les très honnis Mme de Maintenon, Louvois et Louis XIV. Ce qui aggrave la catastrophe, c’est que les émigrés actuels font profiter de leurs mérites ou de leurs capitaux la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, la Suisse, la Belgique, l'Australie, etc. tandis que la saignée humaine est compensée par l’arrivée massive d’ayant droits analphabètes ou simplement cupides venus de tous les horizons du tiers monde. L’échange inégal, c’est la France qui, plus que tout autre pays au monde, en pâtit. Pour la première fois de notre histoire, des hommes politiques ont remplacé, subrepticement ou, pis, sans en prendre conscience, des générations de jeunes autochtones bien formés, instruits, dynamiques, désireux de produire des biens et des services ou de contribuer à la création de richesses, par des fantômes déboussolés dont l’instruction est proche de zéro et la volonté de s’agréger à une démocratie, solidaire et développée, encore plus faible. La gauche ne se soucie pas de s’opposer au nouvel ordre des choses, même s'il est inhumain. Elle a beau invoquer, de plus en plus discrètement d’ailleurs, 1792, la “ levée en masse ”, Valmy, les volontaires de l’An II, elle a renoncé à résister. Déjà en juin 1940, elle avait montré un visage hideux, quand les partis qui s’en réclament avaient préféré s'asservir à un ordre inhumain plutôt que de continuer la guerre pour rétablir la souveraineté de leur pays et rendre aux Français les libertés abolies.

La réalité qu’on ne veut pas voir, bien qu’elle crève les yeux, est que la gauche n’est plus à Gauche. Elle s’est délestée de ce qui la légitime, pour se convertir à des idées hostiles aux Lumières ou à la Déclaration de 1789, soit qu’elles viennent de la “ réaction ” ou même de l’extrême droite, comme la critique du savoir et la défiance à l’égard du libre examen, soit qu’elles s’enfoncent dans le passé archaïque de l’Europe, telles le mépris des nations, la fascination pour les communautés et la croyance dans la fin de l’histoire, comme si, désormais, la gauche était convaincue que la France n’avait rien à apporter aux Français et rien à dire aux autres hommes, sinon que, grâce à l’AME ou Aide Médicale d’Etat, ils ont le “ droit ” de s’y faire soigner sans limites, sans contrepartie et sans contribuer de quelque manière que ce soit aux abyssales dépenses que ces soins entraînent.

 

 

Le savoir qui éclaire et qui émancipe, celui qui s’est épanoui au XVIIIe siècle dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, ou au début du XIXe siècle, dans La Description de l’Egypte, a donné une méthode, qui consiste à établir les faits et à s’assurer que les faits sont bien tels qu’on dit qu’ils sont, et grâce à laquelle il est possible d’atteindre sinon la Vérité, du moins des fragments fragiles et partiels de vérité. Les croyances, les opinions, la foi, tout honorables qu’elles sont, s’effacent devant les faits, lesquels sont soumis à un examen raisonné. C’est ainsi que Montesquieu, Voltaire, Diderot, d’Alembert, Fontenelle, etc. ont procédé. Or, la gauche a renoncé au libre examen. Au grand dam de Raymond Aron ou de Jean-François Revel, elle a cru qu’il était de son devoir de s’en dispenser, tout en exigeant de la droite qu’elle s’y plie. En effet, le seul exercice de la raison l’aurait amenée à critiquer les principes, qu’elle juge stupidement parfaits, du marxisme et à reconnaître l’action criminelle des partis qui ont imposé par la force la prétendue “ socialisation des moyens de production et d’échange ”, id est qui ont fait main basse sur les richesses d’un pays à leur seul profit et au détriment des peuples. En niant les faits qui sapaient la croyance marxiste, la gauche a renié Montesquieu, Voltaire, Diderot ou d’Alembert.

