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01 octobre 2010

Pétrole

 

Le mot est emprunté au latin petroleum en usage au Moyen Age et il est attesté dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Il est défini conformément à sa composition en latin, de petra, « roche, rocher », et oleum, « huile » (mot à mot, huile de pierre) dans un texte du XIVe siècle : « une huile que l’on fait de pierre » et chez Palissy (XVIe siècle) : « l’huile de pétrole, qui sort des rochers ». Il est en concurrence avec bitume, emprunté au latin bitumen et attesté au XIIe siècle au sens de « combustible liquide », et avec naphte, emprunté au latin naphta (lui-même emprunté au grec et ce dernier à l’araméen) et attesté au début du XIIIe siècle au sens « sorte de bitume liquide ».

Pétrole entre dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1762 (quatrième édition) : « bitume liquide et noir qui se trouve dans le sein de la terre » (huile de pétrole ; même définition en 1798 et en 1835), alors que, dans les deux éditions précédentes (1718 et 1740), le mot est cité dans un exemple à l’entrée huile : « On appelle huile de pétrole une sorte d'huile qui coule naturellement de certaines pierres dans le Levant » (comprendre le Proche-Orient). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en donne une définition tout aussi sommaire, mais en indiquant des provenances différentes : non plus le Levant, mais l’empire des Birmans (en Asie du Sud Est) et aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, où les premiers forages ont été effectués dans les années 1840-50 : « huile minérale fournie par des sources naturelles qui se trouvent surtout dans l’empire des Birmans et en Pennsylvanie ; c’est une sorte de bitume moins liquide que le naphte, et plus que le malthe » (« substance molle et glutineuse en été, se durcissant par le froid, d’une odeur de goudron, qu’on trouve en France (à Orthez, etc.), à Neufchâtel en Suisse, en Bavière, en Transylvanie, etc. dite aussi bitume glutineux, poix minérale, goudron minéral, pissasphalte » : « la malthe est moins liquide que le pétrole »). L’exemple qui illustre le sens de pétrole indique les lieux où se trouvent d’importants gisements : « En Perse, depuis Mossoul jusqu’à Bagdad, le peuple ne s’éclaire qu’avec du pétrole extrait de Kirkuk ».

Pour nous, le pétrole est une matière première et une source d’énergie dont la principale utilisation est l’automobile. En 1932-35, dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française, l’utilisation du pétrole est limitée au chauffage et à l’éclairage : « Huile minérale servant à l’éclairage et au chauffage » (exemples : le pétrole est un mélange de carbures d’hydrogène naturels, s’enflammant à des températures variées ; puits de pétrole ; une nappe de pétrole).

En revanche, les auteurs des dictionnaires actuels prennent acte des changements intervenus au cours du XXe siècle. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), c’est une « huile minérale naturelle combustible, d’une odeur caractéristique, d’une densité variant de 0,8 à 0,95, formée d’hydrocarbures et utilisée surtout comme source d’énergie » (pétrole brut, gazéifié ; gisement, mine, nappe, puits, sources de pétrole ; cracking, distillation, exploitation, extraction, importation, industrie, production du pétrole ; pays producteur de pétrole ; dérivé du pétrole; baril, tonneau de pétrole) ; et « par métonymie », c’est « le produit de distillation de cette huile » (fourneau, lampe, réchaud à pétrole ; chauffage, éclairage au pétrole ; pétrole lampant). Dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), les académiciens ont apparemment mis à jour leurs connaissances fragiles de 1932-35 : « Huile minérale d’origine naturelle, issue de l’accumulation et de la transformation de matière organique, et qui est composée d’un mélange complexe d’hydrocarbures » (le pétrole est utilisé principalement comme source d’énergie ; le kérosène, les essences, le gazole, les paraffines sont des produits obtenus par distillation des pétroles).

Ce que montre la consultation des dictionnaires, c’est que les Français (et même tous les hommes) s’en sont passés sans difficulté pendant des millénaires. Il reste que les recettes de l’Etat sont, pour une large partie d’entre elles, fournies par les taxes sur les carburants (TIPP, TVA et autres) et que se passer de pétrole condamnerait l’Etat et les collectivités locales à la faillite totale. Longtemps encore, le pétrole va rester une arme brandie contre les malheureux peuples d’Europe ; et les Etats ne sont pas près de neutraliser cette menace.

 

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