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18 octobre 2010

Global, globaliser, globalisation

 

   

            L’adjectif, dérivé de globe, date de 1864. Il est donc, au regard de l’ancienneté de la langue française, relativement récent. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) y donne le sens de « en bloc », qu’il illustre de deux exemples : « accorder une somme globale » (en parlant d’un tribunal) et « les chiffres globaux des recettes et des dépenses ». Les académiciens l’enregistrent dans la huitième édition du DAF (1932-35) et font suivre l’entrée d’une définition un peu plus ample que celle de Littré : « Qui s’applique en bloc à l’ensemble d’un certain nombre de choses matérielles ou morales » (impôt global sur les revenus, somme globale), définition qui est reprise, mais dans des termes différents, dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Qui est considéré en bloc, dans sa totalité, qui s’applique à un ensemble sans considérer le détail » (budget, déficit, revenu, consommation, production, mouvement, sens, caractère, etc. global) et dans la neuvième édition (en cours de publication) du DAF : « se dit d’un ensemble que l’on considère sans faire cas des détails ou des variations » (somme, revenu, appréciation, etc. global), les auteurs de ces deux dictionnaires citant l’inévitable méthode ou lecture globale, ceux du TLF avec une certaine complaisance pour la chose désignée : « méthode d’apprentissage de la lecture dans laquelle la perception des phrases précède celle des syllabes et des lettres » ; les académiciens avec des réserves : « méthode qui prétend faciliter l’apprentissage de la lecture en faisant reconnaître les mots ou les groupes de mots avant d’en distinguer les éléments » (en gros, elle met la charrue avant les bœufs).

            Si un article est consacré à global dans ce dictionnaire critique de la Nouvelle Langue Française, ce n’est pas pour cet adjectif, au demeurant assez commun, mais à cause de deux dérivés, le verbe globaliser et surtout le nom globalisation, qui, eux, sont « hypermodernes », l’un et l’autre étant postérieurs à la seconde guerre mondiale. Ils sont absents de la neuvième édition du DAF, mais ils sont enregistrés et définis dans le TLF : globaliser, au sens de « réunir (plusieurs éléments) en un tout » (deux exemples l’illustrent : globaliser les prêts et « il est si tentant de globaliser, si ardu de distinguer »), et globalisation, comme terme de psychologie et de philosophie ayant le sens de « fait de percevoir, de concevoir quelque chose ou quelqu’un comme un tout », sens illustré par cet extrait de Mounier : « le processus de globalisation lutte contre la tendance de chaque poussée d’activité à se constituer en faisceau séparé de l’activité totale ».

            Ces emplois-là n’appellent, à dire vrai, guère de commentaires. Ce qui fait entrer ces deux mots dans la NLF, c’est leur emploi en économie et dans les discours médiatiques, sous l’influence de l’anglais ou, plus exactement dans ce cas précis, de l’anglo-américain, c’est-à-dire de la langue anglaise des flux financiers, du business, de la « gouvernance » mondiale, et cela en lieu et place des mots français mondialiser et mondialisation. Il est vrai que globaliser et globalisation sont mieux à même de rendre compte de ce qui se produit d’inédit aujourd’hui, à savoir la connexion généralisée de tous les marchés qui forment ainsi un unique marché et un marché unique ou uniforme, qui est partout et nulle part, sinon sur les écrans des PC, qui est sans limites dans le temps et dure vingt-quatre heures sur vingt-quatre et trois cent soixante-cinq jours par an, un marché qui s’affranchit de l’espace et du temps, qui est hors-sol ou sans territoire, donc sans législation, ni autorité de régulation : un bloc, une masse, un tout, et sans la grande diversité des paysages, des terroirs et des hommes qui définit le monde.

 

 

 

 

Commentaires

Veuillez excuser mon impardonnable retard (mieux vaut lard que jambon), mais vous écriviez en juin 2010 une phrase qui a excité ma curiosité :

"Un éminent linguiste, un peu allumé à dire vrai, tient le point d'exclamation pour le marqueur qui caractérise l'idéologie d'extrême-droite."

Auriez-vous, s'il vous plait, l'obligeance d'indiquer le nom de cet éminent linguiste ? (Les références de l'ouvrage ou de l'article dans lequel cette théorie est développée feraient mon plus complet bonheur).

Merci beaucoup d'avance !

Écrit par : Melon et Melèche | 19 octobre 2010

Je suis en voyage. Dans trois ou quatre jours.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 19 octobre 2010

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