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08 octobre 2010

Lumière des livres 33

 

Pierre Manent, Cours familier de philosophie politique, Collection « l’esprit de la cité, Fayard, 2001, 346 pages

 

 

Voici un livre admirable. En 346 pages et dans un style « familier » et très agréable à lire, Pierre Manent expose les principales thèses que les philosophes ou les penseurs européens, Rousseau, Kant, Hobbes, Montesquieu, Renan, etc. ont avancées en matière de politique : nation, droit, Europe, liberté, égalité, morale, etc. Pour l’auteur, ces thèses ne sont pas à elles-mêmes leur propre et seule fin : elles sont toujours articulées les unes aux autres et mises « en situation », au sens où elles ne sont exposées qu’à propos d’une question : la construction de l’Europe, la séparation des pouvoirs, le désenchantement du monde, le national-socialisme, les deux guerres mondiales, etc. De fait, Pierre Manent montre, en analysant une question problématique - la construction de l’Europe par exemple ou la barbarie nazie -, que cette question est traversée et sous-tendue (de fait, elle est problématique) par des enjeux anciens et profonds de philosophie politique : qu’est-ce que la nation ? Pourquoi les hommes veulent-ils se gouverner eux-mêmes ? Que signifie la nature (humaine) ou les droits naturels ?          

         Pourtant, le véritable intérêt de ce Cours n’est pas dans les exposés pédagogiques qu’il contient, mais dans les thèses « à contre-courant », que l’on est étonné de lire sous la plume d’un auteur libéral qui est généralement considéré comme proche de l’excellente revue (europhile hélas) Commentaire. Je retiendrai deux de ces thèses. Pierre Manent est convaincu que l’homme est un « animal politique » et que sa « nature » est plus d’ordre « politique » que « biologique » ou autre. Autrement dit, il ne peut vivre qu’en société et, dans les pays démocratiques modernes, il est habité par une seule ambition : se gouverner lui-même et pour être libre, il doit créer lui-même les conditions de sa liberté. Alors que nos lointains ancêtres obéissaient à la loi religieuse, familiale, politique, qui leur était imposée (dans de nombreux pays au monde, c’est encore le cas), nous voulons être aujourd’hui les seuls auteurs de notre destin. Voilà pourquoi « l’empire de la morale » que certains mettent en place (droit d’ingérence, droits à, droits nouveaux revendiqués par les homosexuels, etc.) menace la nature politique de l’homme et donc les conditions de notre liberté.

C’est sans doute à propos de la nation que les thèses de Pierre Manent présentent le plus grand intérêt. Dans le chapitre V, consacré à « la forme-nation », il établit un parallèle entre la cité antique et la nation moderne, la seconde offrant à des dizaines millions d’hommes les conditions de la liberté que la cité antique réservait à quelques centaines de citoyens, et surtout c’est dans le seul cadre de la nation que s’est épanouie la démocratie moderne. Rompre avec la nation, c’est mettre en péril la démocratie. La nation, selon Pierre Manent, n’est jamais monolithique. Elle peut être fondée sur la naissance (la langue, le sang, un même peuple) ou le droit, la liberté, le plébiscite de chaque jour. Les Français préfèrent le second fondement, les Allemands le premier, mais dans la forme nation, les deux fondements ne s’excluent pas l’un l’autre. C’est pourquoi Pierre Manent exprime de nombreuses réserves vis-à-vis de la construction européenne qui s’apparente de plus en plus au rêve naïf et insensé de sortir de la politique, parce qu’elle se fait de façon artificielle et souterraine, sans que les citoyens soient jamais vraiment consultés sur leur avenir.

 

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