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17 septembre 2010

Jeûne et jeûnes de toute sorte




Ce nom, qui dérive du verbe jeûner, est attesté au début du XIIe siècle comme propre à la religion chrétienne. C’est une « abstinence commandée par l’Eglise », selon Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses). Elle ne porte pas sur toute nourriture, mais sur la viande ; c’est « un espace de temps pendant lequel la Religion nous défend de manger de certaines choses et à certaines heures » (Furetière, 1690, Dictionnaire universel). « Le vrai jeûne consiste à ne faire qu’un repas par jour en vingt-quatre heures » (Ibid.). Les auteurs de dictionnaires anciens confirment cette définition : « (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798) Abstinence de viande, en ne faisant qu’un repas dans la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ».

A partir de la sixième édition du DAF (1835), ce qui prime, c’est le sens général du mot jeûne, cité en premier : « Pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification ». Dès lors, le mot peut s’appliquer à toute sorte de pratique alimentaire, médicale, diététique ou autre, le sens propre aux chrétiens et aux catholiques (« le jeûne des catholiques (…) consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ») n’étant cité qu’en second et même, chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en troisième et dernière position dans l’article consacré à ce mot : « Abstinence d’aliments » (un trop long jeûne est nuisible à l’estomac) ; « Particulièrement, pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir d’aliments par mortification » (sont cités en exemple tous les jeûnes possibles) ; « Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ». En 1879, 1932-35 et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), les académiciens reprennent cet ordre, faisant de fait du jeûne chrétien, le premier qui ait été désigné par le mot jeûne et longtemps le seul, un sens particulier, inclus avec le sens général d’abstinence d’aliments dans une relation de partie à tout et même de sous-partie à partie et à tout, si l’on tient de l’extension de l’abstinence d’aliments (pour quelque raison que ce soit : diététique, médicale ou autre) à la dévotion : « Abstention totale d’aliments » ; « Pratique religieuse, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification » ; « Jeûne des catholiques, qui consiste à s’abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée » (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1832-35). Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Privation partielle ou totale (à l’exception, le plus souvent, d’eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps » ; « Acte de dévotion consistant à s’abstenir d’aliments dans un esprit de mortification et de pénitence » ; « (Religion catholique) Pratique religieuse consistant à ne faire qu’un seul repas important par jour dans lequel on s’abstient le plus souvent de viande, à certaines périodes fixées par le calendrier liturgique » ; « Au figuré, abstinence ou privation physique, morale ou intellectuelle ».

Il est légitime, au vu de ces définitions, de s’interroger sur le prétendu jeûne du mois lunaire de ramadan. D’abstinence de nourriture ou de viande, il n’y a pas ; de modération, encore moins. Pendant ce mois-là, les musulmans mangent plus que pendant les autres mois ; mangent, que dis-je ?, bâfrent. C’est digne de La Grande Bouffe, ce film totalement oublié aujourd’hui qui a fait ricaner grassement les soi-disant rebelles des années 1970 (c’est-à-dire les bien pensants d’aujourd’hui). Tout l’atteste, ne serait-ce que l’augmentation du chiffre d’affaires des commerces implantés dans les quartiers islamiques et la croissance colossale des importations de nourritures (viandes, miel, sucre, blé, farine, etc.) dans les pays arabes et musulmans. Il n’y a pas de jeûne, simplement une inversion des repas. Pendant un mois, ils ne sont plus pris le jour, mais la nuit. Le beau jeûne que voilà, la belle épreuve aussi ! Le résultat est que ce beau mot des chrétiens et catholiques sert, à force de manipulations sémantiques, à désigner le contraire de ce qu’il signifie : non plus la modération de nourriture, mais les grandes bâfreries.

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