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05 octobre 2010

Infidèle

 

 

L’adjectif infidelis, qui signifie « inconstant » en latin classique, prend le sens de « mécréant, païen », c’est-à-dire infidèle à la loi de Dieu, dans la langue de l’Eglise. C’est dans ce sens qu’infidèle est attesté dans la première moitié du XIVe siècle : « qui ne croit pas en Dieu, païen ». Dans les anciens dictionnaires, ce sens-là est relevé, et dans la plupart des exemples, ce sont les mahométans qui sont qualifiés d’infidèles. Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), infidélité « se dit aussi d’une fausse religion ou croyance », sens illustré de cet exemple (« il y a bien des peuples qui languissent dans l’infidélité, faute de gens qui leur annoncent l’Evangile ») qui devrait inspirer l’Eglise catholique. Quant aux infidèles, ce sont « les peuples qui ne sont pas dans la vraie religion, et particulièrement les mahométans » (exemples : « ce vaisseau a été pris par les infidèles ; on a fait plusieurs croisades pour délivrer les Lieux saints de l’oppression des infidèles » - en 1690, on tenait les croisades pour des guerres de libération). Pour les académiciens (DAF, 1694), la foi étant « la première des trois vertus théologales (avec la charité et l’espérance), celle par laquelle on croit fermement les vérités que Dieu a révélées » et l’infidélité « l’état de ceux qui ne sont pas dans la vraie religion », les infidèles se reconnaissent à ce qu’ils n’ont pas « la vraie foi » et qu’ils ne sont pas « dans la religion chrétienne » ; quant à infidèle, substantif, « il s’emploie ordinairement au pluriel », comme dans ces exemples militants : convertir les infidèles ; combattre les infidèles ; aller contre les infidèles. L’article infidèle des éditions suivantes relève de la même et inébranlable confiance en soi : l’infidèle n’a point de part au royaume de Dieu ; être pire qu’un infidèle ; convertir les infidèles ; combattre les infidèles ; aller contre les infidèles (DAF, 1718, 1740, 1762, 1798). Dans la sixième édition (1835), les exemples qui illustrent l’article sont identiques, mais la définition ne fait plus explicitement référence à la religion chrétienne. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) suit la leçon des académiciens (« qui n’a pas la vraie foi » et « celui n’a pas la vraie foi »), tout en exposant une distinction faite par les théologiens : « infidèle négatif, celui qui n’a jamais connu l’Évangile ; infidèle positif, celui qui, connaissant l’Évangile, a refusé de le recevoir ». Dans la huitième édition (DAF, 1932-35), des exemples des éditions antérieures sont conservés : les peuples infidèles ; l’infidèle n’aura point de part au royaume de Dieu (le futur remplace le présent) ; prêcher, convertir les infidèles, mais les exemples avec combattre ou aller contre ou les références aux croisades sont supprimés.

Dans les dictionnaires actuels, c’est le sens profane qui prime (« qui trahit son engagement » à l’égard d’une personne dans la vie amoureuse ou conjugale ou « par référence à une parole donnée »), alors que l’exposé du sens religieux est relégué à la fin de l’article, et toute référence à une religion donnée est supprimée : « qui est rebelle à Dieu » et, dans un emploi de substantif, « qui est étranger à la religion considérée comme vraie ». L’effacement de la référence au christianisme est concomitant du déclassement du sens religieux. Dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), ce sens est défini en dernier, après « qui ne remplit pas ses engagements », « qui n’est pas constant dans ses affections et, spécialement, qui trahit la foi promise en amour », « qui manque à la vérité, inexact » : « qui n’a pas la foi tenue pour vraie ».

L’époque où les chrétiens tenaient les mahométans pour des infidèles est close depuis la seconde moitié du XIXe siècle, du moins dans les dictionnaires, de sorte que, peu à peu, le sens historique finit par s’affaiblir. C’est la vigueur retrouvée de l’islam qui y redonne une nouvelle jeunesse. On se croyait immunisés contre les guerres de religion : il a suffi de trois ou quatre décennies d’immigration de peuplement en Europe, immigration de masse et incontrôlée, pour que l’adjectif et le nom infidèle retrouve son sens historique. Jadis, c’était les chrétiens qui tenaient, non sans de bonnes raisons historiques, les mahométans pour des infidèles ; aujourd’hui, ce sont les mahométans qui tiennent les Français, qu’ils soient chrétiens ou non, juifs ou animistes, pour des infidèles et qui psalmodient constamment dans leurs mosquées et autres salles de prières ce verset : « donne-nous (Allah, à nous mahométans) la victoire sur les peuples infidèles » (id est : nous). L’histoire va-t-elle être ce cauchemar annoncé ?  

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