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01 novembre 2010

Chronologie

 

 

            Dans la langue moderne, le nom chronologie, attesté à la fin du XVIe siècle et emprunté à la langue latine de ce même siècle, et l’adjectif chronologique ont un sens anodin. C’est la « date et la succession dans le temps des événements historiques » (Trésor de la langue française, 1971-94) ou encore « l’ensemble de faits historiques présentés dans l’ordre de leur succession » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication). Ce sens est en relation avec ce rien qu’est devenu à l’école, au collège, au lycée, l’enseignement de l’histoire ou ce qui en tient lieu et qui se caractérise désormais par le mépris des dates, l’ignorance volontaire dans laquelle sont maintenus les élèves de la succession des faits, la seule règle en vigueur étant l’anachronisme. Que Clovis ait vécu avant ou après Clemenceau, quelle importance, puisque ni l’un ni l’autre ne font l’objet du moindre enseignement ou de la moindre mention, ayant disparu de la mémoire collective au seul profit du Monomotapa, de Mahomet ou des empires islamiques successifs.

            Dans l’ancienne langue française, et jusqu’au milieu du XXe siècle, la chronologie était une science, une vraie science, une science dure et exacte, sans la maîtrise de laquelle il était impossible de faire de l’histoire ou de dire l’histoire : « Science qui a pour objet d’établir les dates des événements » (Scaliger, 1584, cité dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française de Frédéric Godefroy, 1881-1902) ; « La science des temps, livre contenant la science des temps » (1680, Richelet, Dictionnaire français des mots et des choses : « la chronologie est très nécessaire à un homme de lettres ») ; « Doctrine des temps, des époques et, entre autres, des supputations qui regardent le comput ecclésiastique » (1690, Furetière, Dictionnaire universel, « La chronologie a soin de marquer les jours et les années où les plus grands événements sont arrivés ») ; « Doctrine des temps » (DAF, 1694, 1718, 1740, 1762) ; « Science des temps, connaissance des époques » (DAF, 1835, 1879, 1932-35) ; « Connaissance de l’ordre des temps et des dates historiques » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). L’importance de la chronologie est ironiquement mise en valeur par Anatole France en 1918 : « La chronologie et la géographie, a-t-on dit, sont les deux yeux de l’histoire. Si la chose est vraie, tout porte à croire qu’en dépit des Bénédictins (...) qui ont inventé l’art de vérifier les dates, l’histoire est pour le moins borgne ». On n’a jamais aussi bien caractérisé l’enseignement actuel de l’histoire.

            Certes, les lexicographes de la seconde moitié du XXe siècle continuent à relever ce sens ancien et historique (« Science rattachée à l’histoire, qui a pour but la connaissance et l’ordonnance des dates des événements dans le déroulement de l’histoire de l’humanité », TLF, op. cit. ; « Science qui a pour objet la datation des évènements historiques », DAF, neuvième édition), mais il est de plus en plus souvent concurrencé par le sens moderne. Pour en saisir les enjeux, il faut se reporter au très long article que L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs) ont consacré à la chronologie, « science des temps passés, art de mesurer ces temps, de fixer des époques, etc. » : « Plus les temps sont reculés, plus la mesure en est incertaine : aussi est-ce principalement à la chronologie des premiers temps que les plus savants hommes se sont appliqués » : la création du monde, Adam et Eve, le Déluge, la naissance et la Passion du Christ, les conversions de dates exprimées dans un calendrier donné (lunaire, solaire, etc.) en dates exprimées dans un autre calendrier, etc. Autrement dit, il apert de cet effondrement de la chronologie la perte d’un immense savoir, dont les modernes s’éloignent à grande vitesse, n’attachant pas plus d’importance à Ramsès qu’au ciron de Pascal. Il est vrai aussi que les grandes chronologies sont aujourd’hui établies à partir des datations au carbone 14 ou en millions d’années à partir du paléomagnétisme, ce qui a eu pour conséquence d’effacer les grandes ères de jadis (primaire, secondaire, tertiaire, quaternaire) et de les reconfigurer en périodes de plusieurs millions d’années, nommées pliocène, miocène, oligocène, éocène, paléocène, crétacé, jurassique, trias, permien, carbonifère, dévonien, silurien, ordovicien, cambrien, etc. Les quelque mille ou mille cinq cents ans d’histoire de la France et de l’ancienne chronologie ne pèsent rien par rapport aux millions d’années du jurassique. Autant les jeter aux oubliettes.  

 

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MOTS SEPTEMBRE

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Écrit par : @@ | 04 novembre 2010

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