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11 décembre 2010

Ecrivain mis à l'index

 

 

 

En un demi siècle, Daniel-Rops (1901-1965) a écrit une oeuvre ample, de qualité, qui lui a valu d’être élu à l’Académie française en 1955. Après avoir connu une célébrité relative grâce à un essai, Notre Inquiétude (Perrin, 1926), il exprime son angoisse dans un roman L’Ame obscure (Plon, 1929) et analyse la crise de la civilisation dans Le Monde sans âme (Plon, 1931). Revenu à la foi catholique, il se fait dans Mort, où est ta victoire ? (Plon) le romancier du mal et dans L’Epée de feu (Plon, 1939), il raconte le désarroi de la grande bourgeoisie républicaine et dreyfusarde qui hésite entre le communisme, le surréalisme et le catholicisme. Après la guerre, Daniel-Rops se consacre à l’histoire religieuse, publiant chez Fayard en 1945 et 1946 une Histoire sainte en deux volumes (Le Peuple de la Bible et Jésus en son Temps), puis, toujours chez Fayard, une Histoire de l’Eglise de France en neuf volumes.

Dans cette œuvre, je retiendrai le roman publié en 1939, L’Epée de feu et le volume V de l’Histoire de l’Eglise de France qui porte comme sous-titre Le Grand siècle des âmes.

 

L’Epée de feu (530 pages, écrit d’avril 1934 à février 1939) porte en exergue ce verset de la Genèse (III, 24) : « Il chassa donc l’homme et, à l’Orient du jardin d’Eden, il mit un chérubin, tenant l’épée de feu, pour garder le chemin qui mène à l’arbre de vie ». Ce roman, ne nous le cachons pas, présente beaucoup de défauts : trop long, les analyses psychologiques y sont trop nombreuses, le narrateur se croyant obligé de représenter la vie intérieure de chaque personnage (il y en a une dizaine) à tout moment de la journée. Il fouille les âmes. Bref, L’Epée de feu a vieilli, comme une partie de la littérature romanesque de la première moitié du XXe siècle. On ne lit guère volontiers ces romans-là. Pourtant, les lecteurs qui iront jusqu’au bout seront récompensés de leur patience, car ils liront, malgré les longueurs, d’admirables choses. En effet, L’Epée de feu est le témoignage le plus juste, le plus précis, le plus complet, le plus intelligent, le plus pertinent que l’on puisse lire sur la crise morale et intellectuelle qui a touché la France dans les années 1930 et qui aurait débouché sur sa disparition programmée, sans les hommes et les femmes qui, entre le 17 juin et le 11 novembre 1940, ont refusé cet inéluctable. A qui lit L’Epée de feu en 2010, il apparaît évident a posteriori que la gangrène minait une France à bout de souffle et préparait l’effondrement de juin 1940 et la politique de collaboration imposée en juillet 1940 par des élites épuisées. En effet, Daniel-Rops montre et analyse la crise morale qui touche les élites de la IIIe République,  banquiers, industriels, grands bourgeois (la famille du héros vit dans un hôtel particulier sis rue Vaneau), républicains ratiocineurs, de gauche donc, dreyfusards, qui continuent l’œuvre de Jules Ferry, froids, efficaces, sans âme. C’est ce défaut que Charles Péguy percevait dans la gauche du début du siècle (cf. Notre jeunesse). La crise se manifeste par une inquiétude sans raison, une angoisse profonde : chacun est désorienté, les besoins spirituels sont niés, etc. L’âme de la France se délite. Les familles éclatent. Les épouses insatisfaites et oisives délaissent leur mari avec qui elles s’ennuient à en mourir et quittent leur confort. Les enfants généreux ou idéalistes fuient la vie dorée et dérogent en se faisant travailleurs ou en adhérant, soit au surréalisme nihiliste, soit au communisme, dont ils connaissent dès 1934 la nature policière et criminelle. Comme chez Péguy, les humbles, les pauvres, les petits, les croyants tiennent debout et ne s’abandonnent pas au courant qui conduit la France à l’abîme. 

