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27 octobre 2010

Hottentot

 

 

Terme de géographe, attesté en 1685, hottentot est le nom que les Hollandais ont donné à un peuple de l’Afrique du Sud, parce que, quand les gens ainsi nommés dansaient et chantaient, les Hollandais n’entendaient que la syllabe hot, hot, hot. Les académiciens (neuvième édition, en cours depuis 1994) sont plus précis pour ce qui est de l’étymologie : « Mot néerlandais signifiant proprement « bégayeur », la langue hottentote contenant beaucoup de sons à clics ».

Le mot n’est pas enregistré par les académiciens avant la neuvième édition, en cours de publication. En 1842, Barré dans le Complément au DAF, y consacre un article assez long et presque complet. C’est un peuple (« nom d’un peuple de l’Afrique méridionale », réparti en tribus, les Namaquas, les Coranas, les Damaras, les Bosjemans et les Griquas, « que les missionnaires sont parvenus à civiliser et qui ont quelques villes »), un pays (« pays des Hottentots, contrée qui s’étend depuis la Cimbébasie et le pays des Betjouanas jusqu’à la colonie du Cap », dont une partie « appartient à la colonie du cap de Bonne-Espérance et le reste est indépendant »), et une langue : « (linguistique) langue parlée par les Hottentots et qui est remarquable par une grande quantité d’articulations (id est de consonnes) ayant à peu près la valeur de notre T ». Littré, dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), ne répète de ce savoir que ce qui se rapporte à la langue : « Langue des Hottentots, remarquable par une grande quantité d’articulations singulières plus ou moins voisines de notre T ».

Les auteurs de dictionnaires modernes reprennent pour l’essentiel ce que Barré a établi, mais en des termes moins grossiers et plus conformes aux savoirs « modernes » : « Qui est relatif ou qui est propre à un peuple pasteur et nomade de l’Afrique du Sud Ouest » (Trésor de la langue française, 1971-94) et « Adjectif relatif à une population de pasteurs nomades de l’Afrique du Sud Ouest », « Substantif, un Hottentot, une Hottentote ; le hottentot, langue à clics parlée par les Hottentots » (DAF, neuvième édition, en cours), tandis que les auteurs du TLF reproduisent une définition à peu près rigoureuse de la langue hottentote : « Langue du groupe Khoisan, parlée par les Hottentots, caractérisée par la présence de clics ».

 

Il n’y a rien dans ce mot ou dans son histoire et rien dans la langue qui mérite le pilori, le lynchage ou le bûcher. Tout juste un peu de pittoresque, en tout cas pas de mépris. Si le mot charrie autant de connotations défavorables, du moins dans les limites étroites des organisations prétendument antiracistes, c’est à cause de la science – la science pure et dure, celle des spécialistes de paléontologie du début du XIXe siècle – et de l’utilisation qu’elle a faite de la Vénus hottentote : « Femme supposée hottentote, fortement stéatopyge, et dont le moulage et le squelette sont conservés au musée de l’Homme » (TLF, ils ont été rapatriés en Afrique du Sud en 2002), qui est le temple de l’antiracisme scientifique, les savants du célèbre Muséum d’histoire naturelle de Paris tenant, en 1816 et 1817, cette femme aux fesses rebondies qui venait de décéder pour le chaînon manquant entre les animaux et les hommes et « le représentant d’une race aux traits archaïques qui sont comparés fréquemment à ceux des singes » (Histoire des sciences, 1957). Entre le TLF et la neuvième édition du DAF (en cours), trente ans environ se sont écoulés. Cela se sent dans les articles consacrés à Vénus hottentote. Dans le DAF, c’est un terme d’ethnologie qui non seulement est vieilli, mais qui en plus est erroné : « Nom donné, à tort, à un type de femme stéatopyge, qui se rencontre chez les Bochimans et non chez les Hottentots » et « par extension, figurine préhistorique dont l’aspect rappelle ce type de femme ».

En réalité, ce sont les progressistes qui ont fabriqué ce mythe : Cuvier et Saint-Hilaire, mais aussi Hugo, ce prince de la bonne conscience, qui écrit dans Les Misérables : « Paris est bon enfant. Il accepte royalement tout ; il n’est pas difficile en fait de Vénus ; sa callipyge est hottentote » ; et surtout les encyclopédistes, d’Alembert, Diderot, Jaucourt, etc. Voici ce qui est écrit dans L’Encyclopédie (1751-64) au sujet des Hottentots : « Peuple dans la Cafrerie, près du cap de Bonne Espérance. Ils sont fort connus parce qu’ils touchent l’habitation des Hollandais (en réalité, c’est l’inverse qui est vrai) et parce que tous les voyageurs en ont parlé (…) Les Hottentots ne sont pas des nègres (…), ce sont des cafres, qui ne seraient que basanés, s’ils ne se noircissaient pas la peau avec de la graisse et du suif, qu’ils mêlent pour se barbouiller. Ils sont couleur d’olive et jamais noirs, quelque peine qu’ils se donnent pour le devenir ; leurs cheveux collés ensemble par leur affreuse malpropreté ressemblent à la toison d’un mouton noir remplie de crotte. Ces peuples sont errants, indépendants et jaloux de leur liberté (…) ; leur langage est étrange, ils gloussent comme des coqs d’Inde »…

Ce sont les encyclopédistes qui diffusent les premiers, en se fondant sur les récits de voyageurs, le mythe d’un appareil génital monstrueux des femmes hottentotes : « les femmes ont la plupart une espèce d’excroissance, ou de peau dure qui leur croît au-dessus de l’os pubis, et qui descend jusqu’au milieu des cuisses en forme de tablier ». Des voyageurs « disent que les femmes naturelles du Cap sont sujettes à cette monstrueuse difformité, qu’elles découvrent à ceux qui ont assez de curiosité ou d’intrépidité pour demander à la voir ou à la toucher. Les hommes de leur côté, sont tous, à ce qu’assurent les mêmes voyageurs, à demi eunuques, non qu’ils naissent tels, mais parce qu’on leur ôte un testicule ordinairement à l’âge de huit ans et quelquefois plus tard (…) ».