Ce qui caractérise la gauche, c’est au mieux la méfiance du savoir, au nom du relativisme généralisé ou de l’égale dignité des cultures, au pis les procès qu’elle intente à la connaissance, si celle-ci est occidentale ou d’origine occidentale. Orientale ou africaine ou asiatique ou lapone, quelle qu’elle soit, même si elle est magie ou superstition, elle est louée sur le ton onctueux des dévots. Dans les années 1960, les thèses léninistes ou maoïstes, de Bourdieu, de Foucault, des déconstructeurs, ont submergé la gauche. Pour la gauche désormais, le savoir se confond avec le pouvoir. Il aurait même incité les Allemands à participer, entre 1933 et 1945, aux crimes sans nom du socialisme national et il aurait été hitlérien sans scrupule ni remords. Longtemps, la gauche a cru que la science, source de Vérité absolue, ferait progresser l’homme dans la voie de la Vertu et que, si elle brûlait du charbon marxiste, la locomotive du progrès conduirait l’humanité au terminus de l’utopie sociale. Bien entendu, il n’en a rien été. La science n’a pas produit d’homme nouveau, elle n’a pas régénéré l’humanité, elle n’a pas créé de société parfaite. Ses effets, qui ont été réels, sont plus modestes. Grâce à elle, les conditions matérielles de vie ont été améliorées, les travaux de force pénibles ou dangereux ont été assurés par des machines, l’espérance moyenne de vie à la naissance a doublé ou triplé, les grandes maladies ont été maîtrisées, les famines éradiquées : ce n’est pas rien. De la religion de la science - ou scientisme absurde -, la gauche s’est, semble-t-il, guérie, mais par le ressentiment, qui est le pire des remèdes. Chez elle, le mépris de la science, qui était propre jusque dans les années 1920-1950 à l’obscurantisme ou au dogmatisme religieux, a remplacé la confiance aveugle dans les vertus de la science. Non seulement la gauche se défie désormais de la science, mais même, poussant le ressentiment jusqu’à ses limites extrêmes, elle en freine, depuis qu’elle dirige seule, sans opposition, le Ministère de l’Education nationale, la diffusion et l’enseignement.

 

 

Depuis plus d’un siècle, la gauche se détourne de la nation, quelque définition que l’on donne à nation, sous le prétexte que la nation générerait le nationalisme, que le nationalisme serait facteur de guerres et qu’il aurait produit le nazisme ou le national socialisme, qui aurait dû être dit socialisme national, si le nom allemand Nationalsocialismus avait été correctement traduit. Pourtant, dans l’histoire de France, la nation n’a rien produit de haïssable ; elle n’a causé aucun crime de masse ; elle n’a pas suscité la xénophobie ; elle a toujours accueilli avec générosité les étrangers et les persécutés. Les fruits que la nation a donnés sont la démocratie et l’égalité des citoyens devant la loi et “ en droit ”. En France, la nation est le corps politique qui réunit les citoyens, id est les Français majeurs qui jouissent de leurs droits civiques, et qui fait de ceux qui s’y agrègent des citoyens. Dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’article 3 pose que “ le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation ” et que “ nul corps et nulle autorité ” ne peuvent exercer la souveraineté, s’ils n’émanent pas “ expressément ” de la nation. Le principe est clair et admirable. Les citoyens sont à la fois les dépositaires et les garants de la souveraineté de la France, entendue comme Etat et comme entité politique. C’est d’eux seuls que la loi émane. Or, à la nation ainsi conçue et même contre la nation, la gauche a opposé d’abord l’internationalisme prolétarien, dont on sait dans quels abîmes il a plongé les malheureux peuples qui s’y sont abandonnés ou que leurs dirigeants ont forcés à s’y perdre, puis, dans les années 1970, la “ démocratie associative ”, qui consiste à détourner la souveraineté de tous au seul bénéfice d’associations lucratives sans but et sans autres adhérents que des permanents experts en agit prop.