 

Dans l’Histoire de l’Eglise de France, Daniel-Rops montre que, pendant des siècles, l’histoire de l’Eglise s’est confondue avec l’histoire de la France. Je laisse de côté la dimension de foi religieuse, bien que je sache - et Daniel Rops le fait comprendre de façon lumineuse - qu’un pays ne se ramène pas aux seuls PIB, PNB, taux d’épargne, budget de l’Etat, démographie, mais qu’il est aussi une « idée » et qu’il a ce qu’on peut appeler, faute d’un terme meilleur, une « âme ». L'intérêt de ce Grand Siècle des âmes, admirablement bien écrit (prose claire, aisée, dans la grande tradition française, de Saint Simon à Chateaubriand) est d’analyser comment la France - son âme - s'est forgée et façonnée, et comment elle est devenue ce qu'elle est encore partiellement (et de moins en moins) aujourd'hui. L’action de quelques Saints a été déterminante, dont celle de Vincent de Paul, fils de paysans pauvres des Landes, qui a lui-même conduit les porcs de son père à la glandée et qui, entré dans l’église, a créé des écoles, des petits séminaires et des grands séminaires, participé à la formation intellectuelle et spirituelle de la petite bourgeoisie urbaine (on dirait aujourd’hui les « classes moyennes »), créé des institutions sociales : les dames de la Charité, les Filles de la Charité, les Enfants trouvés. Autrement dit, Vincent a instruit, formé, secouru (les filles de la Charité se sont engagées dans l'aide humanitaire aux forçats, aux soldats blessés au front, aux mendiants, aux malades, aux galériens...). Pour forger à la France une âme, a aussi été déterminante l’action d’écrivains et d’intellectuels mystiques : Bérulle, Grignon de Montfort, Bossuet, Fénelon entre autres, sans parler des Jansénistes ou des Jésuites. Bien entendu, les apparences de la France contemporaine ont changé, mais pas totalement cette âme-là. De nos jours, d'autres hommes, avec les religieux ou les laïcs croyants, se chargent de ces missions. Au XVIIe s, les catholiques ont assumé avec ferveur le destin de la France et lui ont donné sa force, parce qu’ils éprouvaient une foi patriotique dans leur pays. Ayant compris que la France ne s’appartenait pas totalement, ils ont créé les fameuses Missions, afin de diffuser la langue et la culture françaises à l'étranger. Leur France n’est ni moisie ni rassise. Elle prenait en charge le destin du monde. Elle était généreuse, charitable, secourable aux siens et au monde entier et elle apprenait à ses enfants à répondre à la question : à quoi bon vivre sur cette terre, si on ne fait rien pour les autres ?

Outre ce souci du monde, l’âme de la France éternelle a été forgée par le gallicanisme, c’est-à-dire la volonté de l’Eglise de ne plus être dépendante des décisions d’un pouvoir temporel étranger (celui du Pape). Mais cette volonté marque une étape décisive dans soumission de l’Eglise au pouvoir politique, Louis XIV, après 1680, nommant certains évêques, tranchant dans les conflits de dîmes, s’arrogeant les régales, bref soumettant au pouvoir temporel l’institution qui exerçait encore une réelle influence sur les esprits. L’analyse que Daniel-Rops fait du jansénisme est lumineuse. Le jansénisme ne se réduit pas à la querelle entre les partisans de la grâce efficace et ceux de la grâce suffisante, c’est aussi la lutte contre les Jésuites, liés au pape. Après 1680,  les jansénistes ont milité pour l’autonomie des chrétiens de France et, au XVIIIe siècle, en accroissant leur influence dans les Parlements, ils ont été les principaux contestataires du pouvoir absolu de droit divin. Par leur rationalisme critique, ils ont ouvert la voie à d’autres questions, politiques celles-là, et, de la cause de Dieu, ils ont basculé dans la cause de la nation.  

Enfin, dans cet ouvrage, Daniel-Rops expose en termes clairs l’origine de l’Europe géopolitique moderne, qui naît avec le traité de Westphalie (1648). Ce traité a mis fin à l’ancienne chrétienté et fragmenté l’Europe en divers Etats, avec pour conséquences, le développement du sentiment national dans chacun de ces Etats et l’apparition d’une question qui sera récurrente jusqu’en 1960 et au-delà, celle de l’équilibre entre les grandes puissances et de la nécessité de nouer des alliances.  