L’article s’achève sur l’origine du nom hottentot, qui « a été donné par les Européens à ces peuples sauvages, parce que c’est un mot qu’ils se répètent sans cesse les uns aux autres lorsqu’ils dansent ».

On peut donc être savant, éclairé et même illuminé, favorable au progrès en tout et partout et répéter sur ce qui n’est pas soi des âneries qui auraient fait rougir de honte les théologiens catholiques, dont chacun sait qu’ils vivent dans les ténèbres éternelles, s’ils les avaient dites. Apparemment, quand on est éclairé, on peut tout dire et même dire n’importe quoi sans que les donneurs de leçon y trouvent à redire.

 

Le cocasse est que cette affaire hottentote est relancée par un filmeur, arabe et musulman, fier de son arabité et encore plus fier de son islamité, fier de ce qu’il est pour toujours, fier de ses racines, fier de son identité millénaire, fier de ses ancêtres, et qui a trouvé dans cette affaire assez minable l’occasion, la énième ou la ixième, d’accuser la France et les Français de racisme, parce que les encyclopédistes, Cuvier, Saint-Hilaire et l’écrivain Hugo, etc. qui ont donné leur nom à l’innombrables rues de France, ont médit des Hottentots ou tenu celle qu’ils nommaient la Vénus hottentote pour le chaînon manquant entre les grands singes et les hommes. L’antienne est connue ; c’est le même petit air de serinette dont l’antiracisme officiel et subventionné nous accable les oreilles depuis trente ou quarante ans. Le filmeur est arabe et musulman. Plutôt que de chanter la chanson éculée de « l’Autre raciste », il devrait gratter un tout petit peu sa culture, l’histoire des siens, la généalogie de son islam. Il montrerait alors, non pas une, mais des millions de Vénus hottentotes, qui n’étaient pas exhibées dans des amphithéâtres d’université et des musées, mais réduites à l’esclavage, tenues pour du bétail, condamnées au travail forcé, martyrisées, sans parler des délires haineux et prétendument scientifiques (la science de l’islam, bien entendu) que les arabes et les musulmans tiennent depuis quatorze siècles sur les noirs, les jaunes, les sauvages, les idolâtres, les païens, etc. Ou même, ces nombreuses jeunes femmes indigènes de France qui sont autant de Vénus hottentotes pour les coreligionnaires du filmeur. Mais pour montrer cela, il faut un peu de courage et c’est ce qui manque le plus quand on est confit en dévotion islamique.  

 

 

Commentaires

Quel excellent article, cependant quel dommage de s'attaquer à Kechiche quel que soit ses origines... l'auteur de cet article en retournant ainsi à l'arabe musulman ne participe t il pas à la même veine ? certes, l'eugénisme, mais pourquoi "une minable occasion" ? si à voiler ou enfermer les femmes nous montrons que notre humanité est peu éclairée sur elle même, nous pouvons aussi citer les petites filles roumaines, les albinos en Afrique, les expériences sur la gémellité et la curiosité qu'elle inspire etc... pour autant, je n'ai pas compris ce qui achève cet article, ... encore la différence ?

Écrit par : Petrucci | 05 novembre 2010

Quel excellent article, cependant quel dommage de s'attaquer à Kechiche quel que soit ses origines... l'auteur de cet article en retournant ainsi à l'arabe musulman ne participe t il pas à la même veine ? certes, l'eugénisme, mais pourquoi "une minable occasion" ? si à voiler ou enfermer les femmes nous montrons que notre humanité est peu éclairée sur elle même, nous pouvons aussi citer les petites filles roumaines, les albinos en Afrique, les expériences sur la gémellité et la curiosité qu'elle inspire etc... pour autant, je n'ai pas compris ce qui achève cet article, ... encore la différence ?

Écrit par : Petrucci | 05 novembre 2010

Certes. Deux faits ont attiré mon attention : le tintouin fait autour de ce film prétendument "antiraciste", etc. etc. etc. (que les journaleux ont prétendu antiraciste) et le titre qui y a été donné : La Vénus noire. Ce titre est mensonger : les Hottentots et les Bochimans (les Bushmen des Dieux sont tombés sur la tête) ne sont pas noirs, mais "blancs". Cette "Vénus" n'était pas noire. L'exhiber, même avec son assentiment, c'était sans doute stupide, mais pas raciste. Quant à en faire le "chaînon manquant", c'était évidemment plus stupide encore, mais ça ne prouvait rien d'autre que la stupidité de ces savants.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 05 novembre 2010

A chaque époque son hottentote.Actuellement,la notre,exploitée par la bienpensance ,s appelle Mimi Maty.

Écrit par : janpol | 23 décembre 2010

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