Ce qu’ont été l’URSS et la Chine, à savoir deux empires coloniaux cimentés par la haine des nations, et les textes oubliés ou méconnus de Marx, Engels, Bernard Shaw et de tous les fondateurs de socialisme, réunis et commentés par Georges Wilson dans La Littérature oubliée du socialisme (Nil éditions, 1999), montrent que la haine de la nation a été, à gauche, chez les marxistes et les léninistes un moteur aussi efficace que la haine des juifs et du christianisme chez les “ nazis ” pour commettre des crimes horribles. De ses longs séjours dans les camps soviétiques, Jacques Rossi a tiré un ouvrage admirable, Le Manuel du Goulag (écrit en russe, traduit d’abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 aux éditions du Cherche Midi), dans lequel il passe au crible du libre examen les idées, les lois, les faits qu’il a observés en URSS. Dans les glaces de Sibérie, il a constaté que la TFT, prononcée “ toufta ”, la langue nouvelle du communisme, servait essentiellement à dissimuler les réalités atroces, comme l’atteste les mots nationalistes bourgeois ou Finlandais blanc : “ Dès le lendemain du coup d’Etat bolchevique de 1917, on trouve dans les prisons et dans les camps des gens condamnés pour “ nationalisme bourgeois ”. Si au début il y a parmi les coupables des Russes de “ race pure ”, à partir du début des années 1920, on ne rencontre plus parmi eux que des non russes. L’auteur, qui a connu des dizaines d’établissements pénitentiaires soviétiques de 1937 à 1958, n’a jamais rencontré de Russe avec ce chef d’accusation. En revanche, le nombre de nationalistes bourgeois non russes n’a cessé d’augmenter ”.

Pour la gauche, croire dans la nation est un crime. Le chef d’inculpation nationaliste bourgeois opposé aux Finlandais, Baltes, Ukrainiens, Polonais, à tous les peuples de l’empire soviétique, qui ont refusé que la nation où ils vivaient heureux soit rayée de la carte, révèle le mépris sans limites dans lequel la gauche tient la nation. Quant au terme de Finlandais blanc, il “ apparaît, écrit Jacques Rossi, lors de la tentative d’annexion de la Finlande par l’URSS en 1917-1918, et réapparaît en 1939, au moment de l’agression de la Finlande par les Soviétiques ”. Autrement dit, défendre son pays occupé est un crime bourgeois, selon les partisans de cet internationalisme prolétarien dont la gauche a fait un horizon indépassable. Dans la réalité des choses, ce que Marx, Mao, Lénine, Pol Pot, etc. ont nommé socialisme a consisté à ressusciter ce qui se trouve aux antipodes de la nation et qui est son contraire absolu, à savoir les communautés archaïques, villageoises, ethniques ou urbaines, que les Lumières et le développement scientifique ont ébranlées tout au long du XIXe siècle, comme, en Allemagne, le socialisme national a tenté de retrouver l’énergie pure et originelle des peuples primitifs d’Europe (aryens, celtes, ligures) que le christianisme et le judéo-christianisme, en faisant de l’amour ou de la compassion les fondements de civilisations nouvelles, auraient affadie. En rejetant la nation, la gauche rend caduc l’article 2 de la Déclaration de 1789, lequel pose que  “ le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ”. A gauche, désormais, propriété, liberté, sûreté (id est sécurité), résistance à l’oppression sont des mots tabous, dont la disparition dans les discours politiques montre à quel point la gauche s’est éloignée de ce qui, en théorie, est la Gauche.

 

 

La laïcité différencie et discrimine. Elle sépare ce qui relève de la vie privée des citoyens, et qui ne regarde qu’eux, de ce qui appartient à l’espace public, où la neutralité est la règle absolue. Les Français ne sont citoyens que dans l’espace public que forment l’Etat, les services publics, l’école, le savoir, la connaissance. Chez eux ou dans les lieux privés, familles, clubs, associations, églises, etc. ils sont qui ils veulent. Dans l’espace public, il leur incombe, non pas de renoncer à leur identité, mais de la reléguer au second plan. La laïcité est liée au savoir qui émancipe et à la nation qui libère. L’école est une institution d’instruction publique. Là, les élèves sont formés aux savoirs élémentaires et initiés à la liberté de l’esprit. C’est pourquoi toute école, même si elle est privée, est laïque, quand elle a pour objectif d’instruire, et que l’école “ de gauche ”, qui s’est défroquée de sa mission, ne l’est pas. De même, à partir du moment où la nation se substitue comme corps politique aux communautés, elle fait de la laïcité sa règle fondamentale. Un citoyen peut l’intégrer, quelque croyance qu’il professe ou qu’il ne professe pas. Il lui incombe seulement de déposer au vestiaire ce qu’il est avant d’exercer ses droits et ses devoirs de citoyen.

