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23 septembre 2010

Protectionnisme

 

 

 

Il est aisé d’établir la façon dont ce nom a été formé. A la « base » protection a été ajouté le suffixe – isme, dont le « signifié » est « doctrine » ou « théorie » ou « ensemble de propositions constituant un paradigme ». Relativement récent, le mot date en fait de l’époque où l’économie commence à jouer un rôle de plus en plus important dans le gouvernement ou l’administration d’un pays, au point de menacer la politique dans cette position « dominante ». Il est attesté pour la première fois en 1845 dans le Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française de Louis-Nicolas Bescherelle. Le mot anglais qui correspond à protectionnisme est postérieur : il est attesté en 1852.

Voici de quelle façon sommaire, mais objective Littré (Dictionnaire de la languie française, 1863-77) définit ce mot : «  Terme d’économie politique, système de protection commerciale ». Pour lui, la chose va de soi, ou elle est dans l'ordre naturel des choses à soné poque. Protectionnisme est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1932-35 ; et, par rapport à Littré, la définition gagne en ampleur et en précision : « (Terme d’économie politique) Système ayant pour objet de protéger le travail national et les productions nationales par des tarifs appliqués aux produits étrangers ». En une courte phrase, qui constitue une belle synthèse de grandes théories, les académiciens réussissent à rendre compte de ce qu’est le protectionnisme : les objectifs sont indiqués (protéger le travail national et les productions nationales), les moyens aussi (par des tarifs particuliers – des taxes parfois élevées – appliqués aux produits étrangers).

Il est difficile de dire, au vu de cette définition, si les académiciens, en 1932-35, étaient ou non hostiles au protectionnisme. Il semble, si l’on se rappelle le prestige que l’on accordait alors, à gauche ou à droite, chez les riches comme chez les autres, à la « nation », même dans les milieux internationalistes (dans ce mot, il y a nation et l’internationalisme se fait entre des nations, et non contre les nations), que, sur cette « doctrine », ils ne portent pas de jugement de mépris , alors qu’il est de bon ton aujourd’hui d’y être viscéralement hostile, comme si le protectionnisme était une forme larvée de racisme dont serait la cible tout ce que font les étrangers. 

En revanche, la définition du Trésor de la langue française (1971-94), temple du progressisme engagé, est de toute évidence malveillante. Il est vrai que les lexicographes du TLF s’abritent prudemment derrière l’autorité d’un économiste, dont ils s’inspirent pour dire que c’est une « doctrine préconisant, ou un système mettant en pratique, un ensemble de mesures restrictives ou prohibitives pénalisant l’introduction dans un pays de produits étrangers, afin de favoriser les activités nationales et de les préserver de la concurrence étrangère ». Ce qui sous-tend cette doctrine, ce serait des formes inquiétantes de chauvinisme, la volonté d’interdire (cf. prohibitive, pénaliser), la paranoïa, l’enfermement. Ils auraient pu citer des économistes arguant que les mesures, lois, taxes protectionnistes ne servent à rien, qu’elles n’atteignent jamais leur objectif et qu’elles ne font qu’accorder des rentes de situation à des entreprises mal gérées ou obsolètes. Ce n’est pas le cas. Ce pour quoi il a été opté, c’est la suspicion : le mot n’est plus défini objectivement ; il devient suspect et la chose qu’il désigne est « diabolisée » ou « stigmatisée ».

 

 

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MOTS 24 SEPTEMBRE

Écrit par : @ | 24 septembre 2010

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