Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 novembre 2010

Prolégomènes

 

Ce mot, emprunté d’une forme, dite participe passé, d’un verbe grec qui signifie « déclarer d’avance », est d’une stabilité sémantique et formelle digne d’être notée, car elle est relativement exceptionnelle dans l’histoire de la langue française, où tout est vite chamboulé, tourneboulé, mis sens dessus dessous, et qui a sans doute été favorisée par le fait que le domaine d’emploi en est limité à la philosophie ou à la théologie et à l’enseignement qui en est dispensé. Il a été introduit en français en 1600 par d’Aubigné.

Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière le définit ainsi : « Discours ou traités préparatifs qui contiennent les choses dont il faut instruire un lecteur, afin qu’il puisse entendre quelque livre ou quelque science pour en faire bien son profit » (exemple : « la plupart des sciences demandent quelques introductions ou prolégomènes ». Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), la définition est différente, mais sur le plan des seuls mots : « Longue et ample préface qu’on met à la tête d’un livre et qui contient les notions les plus nécessaires à l’intelligence des matières qui y sont traitées » (même définition en 1718, 1740, 1762, 1798, 1835), les académiciens ajoutant qu’il « n’est en usage que dans le dogmatique » (comprendre le vocabulaire de l’école ou que c’est un terme didactique). Il en est de même dans le Dictionnaire des arts et des sciences (1694) de Thomas Corneille : « Terme dogmatique, discours préparatif et fort ample qu’on met au devant d’un traité, pour instruire le lecteur des choses qu’il doit savoir pour tirer de l’utilité de ce qu’il va lire » ; Corneille ajoutant que « ce mot est grec ». Pour Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), le mot se serait dit d’abord de la Bible (« c’est, en parlant de la Bible, une longue et ample préface ») et se serait en ensuite à la philosophie et à la théologie : « Quelques-uns le disent aussi des traités de philosophie, de théologie » (exemples : « Les prolégomènes de la Bible » et « notre professeur n’a encore dicté que les prolégomènes », alors que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne juge pas bon de préciser de quel domaine de connaissance relèvent les prolégomènes, ce qui est une façon d’élargir à tout domaine, ce qui était propre à la théologie ou à la philosophie, de sorte que toute préface ou avant-propos à quelque ouvrage que ce soit peut être dit prolégomènes : « longue et ample préface, avant-propos ».

L’élargissement de ce mot à tout domaine de connaissance rend nécessaire la distinction en germe dans la définition de deux sens : celui de longue préface et celui d’exposé de principes, distinction qu’opèrent les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) : « longue et ample préface qu’on met à la tête d’un livre pour donner les notions nécessaires à l’intelligence des matières qui y sont traitées » et « il se dit aussi de l’exposé des principes dont on ne peut dorénavant faire abstraction en abordant l’étude de telle ou telle science », comme dans l’exemple cité Un des ouvrages de Kant est intitulé : Prolégomènes à toute métaphysique future, ou comme dans le titre d’un ouvrage de Breton : Prolégomènes à un troisième Manifeste (1946) où ce mot a pour sens « longue préface » ou « avant-propos ». C’est aussi la leçon que suivent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « longue introduction placée en tête d’un ouvrage, contenant les notions préliminaires nécessaires à sa compréhension » et « ensemble de notions préliminaires nécessaires à l’étude d’une science, d’une question particulière ».

 

Les commentaires sont fermés.