La rupture avec la laïcité est ancienne. A partir de la fin des années 1950, les aspirants révolutionnaires ont dispensé des enseignements “ engagés ”. Ils étaient restés cois entre 1940 et 1944, préférant la servitude à la guerre, ils ont rattrapé le temps perdu en chantant les vertus de l’URSS, quitte à présenter comme vraies des statistiques truquées ou à diffuser de grossiers mensonges. Le devoir de réserve était violé, le savoir bafoué, l’instruction niée, les manuels d’histoire géographie en usage dans les collèges et les lycées, avalisés par les autorités, incitaient à l’obscurantisme. A l’URSS, puis aux pays satellites et au tiers monde, a été octroyé le statut d’intouchable. Jospin a amplifié le désastre. L’article 10 de sa loi, votée en 1989, incite les élèves à exprimer leurs préférences culturelles ou politiques dans l’enceinte de l’école, afin de favoriser l’embrigadement des tièdes par les militants socialistes, communistes, gauchistes de la FIDEL. Forteresse de la gauche, l’école a été politisée au détriment de la connaissance, de la laïcité, du savoir, de la France.

La laïcité malade agonise sous l’effet de l’admiration aveugle que la gauche voue à l’islam. La gauche enseignante (FCPE, Ligue de l’enseignement, LCR, JCR, PCF) bouffait du curé ; aujourd’hui, elle encense les imams. Elle a mué son athéisme intégral en intégrisme dévot, comme l’atteste l’émergence d’un front islamogauchiste. Ce revirement, outre qu’il donne le coup de grâce à la laïcité agonisante, substitue à la civilisation un paradigme qui n’a produit que “ ruine et deuil ” (Victor Hugo, Les Orientales) au Pakistan, en Arabie, au Proche Orient, dans les Balkans, au Soudan, dans les pays du Maghreb. Le christianisme laisse les hommes être des hommes. Là où il s’est diffusé, des sociétés vivables et tolérantes se sont formées. A l’opposé, là où l’islam s’est répandu par la violence, la guerre, les massacres de masse, les anciennes sociétés se sont transformées en champs de ruines et les lumières des civilisations, égyptienne, assyrienne, chaldéenne, byzantine, perse, les plus brillantes que l’humanité ait façonnées, se sont éteintes. Là où Allah est tout et où tout est Allah, la connaissance, la civilisation, la liberté de conscience, l’égalité en droit, tout ce qui fait la Gauche depuis des siècles est aboli. Et c’est dans cette non histoire ou anti-histoire tragique que la gauche aveugle, reniant Hugo, Voltaire, Rousseau, Diderot, le libre examen, la laïcité, veut faire basculer la France.

 

 

Pour la gauche, l’histoire est finie. Un nouvel homme est apparu, qui vit dans un présent éternel et dans un espace sans bornes, ni limites, ni frontières, ni passé. La Gauche croyait dans l’histoire, la gauche n’y croit plus. Elle qui s’est nourrie de Michelet, elle dont les ancêtres, qui connaissaient mieux la République romaine que la France, ont renoué en 1789 avec l’héroïsme des Caton ou des Brutus, elle a cru à tort, sous l’influence délétère de Marx et d’Hegel, que l’histoire avait un sens, c’est-à-dire une direction où les hommes devaient s’engager pour construire une société sans classe et débarrasser le monde de l’exploitation de l’homme par l’homme. L’abîme où a sombré le communisme réel et la chute du Mur de Berlin ont dissipé les illusions. Une nouvelle fois, la vénération aveugle s’est muée en un ressentiment, encore plus aveugle, dont l’histoire est la cible désormais. Aux travailleurs qu’elle condamne à ne plus rien produire et qu’elle transforme en guides de musées de l’industrie, la gauche préfère désormais les nantis du showbiz, de la pub, de la com, les rebelles de la subversion officielle, les bobos, dont la seule exigence est que les choses restent en l’état ou mieux qu’elles empirent.