 

En dépit de ses limites, de ses faiblesses ou de ses manques, Daniel-Rops nous apprend plus de choses sur la France, son être, son âme, son essence, ce qu’elle s’obstine à être malgré le temps qui passe, que les écrivains chéris et honorés de l’intelligentsia, tels Sollers, le chantre de la France moisie, le formaliste Simon, prix Nobel, le prix Goncourt Duras, laquelle, avant de se mettre au service du communisme en 1945, travailla pour la propagande de l’Allemagne nazie, etc. Or, son œuvre, admirable pour quelques-unes des raisons que j’ai indiquées ci-dessus, a sombré dans un oubli total. Son nom ne figure plus dans les pages noms propres de l’édition récente du Petit Larousse Illustré. Ce n’est pas pour des raisons objectives. Daniel-Rops aime sa langue, qu’il manie avec aisance. Il possède un vrai talent, formé par les modèles fournis par les grands écrivains, Chateaubriand, Bossuet, Mauriac. Il a le sens du portrait et une maîtrise parfaite de la narration, avec une prose à la fois souple et nerveuse. S’il est oublié, ce n’est pas seulement parce que, après avoir été incroyant et proche des Surréalistes, il est revenu au catholicisme romain, c’est à cause de l’amour qu’il voue à la France. En effet, depuis un demi siècle, notre mémoire collective est façonnée par la pensée dominante, marxiste et sociologique, eurolâtre et favorable à la disparition de la France soit par haine de la nation, soit par intérêt. Car, comme il existe de nouveaux philosophes, un nouveau roman, une nouvelle cuisine, il existe aussi pour les livres un nouvel enfer, régenté par de nouveaux inquisiteurs à l’âme moisie à la Sollers,  qui exercent le pouvoir effectif dans les domaines du goût, de la sensibilité, des arts, de l’édition, de la culture et qui ont fait de la haine de la France leur fonds de commerce. Ils haïssent plus que tout leurs propres compatriotes, surtout si ces compatriotes sont pauvres ou qu’ils sont le peuple, et tous ceux qui ont fait la France. Restés fidèles au marxisme et à ses variantes - en dépit des catastrophes avérées produites par ces idéologies de mort -, ces nouveaux inquisiteurs qui font notre mémoire littéraire envoient finir dans les chaudrons de l’oubli tous les écrivains qui, à l’instar de ce malheureux Daniel-Rops, se font de la France « une certaine idée ». L’index est rétabli.

 

Commentaires

Merci pour Daniel-Rops
ce monsieur était vénéré par mon père , qui le connaissait et dans ma petite enfance , j'entendais ce nom , comme une boussole
c'était notre Nord ! ' symbolique et géographique )
lorsqu'il y avait de l'orage sur le Mont du Chat , le lac du Bourget , mon père disait :
Daniel-Rops va avoir de la pluie aux Eaux Vives
( à Tresserve )

ou alors : Daniel-Rops a beau temps

Daniel-Rops est venu à l'académie Sabaudia
c'était son petit truc : Daniel-Rops
le mot était au moins prononcé une fois par jour
c'est un peu ma madeleine de Rops !
il était vraiment très estimé chez nous


je tiens à vous rassurer :
maintenant il y a une Avenue Daniel-Rops
à Chambéry
c'est l'adresse de la Mosquée = Le Soltan !
les temps changent , hin !
( à vérifier sur le site internet
trouvetamosquee )

Enfin à Tresserve , Daniel-Rops est quasiment éclipsé !
seul persiste Lamartine avec son poème , le Lac ,et sa maîtresse !

Daniel-Rops ne doit pas être très connu du grand chrétien et grand lecteur Nicolas S.



MOTS

http://decadence-europa.over-blog.com/article-mots-62784669.html

Écrit par : @@ | 12 décembre 2010

corrections :
1 à qui lit lit l'épée de feu en 2001

- 2001 ? 2010 ??

2 étape décisive dans LA soumission de l'église

Écrit par : @@ | 12 décembre 2010

Corrigé. Merci.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 12 décembre 2010

je viens de lire" l'ame obscure" et je trouve l'auteur excellent romancier qui débat de pensées philosophiques et religieuses sur fond romanersque séduisant,je pense lire "mort où est ta victoire" que je garde dans ma biblothèque depuis longtemps sans oser en découvrir le contenu car en fait, je ne connaissais pas Daniel Rops ,auparavant, c'est par hasard,que je l'explore gràce à un ami qui m'a preté"l'ame obscure"et m'a recommandé la lecture des oeuvres du meme auteur

Écrit par : sami | 01 février 2011

je viens de lire" l'ame obscure" et je trouve l'auteur excellent romancier qui débat de pensées philosophiques et religieuses sur fond romanersque séduisant,je pense lire "mort où est ta victoire" que je garde dans ma biblothèque depuis longtemps sans oser en découvrir le contenu car en fait, je ne connaissais pas Daniel Rops ,auparavant, c'est par hasard,que je l'explore gràce à un ami qui m'a preté"l'ame obscure"et m'a recommandé la lecture des oeuvres du meme auteur

Écrit par : sami | 01 février 2011

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