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13 décembre 2010

Caillasser, caillasseur, caillassage

 

 

            Aucun de ces trois mots n’est enregistré dans les grands dictionnaires : Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77), Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1932-35 et en cours de publication), Trésor de la langue française (1971-94) ; seul y figure caillasse. Comme caillasser, caillasseur et caillassage sont d’un emploi courant, leur présence massive et entêtante dans la NLF des media et de leur âme damnée, les sciences du social, soulève une difficulté.

            Caillasse est un mot récent, formé du suffixe asse qui a été substitué à la terminaison ou de caillou. Attesté en 1846, il est vieux d’à peine un siècle et demi, ce qui est fort jeune pour un mot. C’est un terme de géologie : « Couche fragile dans une carrière ; marne caillouteuse », écrit Littré ; « Couche de marne caillouteuse que l’on trouve dans les carrières de pierres » (Académie, 1932-35) ; « Formation de calcaire grossier mêlé de marne, d’argile ou de sable » (Académie, en cours) ; « Bancs discontinus de calcaire grossier des environs de Paris, intercalés dans les marnes du Lutétien supérieur » (Trésor de la langue française, 1971-94). Ce n’est que dans ce dernier dictionnaire qu’est relevé un autre sens que celui de la géologie, sens que l’on pourrait rapporter aux travaux publics : « Pierre concassée pour l’empierrement des chaussées » (TLF, op. cit.) et « (Collectif) pierres concassées employées pour l’empierrement des chemins » (DAF, neuvième édition), édition dans laquelle est relevé aussi ce sens : « Gros cailloux, pierraille » (exemple : se tordre les pieds dans la caillasse).

            Caillasser, qui est dérivé de caillasse, devrait avoir pour sens « empierrer un chemin avec des pierres concassées » ou, dans quelques emplois très modernes, « marcher difficilement dans de gros cailloux » ; le caillassage devrait être l’empierrement des chemins et les caillasseurs ceux qui empierrent les chemins. Or, chacun sait qu’il n’en est rien et que ce qui devrait être n’est pas. C’est que la NLF est aussi la propriété privée et bien close des faiseurs d’euphémismes et autres policiers de la pensée, bref de tous ces puissants qui refusent que les faits les plus déplaisants soient nommés de termes justes et adéquats, afin que, justement, grâce à cette mal-nomination, personne ne prenne connaissance de ces faits. Ce qui est dit avec des mots impropres est vite oublié ou n’est même pas perçu. Ces faits déplaisants se résument en un mot : lapidation. Celle-ci est la forme supérieure et évoluée de la justice en terre d’islam, que cette justice soit d’institution, ou qu’elle soit l’expression de la colère des masses islamiques, lesquelles attaquent à coups de pierres ceux ou celles qui ne se plient pas aux lois de l’islam. Ainsi des « jeunes » - comprendre des musulmans – constituent régulièrement des réserves de grosses pierres dans tel ou tel endroit de « leur » cité, pour, le moment venu, apprendre aux infidèles ou autres mécréants – comprendre les pompiers ou les policiers – ce qu’est la loi de l’islam. Lapider, lapidation, lapidateurs étant des mots tabous, ils ne doivent jamais franchir la barrière des lèvres, mais leur interdiction laisse le champ libre à caillasser, caillassage, caillasseurs, qui trouvent là, en leur qualité d’euphémismes, de quoi faire une belle carrière. Le tour est joué : il n’y a de lapidation qu’en Iran ou en Arabie. Surtout pas en France, où les victimes des lapidateurs attendent en vain que se constitue pour les défendre un comité anti-lapidation.

 

 

 

Commentaires

Mots 12.12.2010


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Écrit par : @@ | 14 décembre 2010

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