Pour prendre la mesure de ce renversement, il convient de rappeler que l’histoire, ce n’est pas seulement les batailles ou la formation d’un Etat ou les mentalités, c’est aussi le travail. C’est en travaillant, en modifiant ou en transformant ce qui est, que l’homme fait l’histoire. Les sociétés primitives étaient hors de l’histoire, parce que les hommes se contentaient de prélever, par la chasse, la pêche, la cueillette, les protéines, les lipides ou les glucides dont ils avaient besoin pour vivre. En détruisant ce qui est, le travail crée du négatif, de la critique, des ruptures. Moteur de l’histoire, il est, chez les hommes, la source de la conscience historique. C’est parce qu’elle a renoncé à l’histoire que la gauche s’est convertie à la thèse écologiste de la nocivité de l’activité humaine. Pour hâter la fin du travail, elle a inventé la semaine de trente-cinq heures, les RTT, le revenu déconnecté du travail, les loisirs comme horizon indépassable, la fête permanente, et elle remet au goût du jour, sous la forme du RMI et du foot, les panem et circenses de l’Empire romain décadent. Le travail qui libère est accusé d’asservir les hommes, comme le dit le slogan de gauche et stupide “ métro, boulot, dodo ”. Pour que ne soient plus produits ni biens, ni services, il a été surtaxé, l’objectif étant de transformer la France en bronze-culs pour Européens oisifs ou en Disneyland figé pour touristes du monde entier. Le travail aboli, commence la fête permanente. En 1989, Fukuyama annonçait le triomphe planétaire de la démocratie libérale, à laquelle il semblait que rien ne pouvait plus s’opposer. La gauche n’est pas loin de partager cette thèse, bien qu’elle se déclare hostile à la mondialisation, grimaces d’hypocrites, puisqu’elle appelle de ses voeux la fin des nations et qu’elle met tout en œuvre, dès qu’elle exerce le pouvoir, pour que la mondialisation advienne.

L’histoire, c’est aussi le processus de civilisation, c’est-à-dire la volonté farouche de distinguer les sexes, d’établir des bornes morales ou légales pour que l’humanité ne retombe pas dans l’animalité, d’où elle a mis tant de temps à s’extraire, et que la nature n’efface pas la culture. Pour la gauche, le passé n’existe plus. Seul surnage ce qui est source de procès sans fin ou de repentances publiques. Sous peu, elle intentera un procès à Louis XIV, parce qu’il portait une perruque. La civilisation se reconnaît à la solidarité entre les générations. La gauche met fin à cette vieillerie, en mariant des personnes du même sexe ou en faisant supporter aux générations futures des dettes colossales, pour que sa seule clientèle électorale jouisse sans entrave ou dépense sans compter. L’histoire, c’est aussi le mal. A la fin des années 1960, la gauche a décidé que la France et l’Europe seraient l’Empire du Bien. Le Mal est terrassé, sinon dans la réalité, du moins dans le grand discours moderne qui tient lieu de réel. Seuls sont coupables nos ancêtres ou la société ou de rares Français déclarés ringards parce qu’ils restent fidèles à l’histoire. Désormais, les hommes, quoi qu’ils fassent, sont innocents. Qu’ils jouissent sans entrave, qu’ils satisfassent leurs pulsions, qu’ils se laissent guider par le principe de plaisir, qu’ils jettent aux orties le principe de réalité ! Dutroux, Emile Louis, Paulin, Fourniret, Bodein ont montré la voie en se libérant des interdits, qui auraient étouffé nos ancêtres dans une géhenne constante. Toute transcendance, quelle qu’elle soit, est abolie, le ciel est vide, Dieu est mort, l’Homme aussi. La gauche rêve d’une humanité sans père ni loi, et se situant au-delà du bien et du mal. A la place du vieil ordre symbolique, elle fait du Bien, ici et maintenant, l’horizon indépassable de la France. De fait, les contradictions, une fois niées, laissent le champ libre au consensus niveleur, à la bien pensance grégaire, à la rébellion des puissants du jour, à l’idéologiquement correct qui étouffe les consciences. Si un nouveau juin 1940 devait se produire, il n’y aurait plus personne pour dire “ non ”. La fin du travail, la disparition des bornes, la dissolution du passé sont célébrées par la fête permanente version Lang. Peu importe l’objet de la fête, que ce soit la musique, les femmes, les escargots, les bandas, les haricots tarbais, les menteurs, les mères, le pain, les gays, l’art, la techno, la danse, les timbres, les jouets en bois, les culottes courtes, les sous-vêtements féminins, Molière, le cinéma, l’avant-garde, 1789, la parade, etc. : l’important est que la fête ait lieu. Même la fête est fêtée, comme le serpent qui se mord la queue.

 

Dans ces conditions, la gauche est au mieux une posture, au pis une imposture, mais avec ses poses, elle investit l’Etat, régit les médias, contrôle la pensée, conserve des privilèges mal acquis, tandis que la Gauche majuscule s’étiole et que ce qui la fonde, à savoir la défense des pauvres, l’intérêt général, la résistance à l’oppression, la passion du savoir, le libre examen, la laïcité, l’histoire, meurt.

11:06 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : politique, ps, histoire

Commentaires

Cher monsieur,
Tout serait à reprendre dans ce tissu d'erreurs et d'approximations (vous me pardonnerez ma franchise). Juste une remarque en passant dans le flot de celles qui s'imposeraient. Les 35 heures, selon le BIT, ont permis de créer 4500000 emplois (sans compter la relance de l'économie dans ces années, les plus créatrices en emplois du 20e siècle, certes en raison de ce que l'on appelle un "effet d'échelle"). C'est, au-delà des vaines incantations, la véritable et seule façon de "revaloriser" le travail. Les exonérations actuelles sur les cotisations pour les heures sup. ne sont qu'une légalisation du travail au noir qui coûtent des milliers d'emplois et creusent les déficits d'une façon folle. Mais vous avez le droit de préférez ce dispositif sans doute plus conforme à votre conception du travail. Savez-vous aussi que 40% de la dette actuelle est héritée des années 1993-1995 ?
On aura également apprécié votre défense des exilés fiscaux et autres fraudeurs qui ne consentent plus à l'impôt national (savez-vous de quoi vous parlez ?...connaissez-vous les comparaisons entre les systèmes européens ? ), sans doute au non de la défense des "petits" et de la "Nation". Les héritiers Auchan et Dassault sont à l'évidence des parias persécutés en France. A se tordre de rire. Merci pour ce moment qui me rappelle ma lecture du Fig-Mag.
Une dernière remarque, il n'est pas honteux de ne pas être de gauche. Loin de là. Voilà qui devrait vous rassurer et vous convaincre de ne point craindre l'honnêteté en matière d'argumentation et de raisonnement.
Cordialement, Marie.

Écrit par : Marie | 24 juillet 2010

La résistance par les Lumières se prépare, loin de la gauche profs de gauche, socialistes pour beaucoup, désormais décérébrés et sans culture.

Un socialisme démocratique qui, soit dit en passant, n'est un discours - et masquant l'horreur du socialisme réel -, puisque Mitterrand, en arrivant au pouvoir, n'a pas mis en oeuvre une constitution socialiste (d'autres ont fait...) mais a conservé les institutions de la Cinquième République - qu'il a tant critiqué : le coup d'Etat permanent - telles que De Gaulle les a voulues avec Michel Debré.

La nation républicaine de gauche, dont les contours sont tracés par ces repères que sont l'Etat centralisateur, la nation, la laïcité et l'école de l'exigence, peut et doit renaïtre, mais loin de cette génération "68", éternels adolescents, et depuis toujours individus folâtres et inconséquents.

La gauche pourra relever la tête quand elle aura liquidé 68, c'est là le premier travail de révovation à entreprendre ; il ne s'agit pas de faire table rase du passé de la gauche, mais table rase d'une certaine idéologie du renoncement et de l'égotisme crasse qui aura dissous (déconstruit...) les valeurs des Hommes des Lumières.

Cette Gauche contemporaine est plus que médiocre, laissons-là périr au bord de la route, au besoin, aidons-là un peu à mourrir.

Écrit par : D'Argental | 10 août 2010

Tout à fait d'accord avec cette conclusion

Écrit par : Arouet le Jeune | 14 août 2010

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